vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2101823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juin 2021 et le 25 octobre 2022, Mme D C, représentée par Me Boucher, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Villeneuve-lès-Avignon à lui verser une somme totale de 6 252 euros, avec intérêts à compter du 4 décembre 2020, en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de ruissellements d'eaux pluviales à l'intérieur de sa maison d'habitation ;
2°) d'enjoindre à cette commune de mettre fin aux désordres dans un délai de quatre mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de cette commune la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- des ruissellements successifs, imputables à la voirie communale située en surplomb de sa propriété, ont accentué les dégradations de la dalle de sa maison d'habitation ;
- ayant la qualité de tiers, elle est fondée à demander l'engagement de la responsabilité sans faute de la commune ; les dommages qu'elle a subis présentent un caractère anormal et spécial ;
- ses préjudices s'établissent, d'une part, à un montant de 3 652 euros correspondant aux travaux qu'elle a dû faire réaliser pour rehausser les marches d'un escalier extérieur, et, d'autre part, au montant de 2 600 euros estimé par l'expert à raison des désordres intérieurs, soit au total 6 252 euros ;
- la commune s'étant fautivement abstenue de procéder à la remise en charge d'enrobés de voirie, préconisée par l'expert, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2021, la commune de Villeneuve-lès-Avignon, représentée par Me Pierson, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres allégués par Mme C trouvent leur origine dans une insuffisance des ouvrages de recueil des eaux pluviales, ressortissant à la compétence de la communauté d'agglomération ;
- Mme C n'établit pas le lien entre la réfection de la voirie communale, intervenue en 2006, et les désordres dont elle se plaint, pour lesquels elle a déclaré un sinistre 9 ans plus tard seulement ;
- la demande d'injonction n'est pas fondée, dès lors, d'une part, que la commune a déjà procédé à la prolongation d'un muret comme demandé par la requérante, et, d'autre part, que cette dernière a elle-même fait procéder au rehaussement des marches d'escalier ;
- subsidiairement, les demandes indemnitaires doivent être ramenées à un montant ne devant pas excéder 1 300 euros, alors que l'expert impute la dégradation de la dalle à son faible dosage en béton.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, la communauté d'agglomération du Grand Avignon (CAGA) conclut au rejet de la requête, subsidiairement à sa mise hors de cause, et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre des frais de procès.
Elle soutient que :
- comme l'expert l'a relevé, les désordres de la dalle et des murs ne peuvent être imputés à la circulation d'eau ; ainsi le lien de causalité entre l'ouvrage public et ces désordres ne peut être regardé comme établi ;
- subsidiairement, s'il est vrai qu'elle exerce la compétence de la gestion des eaux pluviales, en l'espèce les dommages sont imputables au profil de la voirie communale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative
- l'ordonnance de taxation d'expertise du 6 mars 2020.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C est propriétaire d'une maison d'habitation située sur le territoire de la commune de Villeneuve-lès-Avignon. Estimant que cette propriété était affectée par le déversement d'eaux de ruissellement provenant de la chaussée, elle a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes afin qu'une expertise soit diligentée. Par une ordonnance n° 1803792 du 13 mai 2019, prise sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, le juge des référés du tribunal administratif de Nîmes a ordonné une expertise aux fins de déterminer l'éventuelle responsabilité de tiers dans l'origine des désordres et les remèdes techniques envisageables. L'expert a déposé son rapport au greffe du tribunal le 4 mars 2020. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner la commune de Villeneuve-lès-Avignon à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis, et à mettre fin aux désordres.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Lorsque le dommage résulte d'un évènement naturel tel qu'un épisode pluvieux, il appartient au juge de rechercher si des ouvrages publics en ont aggravé les effets. Le maître de l'ouvrage ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel. Ainsi, les dommages qui ne sont pas la conséquence normale, nécessaire et inévitable de la présence ou du fonctionnement d'un ouvrage public mais qui résultent d'une mauvaise conception de celui-ci, constituent des dommages accidentels, en ce qu'ils ne sont pas supposés se produire, qu'ils ne sont ni prévisibles ni indispensables à l'existence ou au fonctionnement de cet ouvrage public dans l'intérêt général.
S'agissant des désordres et de leur origine :
3. La maison d'habitation de Mme C est située en contrebas d'une voie communale qui présente un léger dévers dans sa direction. Cette voie achemine vers l'entrée, qui se trouve au bas d'un court escalier, des eaux en provenance principalement d'un talus végétalisé situé de l'autre côté de la voie. Dans une moindre mesure, les eaux proviennent de la chaussée, qui les collecte depuis un point haut situé une dizaine de mètres plus loin. En outre, l'expert relève qu'il existe sur cette chaussée, immédiatement à droite de l'entrée de la maison, une zone en creux qui se remplit et se vide par mise en charge. Mme C a mis en place un tasseau de bois, en haut de son escalier, et l'expert expose que depuis il n'a plus été constaté de ruissellement d'eau à l'intérieur de la maison, l'eau ainsi déviée ne pouvant plus y pénétrer qu'en cas de fortes pluies, si elle parvient à passer par-dessus cet obstacle.
4. Par ailleurs, l'expert relève que Mme C se plaint de désordres affectant son séjour et consistant en une détérioration de la dalle, ainsi que de certains murs par remontée d'humidité. Toutefois, et d'une part, selon l'expert le remblaiement extérieur des murs, côté entrée sur une hauteur de près d'un mètre, peut expliquer la formation de salpêtre et la remontée d'humidité. Il estime " très peu probable " que ces phénomènes proviennent de la circulation d'eau. D'autre part, l'expert expose que cette circulation d'eau dans l'habitation est de nature à occasionner des désordres pleinement imputables. Toutefois, il précise s'agissant de la dalle que sa dégradation n'est que partiellement imputable aux ruissellements, eu égard à la circonstance qu'elle se résume à une chappe, peu épaisse et faiblement dosée en béton, dont la dégradation a été seulement aggravée par la circulation d'eau. L'expert estime cette imputabilité à un taux de 20 % qui n'est pas contesté.
5. Contrairement à ce qui est soutenu par la commune, si l'expert fait état de l'insuffisance d'ouvrages de collecte de la CAGA, se rattachant à sa compétence de gestion des eau pluviales, il ne retient pas un quelconque lien avec les dommages en litige. La CAGA doit donc être mise hors de cause.
6. Dans ces conditions les dommages, qui présentent un caractère accidentel, engagent pleinement la responsabilité de la commune, à l'exception de ceux qui affectent la dalle intérieure, au titre desquels cette responsabilité ne doit être engagée que dans la proportion de 20 %.
En ce qui concerne l'indemnisation des préjudices :
7. En premier lieu, Mme C demande la réparation du préjudice correspondant au coût estimé de réparation de la dalle, évalué par l'expert à 13 000 euros soit 2 600 euros après application du taux de 20 % mentionné au point précédent. Il serait fait une exacte réparation du préjudice subi par Mme C en lui allouant cette somme de 2 600 euros.
8. En second lieu, l'expert a admis la nécessité de travaux de rehaussement de l'escalier menant à la maison d'habitation, en substitution du tasseau que Mme C avait fait installer provisoirement. L'expert estime le coût de ce rehaussement " autour de 3 500 euros ". Mme C justifie avoir fait réaliser les travaux correspondants, en produisant une facture d'un montant de 3 652 euros. Son préjudice sera exactement réparé par cette somme de 3 652 euros.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme C a droit à une somme totale de 6 252 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.
11. . Il résulte de l'instruction, comme il a été dit, que l'habitation de Mme C reste exposée à des ruissellements intérieurs en cas de fortes intempéries, malgré la mise en place d'un tasseau puis la réfection de l'escalier, réalisées par l'intéressée, et malgré la réfection du muret extérieur, réalisée par la commune. Ainsi le dommage perdure à la date du présent jugement. La préconisation de l'expert, dont Mme C demande la mise en œuvre, consiste à rehausser la partie de la voie en creux située devant l'entrée et sur son côté droit, afin de supprimer la zone de rétention d'eau. Le coût de ces travaux, qui sont de nature à amoindrir les dommages, est évalué par l'expert au montant de 1 000 euros. Ce coût n'est manifestement pas disproportionné au regard du préjudice subi, et il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif d'intérêt général, ou les droits de tiers, justifieraient l'abstention de la commune de Villeneuve-lès-Avignon d'y procéder. Dans ces conditions, cette abstention présente un caractère fautif. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commune de réaliser les travaux de rehaussement d'une partie de la voie, comme proposé en page 25 du rapport de l'expertise, dans le délai de six mois à compter du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Les frais et honoraires de l'expert, liquidés et taxés à la somme de 3 687,17 euros par ordonnance du 6 mars 2020, doivent être mis à la charge définitive de la commune de Villeneuve-lès-Avignon.
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme C sur leur fondement. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-lès-Avignon une somme de 1 500 euros à verser à Mme C.
D E C I D E :
Article 1 : La commune de Villeneuve-lès-Avignon est condamnée à verser à Mme C une somme totale de 6 252 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Villeneuve-lès-Avignon d'exécuter les travaux de rehaussement de la voie, selon les modalités détaillées au point 11 du présent jugement, dans le délai de six mois à compter de sa notification.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expert, liquidés et taxés à la somme de 3 687,17 euros par ordonnance du 6 mars 2020, sont mis à la charge définitive de la commune de Villeneuve-lès-Avignon.
Article 4 : La commune de Villeneuve-lès-Avignon versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la commune de Villeneuve-lès-Avignon et la communauté d'agglomération du Grand Avignon.
Copie en sera adressée à M. A B, expert.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller.
M. Parisien, premier conseiller,
Une copie sera adressée à M. A B, expert.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026