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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101956

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101956

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP LYON-CAEN, THIRIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 juin 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Nîmes, en application de l'article R. 351-1 du code de la justice administrative, le dossier de la requête de l'association Défense de la Colline des Puits, de Mme A D et de Mme C B, enregistrée le 21 mai 2021.

Cette requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes sous le n° 2101956.

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 juin 2021, 16 février 2022 et 1er juin 2023 par le greffe du tribunal administratif de Nîmes, l'association Défense de la Colline des Puits, Mme A D et Mme C B, représentés par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la délibération du 23 mars 2021 par laquelle le conseil municipal d'Apt a approuvé la vente des parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 au groupe SOS Jeunesse au prix de 410 000 euros en vue de l'édification d'un centre éducatif fermé ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Apt de saisir le juge du contrat en vue d'obtenir la résolution de la vente si celle-ci est déjà intervenue ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Apt la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la délibération attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les parcelles en cause appartiennent au domaine privé de la commune d'Apt, qu'il n'est pas établi que cette information aurait été communiquée en temps utile aux conseillers municipaux et que les dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ont été méconnues ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les parcelles en cause appartiennent au domaine public communal et n'ont pas fait l'objet d'une décision de déclassement ;

- la délibération attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le prix fixé est manifestement sous-évalué ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 221-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 août 2021, 21 avril 2023, 31 mai 2023 et 19 juin 2023, la commune d'Apt, représentée par Me Légier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

La procédure a été communiquée au groupe SOS Jeunesse, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Aymard,

-les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

-et les observations de Me Légier représentant la commune d'Apt.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de l'appel à projet engagé le 15 octobre 2018 par la direction de la protection judiciaire de la jeunesse relatif à la création d'un centre éducatif fermé dans le département de Vaucluse, le groupe SOS Jeunesse a saisi la commune d'Apt d'une demande tendant à l'acquisition des parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 situées à Apt, par un courrier du 19 janvier 2021. Par une délibération du 23 mars 2021, le conseil municipal d'Apt a approuvé la vente de ces parcelles, d'une superficie cumulée de 15 173 m², au prix de 410 000 euros. L'association Défense de la Colline des Puits, Mme A D et Mme C B demandent au tribunal d'annuler cette délibération du 23 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 221-1 du code de l'urbanisme : " L'Etat, les collectivités locales, ou leurs groupements y ayant vocation, les syndicats mixtes, les établissements publics mentionnés aux articles L. 321-1 et L. 324-1, les bénéficiaires des concessions d'aménagement mentionnées à l'article L. 300-4, les sociétés publiques définies à l'article L. 327-1 et les grands ports maritimes sont habilités à acquérir des immeubles, au besoin par voie d'expropriation, pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation d'une action ou d'une opération d'aménagement répondant aux objets définis à l'article L. 300-1. ". Aux termes de l'article L. 221-2 du même code : " La personne publique qui s'est rendue acquéreur d'une réserve foncière doit en assurer la gestion raisonnablement. / Avant leur utilisation définitive, les immeubles acquis pour la constitution de réserves foncières ne peuvent faire l'objet d'aucune cession en pleine propriété en dehors des cessions que les personnes publiques pourraient se consentir entre elles et celles faites en vue de la réalisation d'opérations pour lesquelles la réserve a été constituée. Ces immeubles ne peuvent faire l'objet que de concessions temporaires qui ne confèrent au preneur aucun droit de renouvellement et aucun droit à se maintenir dans les lieux lorsque l'immeuble est repris en vue de son utilisation définitive. / () ". Aux termes de l'article L. 300-1 de ce code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le recyclage foncier ou le renouvellement urbain, de sauvegarder, de restaurer ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, de renaturer ou de désartificialiser des sols, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. "

3. Tout d'abord, il ressort des termes de la délibération attaquée que les parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 font partie d'une réserve foncière de plusieurs hectares situées au nord de la commune d'Apt et que la vente projetée est une vente en pleine propriété de ces parcelles.

4. Ensuite, à la suite de la mesure d'instruction diligentée le 28 novembre 2023 par le tribunal relative aux objectifs ayant présidé à la création de la réserve foncière dont les parcelles en cause font partie, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'acquisition de ces parcelles par le groupe SOS Jeunesse et le projet y afférent tendant à l'édification sur ces parcelles d'un centre éducatif fermé poursuivraient les objectifs de cette réserve foncière ni qu'ils relèveraient de l'utilisation définitive pour laquelle cette réserve foncière a été constituée.

5. Enfin, la commune d'Apt fait valoir en défense que l'opération de vente en cause ne relève pas de l'interdiction des cessions en pleine propriété des immeubles acquis pour la constitution de réserves foncières prévue par les dispositions de l'article L. 221-2 du code de l'urbanisme, au motif que la vente en cause doit être regardée comme consenties entre personnes publiques au sens de cet article. Toutefois, si la vente en cause s'inscrit dans le cadre du projet de création d'un centre éducatif fermé à Apt à la suite de l'appel en projet engagé par l'Etat, il ressort des pièces du dossier que la forme juridique de " Groupe SOS Jeunesse " est une association, qui ne constitue pas une personne publique. Il suit de là que la commune d'Apt n'est pas fondée à soutenir que la vente en cause serait une cession entre personnes publiques et échapperait à ce titre à l'interdiction des cessions en pleine propriété des immeubles acquis pour la constitution de réserves foncières.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les requérantes sont fondées à soutenir que, en l'état des pièces du dossier, la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 221-2 du code de l'urbanisme.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la délibération du 23 mars 2021 par laquelle le conseil municipal d'Apt a approuvé la vente des parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 au groupe SOS Jeunesse au prix de 410 000 euros en vue de l'édification d'un centre éducatif fermé doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard, d'une part, à ce qu'il a été dit précédemment et, d'autre part, à l'objet du projet de vente immobilière en cause, qui vise à la construction d'un centre éducatif fermé et a ainsi pour objet l'exécution d'un service public, il y a lieu, dans l'hypothèse où un contrat de vente des parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 aurait été conclu entre la commune d'Apt et le groupe SOS Jeunesse, d'enjoindre à la commune précitée de saisir le juge du contrat aux fins d'annulation de ce contrat.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Apt la somme globale de 1 200 euros à verser aux requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge des requérantes, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 23 mars 2021 par laquelle le conseil municipal d'Apt a approuvé la vente des parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 au groupe SOS Jeunesse au prix de 410 000 euros en vue de l'édification d'un centre éducatif fermé est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Apt, dans l'hypothèse où un contrat de vente des parcelles cadastrées E367, E368, E369, E370, E371, E372 et E521 aurait été conclu entre cette commune et le groupe SOS Jeunesse, de saisir le juge du contrat aux fins d'annulation de ce contrat.

Article 3 : La commune d'Apt versera, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme globale de 1 200 euros à l'association Défense de la Colline des Puits, à Mme D et à Mme B.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association Défense de la Colline des Puits, à Mme A D, à Mme C B, à la commune d'Apt et au groupe SOS Jeunesse.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le rapporteur,

F. AYMARD

La présidente,

C. CHAMOT

Le greffier,

B. GALLIOT

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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