jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LEMOINE CLABEAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2021, Mme F A E, représentée par Me Fournier de la SCP Lemoine-Clabeaut, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Nîmes l'a admise à la retraite pour invalidité à compter du 15 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Nîmes de la réintégrer et de procéder à la reconstitution de sa carrière ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste de son état de santé dès lors qu'elle justifie de deux certificats médicaux qui attestent de son aptitude à la reprise de ses fonctions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2021, la comme de Nîmes, conclut à l'irrecevabilité ainsi qu'au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, une mesure informant un agent public de la saisine de la commission de réforme n'est pas une décision faisant grief et, d'autre part, Mme A E ne démontre pas le caractère injustifié de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de l'état de santé de Mme A E dès lors que, au vu des expertises médicales diligentées par la commune, d'une part, dans son avis du 21 septembre 2017 le comité médical départemental s'est prononcé pour la prolongation du congé de longue maladie de l'intéressée jusqu'au 10 juin 2017 et sa mise à la retraite pour invalidité à l'issu de ce congé et, d'autre part, la commission de réforme a retenu dans son avis du 18 décembre 2018 l'inaptitude totale et définitive de l'intéressée à l'exercice de toutes fonctions et sa mise à la retraite pour invalidité.
Par ordonnance du 2 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023 à 12 heures.
Vu :
- les ordonnances du juge des référés du 3 juin 2019 n°1901171 et du 17 mars 2022 n° 2200640 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le décret n°2006-1691 du 22 décembre 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chaussard,
- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lemoine, représentant Mme A E en présence de cette dernière, ainsi que de M. C pour la commune de Nîmes.
Considérant ce qui suit :
1. Adjointe technique au sein de la commune de Nîmes, Mme A E a été placée, à compter du 11 juin 2012 en position de congé de longue maladie puis de congé de longue durée. Saisie par la commune pour se prononcer sur l'aptitude à la reprise de fonctions de l'intéressée, le comité médical départemental a, le 21 septembre 2017, rendu un avis dans lequel il retenait son inaptitude à reprendre ses fonctions, la prolongation de son congé de longue durée jusqu'au 10 juin 2017 et, à l'issue de celui-ci, sa mise à la retraite pour invalidité. La commune a alors saisi la commission de réforme qui, dans son avis du 18 décembre 2018, a retenu, d'une part, l'inaptitude définitive de Mme A E à l'exercice de toutes fonctions et, d'autre part, sa mise à la retraite pour invalidité. Saisie par la commune, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales a, le 26 mai 2021, rendu un avis favorable à la mise à la retraite pour invalidité de la requérante. Par un arrêté du 1er juillet 2021, le maire de la commune de Nîmes a prononcé l'admission à la retraite pour invalidité de l'intéressée à compter du 1er juillet 2021. Mme A E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, la commune de Nîmes oppose une fin de non-recevoir tirée de ce qu'une mesure informant un agent public de la saisine de la commission de réforme n'est pas une décision faisant grief et n'est donc pas susceptible de recours. Toutefois, la requête en annulation présentée par Mme A E n'est pas dirigée contre une telle mesure mais contre un arrêté prononçant sa mise à la retraite qui est une décision faisant grief et est donc susceptible de recours. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Nîmes manque en fait et ne peut être accueillie.
3. En second lieu, la commune de Nîmes oppose une fin de non-recevoir tirée de ce que Mme A E ne démontre pas le caractère injustifié de l'arrêté attaqué. Toutefois, la commune de Nîmes conteste ainsi le bienfondé du recours présenté par la requérante et non sa recevabilité. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Nîmes ne peut, dès lors, être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. / () / La mise en retraite d'office pour inaptitude définitive à l'exercice de l'emploi ne peut être prononcée qu'à l'expiration des congés de maladie, des congés de longue maladie et des congés de longue durée dont le fonctionnaire bénéficie en vertu des dispositions statutaires qui lui sont applicables, sauf dans les cas prévus à l'article 39 si l'inaptitude résulte d'une maladie ou d'une infirmité que son caractère définitif et stabilisé ne rend pas susceptible de traitement. () ". Aux termes de l'article 31 de ce décret : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions. () / Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. / () / La Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales peut, à tout moment, obtenir la communication du dossier complet de l'intéressé, y compris les pièces médicales. Tous renseignements médicaux ou pièces médicales dont la production est indispensable pour l'examen des droits définis au présent titre pourront être communiqués, sur leur demande, aux services administratifs dépendant de l'autorité à laquelle appartient le pouvoir de décision ainsi qu'à ceux de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. / () ". Aux termes de l'article 39 de ce décret : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service peut être mis à la retraite par anticipation soit sur demande, soit d'office dans les délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 () ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire territorial, ayant épuisé ses droits aux congés de maladie, de longue maladie et de longue durée, se trouve définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, il est admis à la retraite, soit d'office, soit à sa demande, après avis de la commission de réforme et que l'autorité territoriale doit, préalablement à la mise à la retraite, obtenir un avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. La légalité de la décision qu'il appartient à l'autorité territoriale de prendre en vue du placement d'office d'un fonctionnaire à la retraite par anticipation, pour les motifs et, lorsqu'elles sont réunies, dans les conditions déterminées par ces dispositions, s'apprécie au regard de l'ensemble des pièces et renseignements propres à établir la réalité de la situation effective de santé de ce fonctionnaire au jour de cette décision, y compris au regard de ceux de ces renseignements ou pièces qui n'auraient pas été communiqués à l'autorité territoriale préalablement à sa décision ou qui auraient été établis ou analysés postérieurement à celle-ci, dès lors qu'ils éclairent cette situation. Le juge administratif exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité territoriale sur l'inaptitude définitive d'un fonctionnaire.
6. Il ressort de l'expertise du docteur B, médecin psychiatre agréé auprès du comité médical du Gard, en date du 15 novembre 2018 et sur laquelle s'est fondée la commission de réforme pour conclure, dans son avis du 18 décembre 2018, à l'inaptitude à l'exercice de toutes fonctions, qu'elle mentionne, sans plus de précision, " que l'état de santé de Mme A E relève d'une mise à la retraite pour invalidité ". Toutefois, l'expertise psychiatrique exhaustive et circonstanciée, réalisée le 28 janvier 2020 par le docteur D, médecin psychiatre et expert judiciaire, en exécution de l'ordonnance du 3 juin 2019 n°1901171 du juge des référés du tribunal de céans, conclut que Mme A E " ne présentait pas le jour de l'examen de trouble de la sphère intellectuelle, de trouble thymique ou de trouble psychique au sens large. Le traitement psychotrope résiduel est de type ambulatoire et il est compatible avec une activité professionnelle. Son état psychique lui permet donc la reprise de son travail dans ses anciennes fonctions sans aménagements particuliers de poste ". Par ailleurs, la commune de Nîmes ne conteste pas dans ses écritures le bienfondé des conclusions de l'expertise du docteur D. Dans ces conditions, Mme A E est fondée à soutenir qu'est entaché d'une erreur d'appréciation l'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Nîmes l'a admise à la retraite pour invalidité à compter du 15 juillet 2021.
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté en litige est illégal et doit être annulé.
Sur l'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
9. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2021 retenu par le présent jugement, qui implique nécessairement une telle mesure, il y lieu pour le tribunal d'enjoindre à la commune de Nîmes, dans un délai de deux mois, de réintégrer juridiquement Mme A E dans ses effectifs à compter du 15 juillet 2021 ainsi que de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter de cette même date.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A E et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la commune de Nîmes soient mises à la charge de M. A E qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Nîmes a admis d'office Mme A E à la retraite pour invalidité à compter du 15 juillet 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Nîmes de procéder à la réintégration juridique de Mme A E dans ses effectifs au 15 juillet 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.
Article 3 : La commune de Nîmes versera à Mme A E une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Nîmes au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A E et à la commune de Nîmes.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
M. Chaussard, premier conseiller,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
M. CHAUSSARD
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2102385
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026