mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DELRAN-SERGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 mars 2021 et 22 juin 2021, Mme E D, représentée par Me Hemeury, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté préfectoral n°30-2021-01-18-004 du 18 janvier 2021 par lequel le préfet du Gard a déclaré d'utilité publique la création d'un parc de stationnement sur la commune de Boissières et a déclaré cessibles au profit de cette commune les parcelles comprises dans l'opération ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Boissières la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à défaut pour la préfecture de produire une délégation de signature, l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;
- la notice explicative est insuffisante en ce qu'elle ne cite aucun texte juridique, l'objet annoncé de l'opération ne correspond pas au dossier d'enquête, elle ne précise pas les disponibilités foncières de la commune, le déficit de stationnement dans le centre du village, ni les raisons pour lesquelles il a été pris la décision d'envisager seulement l'expropriation de ses biens, en méconnaissance de l'article R. 112-6 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;
- les règles et formalités d'enquête prévues par les articles R.112-14 et R.112-15 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ont été méconnues dès lors que, d'une part, si l'avis d'enquêtes conjointes a été publié dans Midi-libre ainsi que dans la Gazette de Nîmes, les annexes du rapport n'ont pas été diffusées auprès du public, et que, d'autre part, le délai de publication de l'avis d'enquête au moins huit jours avant le début des enquêtes n'a pas été respecté, de même que le délai de huit jours suivant l'ouverture de l'enquête;
- le commissaire enquêteur ayant émis un avis favorable assorti d'une réserve quant aux concessions de longue durée et d'une recommandation sur la levée de la contradiction entre les objectifs du ADD et de l'OAP n°4, le conseil municipal aurait dû émettre son avis par une délibération motivée conformément à l'article R. 112-23 du code de l'expropriation ;
- l'opération déclarée d'utilité publique étant incompatible avec les prescriptions du plan local d'urbanisme et avec le projet d'aménagement et de développement durable qui, dans son orientation n°4 incite à la création de nouveaux parcs de stationnement en limite du tissu urbain, l'enquête publique aurait dû porter sur la mise en compatibilité de ce plan en vertu des articles L. 122-5 du code de l'expropriation et L. 153-54 du code de l'urbanisme ;
- l'opération est dénuée d'utilité publique compte tenu de ce que, d'une part, la commune de Boissières envisage de concéder les places de stationnement créées à des riverains ce qui ne répond pas à une finalité d'intérêt général , d'autre part, que l'opération aurait pu être réalisée dans des conditions équivalentes sans recourir à l'expropriation dès lors que la commune dispose de larges disponibilités foncières à proximité de l'opération bénéficiant de conditions d'accès bien plus favorables, et enfin, que l'opération litigieuse porte une atteinte excessive à son droit de propriété, le coût financier de l'opération à hauteur de 245 000 euros est disproportionné eu égard au nombre de places de stationnement prévues ;
- l'arrêté de cessibilité est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté déclarant d'utilité publique l'opération litigieuse ;
- l'arrêté de cessibilité est illégal en ce qu'il prévoit une cessibilité totale de la parcelle 743 alors que la totalité de la parcelle n'est pas nécessaire pour le projet et que l'utilisation du bâti pour le stationnement des deux roues n'a jamais été mentionné au cours de l'enquête.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 mai 2021 et le 17 août 2021, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, la commune de Boissières, représentée par la SCP Delran Bargeton Dyens Sergent B, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chamot,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Hemeury, représentant Mme D ;
- les observations de Mme C, clerc d'avocat, pour la commune de Boissières et de M. A, maire de cette commune.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 28 août 2018, le conseil municipal de la commune de Boissières a sollicité auprès du préfet du Gard l'ouverture d'une enquête publique conjointe préalable à la déclaration d'utilité publique et parcellaire, en vue de la création d'un parc de stationnement. L'enquête publique conjointe s'est déroulée du 11 au 29 septembre 2020 et a donné lieu à deux avis favorables du commissaire enquêteur, assortis de deux réserves et d'une recommandation. Mme D, propriétaire des parcelles A 740 et A 743 situées dans le périmètre de l'opération litigieuse, demande l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel le préfet du Gard a déclaré d'utilité publique la création d'un parc de stationnement sur la commune de Boissières et a déclaré cessibles au profit de cette collectivité les parcelles nécessaires à la réalisation de l'opération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 112-22 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Lorsque l'opération projetée doit être réalisée sur le territoire et pour le compte d'une seule commune, le registre d'enquête est clos et signé par le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête. / Le commissaire enquêteur ou le président de la commission, dans un délai d'un mois à compter de la date de la clôture de l'enquête, transmet au maire le dossier et le registre accompagnés de ses conclusions motivées. ". Aux termes de l'article R. 112-23 du même code : " Dans le cas prévu à l'article R. 112-22, si les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête sont défavorables à la déclaration d'utilité publique de l'opération envisagée, le conseil municipal est appelé à émettre son avis par une délibération motivée dont le procès-verbal est joint au dossier transmis au préfet./Faute de délibération dans un délai de trois mois à compter de la transmission du dossier au maire, le conseil municipal est regardé comme ayant renoncé à l'opération. "
3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du commissaire-enquêteur, que le projet de parc de stationnement donnant sur la place du Temple est destiné à répondre aux besoins de stationnement dans le centre ancien et de concessions de longue durée pour compenser les places de stationnement perdues par l'aménagement des garages des riverains. Le commissaire enquêteur, appelé à se prononcer sur l'utilité publique de cette opération, a expressément subordonné le caractère favorable de son avis à la condition de " ne pas concéder la totalité des places de stationnement au titre de la longue durée et en particulier la place destinée aux personnes à mobilité réduite ". En outre, à la suite de l'enquête parcellaire, le commissaire-enquêteur a émis un avis favorable assorti de la réserve de n'exproprier, s'agissant de la parcelle A 743 supportant la maison de Mme D, que la partie concernée par l'emprise du projet de parc de stationnement. Dans ces conditions et dans les termes où elles sont formulées, les mentions assortissant l'avis du commissaire-enquêteur préalable à la déclaration d'utilité publique ne constituent pas une simple proposition ou suggestion, mais doivent être regardées comme une réserve sur l'économie générale du projet de nature à changer la portée de l'avis du commissaire-enquêteur. Or il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas allégué, qu'à la suite de la transmission du dossier du commissaire enquêteur à la commune, cette collectivité aurait satisfait l'intégralité des conditions posées par le commissaire enquêteur. Par suite, dès lors que les réserves dont le commissaire enquêteur a assorti ses avis favorables n'ont pas été levées par une délibération motivée sur les conclusions du commissaire enquêteur dans un délai de trois mois, le conseil municipal de Boissières a méconnu les dispositions précitées de l'article R. 112-23 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. L'illégalité de la déclaration d'utilité publique prive de base légale l'arrêté de cessibilité.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la superficie totale des terrains désignés à l'état parcellaire joint à l'arrêté attaqué qui ont été déclarés cessibles par l'article 2 dudit arrêté, s'élève à 933 m², soit la totalité des parcelles cadastrées A 740 et A 743, alors qu'il résulte du plan des travaux de l'avant-projet que la maison d'habitation et la cour sud, sises sur la parcelle A 743, ne sont pas concernées par l'emprise du projet de parc de stationnement. Si le préfet du Gard fait valoir que le bâti de la parcelle A 743 pourra être utilisé pour stationner les véhicules deux roues, un tel aménagement ne figure pas dans les dossiers d'enquête publique et parcellaire. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier qu'en cas de cessibilité partielle de la parcelle A 743 la maison de Mme D se trouverait enclavée ni que l'accès la desservant priverait d'effectivité le projet. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la déclaration de cessibilité a porté sur une superficie de terrains excédant celle qui était nécessaire à la réalisation de l'ouvrage déclaré d'utilité publique et qu'elle est, par suite, entachée d'excès de pouvoir.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel le préfet du Gard a déclaré d'utilité publique la création d'un parc de stationnement sur la commune de Boissières et a déclaré cessibles, au profit de la commune de Boissières, les parcelles cadastrées A 740 et A 743 nécessaires à l'opération de création d'un parc de stationnement sur le territoire de la commune de Boissières doit être annulé.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Il y a lieu, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat et de la commune de Boissières le versement à Mme D de la somme de 600 euros chacun au titre des frais d'instance. En revanche, les conclusions présentées sur le même fondement par la commune de Boissières, partie perdante à l'instance, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 janvier 2021 du préfet du Gard est annulé.
Article 2 : L'Etat et la commune de Boissières verseront à Mme D la somme de 600 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Boissières au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, à la commune de Boissières et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
C. CHAMOT
L'assesseure la plus ancienne,
P. ACHOUR
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026