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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101873

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101873

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMANCHET FRONTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2021 et 24 mai 2023, Mme D A, représentée par Me Manchet-Frontin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 18 septembre 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé de reconnaître comme imputable au service son accident survenu le 1er septembre 2020 sur son lieu de travail, ainsi que la décision du 13 avril 2021 rejetant le recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au rectorat de l'académie de Montpellier de reconnaître l'imputabilité au service de son accident, et de procéder en conséquence à la reconstitution de sa carrière en ce comprise la prise en charge des soins dispensés au titre de ce congé de maladie, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été édictées par des personnes non habilitées par une délégation de signature spécifique ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 qui prévoit une présomption d'imputabilité des accidents survenus sur le lieu de travail, et alors même qu'elle bénéficiait d'une expertise favorable du médecin expert, et que l'administration ne justifie pas quel élément permettrait de détacher l'accident du service ; elle justifie que ses malaises sont en lien avec son exposition à des ondes électromagnétiques dans le collège Condorcet à Nîmes ;

- les décisions sont entachées d'erreur de droit dès lors qu'aucune circonstance particulière à la connaissance de l'administration ne permettait de considérer que l'accident était détachable du service, et de solliciter pour ce motif une expertise médicale ; en tout état de cause, le rectorat n'établit pas de circonstances détachables du service de nature à exclure la présomption d'imputabilité de l'accident survenu à l'occasion de l'exercice de ses fonctions.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 janvier et 7 juin 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête n'est pas fondée.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, professeure certifiée de lettres modernes, a été affectée au collège Condorcet de Nîmes pour l'année scolaire 2020-2021. Le 1er septembre 2020, elle a été victime d'un malaise avec perte de connaissance incomplète, et a été évacuée à l'hôpital de Nîmes où elle s'est vue délivrer un arrêt de travail d'un jour, prolongé par son médecin traitant jusqu'au 4 novembre 2020. Le 11 septembre 2020, elle a adressé à son employeur une déclaration d'accident de service et a fait l'objet, dans le cadre de l'instruction de cette demande, d'une expertise médicale le 3 novembre 2020. Par une décision 18 décembre 2020, la rectrice de l'académie de Montpellier, suivant l'avis de la commission départementale de réforme du 15 décembre 2020, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 1er septembre 2020 et a informé l'agent que les arrêts de travail et les soins ne pouvaient être en conséquence pris en charge au titre de la législation sur les accidents de services. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision, ainsi que la décision du 13 avril 2021 rejetant le recours gracieux.

Sur la légalité externe des actes attaqués :

2. En premier lieu, la décision du 18 décembre 2020 a été signée par M. B E. Par un arrêté du 30 septembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Occitanie du 7 octobre 2020, la rectrice de la région académique Occitanie, rectrice de l'académie de Montpellier, a autorisé M. B E, chef de la division des affaires médicales, des retraites et de l'action sociale, à signer tous les actes dans la limite des attributions de la division des affaires médicales, des retraites et de l'action sociale, au nombre desquels figurent spécifiquement les actes concernant les accidents de services et les maladies professionnelles des personnels enseignants. Il n'est pas établi, ni même allégué, que la rectrice de l'académie de Montpellier, la secrétaire générale et ses adjoints, n'auraient pas été absents ou empêchés le 18 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délégation régulière du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant toutefois d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, le vice propre de compétence dont serait entaché la décision de rejet de recours gracieux, à le supposer fondé, ne peut être invoqué par Mme A et doit être écarté.

Sur la légalité interne des actes attaqués :

4. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires, alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ". Et aux termes de l'article 47-4 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " L'administration qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service ou lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie au IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée ; () ".

5. En premier lieu, il ressort des dispositions précitées de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 que si l'organisation d'une expertise par l'administration dans le cadre de l'instruction d'une demande de reconnaissance d'un accident de service n'est qu'une faculté, un tel recours est toutefois soumis à l'existence de circonstances particulières paraissant de nature à détacher ledit accident du service. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le recours à une expertise par le docteur C, médecin oto-rhino-laryngologiste agréé, est motivé par la mention, dans l'arrêt de travail du 2 septembre 2020 produit par Mme A à l'appui de sa demande de reconnaissance d'imputabilité de l'accident, d'un état pathologique préexistant à la survenance de l'incident, qui serait sans lien avec l'exercice des fonctions. Dans ces conditions, la rectrice pouvait légalement, sans commettre d'erreur de droit dans l'application des dispositions précitées, recourir à l'avis d'un médecin agréé pour instruire la demande de Mme A. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En second lieu, constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, tout évènement, quelle qu'en soit la nature, survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il en est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci, sauf si des circonstances particulières ou une faute personnelle du fonctionnaire titulaire ou stagiaire détachent cet événement du service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des décisions attaquées, que pour refuser de reconnaître comme imputable l'incident du 1er septembre 2020, dont il n'est pas contesté qu'il est survenu dans l'enceinte du service, la rectrice a considéré que le malaise dont a été victime Mme A n'était pas en lien avec le contexte professionnel mais relevait d'une pathologie antérieure. Or la requérante ne conteste pas avoir souffert, antérieurement à son affectation au collège Condorcet à Nîmes, de troubles liés à un syndrome d'intolérance environnementale attribuée aux champs électromagnétiques, dont les manifestations ont été similaires aux symptômes survenus le 1er septembre 2020, se traduisant notamment par un malaise et une perte de connaissance. Par ailleurs, la seule circonstance que le collège Condorcet soit implanté à proximité d'antennes relais, à l'exposition desquelles Mme A serait particulièrement sensible, ne suffit pas à rattacher le malaise dont elle a été victime à l'exercice de ses fonctions dans cet établissement. Enfin, la rectrice fait valoir, en tout état de cause, que Mme A ne justifie pas de lésion survenue dans les suites de l'accident de service dont elle se prévaut, alors que ni la prolongation de l'arrêt de travail d'un jour délivré par le médecin urgentiste lors de sa prise en charge à l'hôpital de Nîmes, ni le certificat du médecin psychiatre relatif au syndrome anxiodépressif dont elle souffre à la date de l'instruction de sa demande, n'établissent de lien entre sa pathologie et le malaise survenu le 1er septembre 2020. Dans les circonstances de l'espèce, et alors même que l'expertise réalisée par le médecin expert a rendu un avis favorable sur sa demande, la requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé de reconnaître l'imputabilité au service l'accident du 1er septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de la région académique Occitanie.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

F. GALTIER

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

L. GALAUP

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101873

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