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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102533

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102533

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI MOLINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août 2021 et le 17 juillet 2023, M. A E, représenté Me Grimaldi de la SELARL Grimaldi Molina et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Nîmes a refusé sa réintégration dans le cadre d'emploi des agents de police municipale et l'a maintenu en disponibilité d'office, ensemble la décision du 2 juin 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Nîmes de procéder à sa réintégration dans ses effectifs dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont signées par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une expertise médicale attestant de son aptitude physique à la reprise de ses fonctions de gardien-brigadier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, la commune de Nîmes conclut à l'irrecevabilité ainsi qu'au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de M. E une somme de 1500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont purement confirmatives de la décision du 21 juin 2019 qui est devenue définitive et que, par suite, les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables

- les décision attaquées sont signées par le directeur général des services de la commune qui justifie d'une délégation de signature qui a été régulièrement affichée en mairie ;

- elles comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- elles ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de l'inaptitude physique du requérant à reprendre ses fonctions de gardien brigadier dès lors que les avis du comité médical départemental ainsi que du comité médical supérieur, rendus respectivement le 9 mai 2019 et le 13 janvier 2021, concluent à l'inaptitude totale et définitive de M. E à la reprise desdites fonctions ;

- alors qu'il n'avait pas donné suite aux propositions de reclassement qui lui avaient été faites et a refusé le bénéfice de la période préparatoire au reclassement, M. E a finalement accepté, par un courrier du 21 janvier 2022, d'être reclassé sur un poste au sein du service de l'état civil où il est actuellement affecté.

Par ordonnance du 28 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juillet 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Chaussard,

-les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

-et les observations de Mme D, agent mandaté, représentant la commune de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. M. E est gardien-brigadier au sein de la police municipale de Nîmes. Victime d'un accident le 26 mai 2016 causant une rupture du tendon d'Achille, il a été placé en position de congés de maladie ordinaire pendant douze mois consécutifs. Les droits à congés de maladie ordinaire de l'intéressé arrivant à épuisement le 25 mai 2017, la commune de Nîmes a saisi, le 23 mai 2017, le comité médical départemental afin qu'il se prononce sur l'aptitude de M. F à reprendre ses fonctions et l'a placé en position de disponibilité d'office pour raison de santé dans l'attente de la réunion du comité médical départemental. Par un avis du 9 mai 2019, le comité médical départemental a conclu à l'inaptitude définitive de M. E à exercer ses fonctions au sein de la police municipale de la commune de Nîmes. A la suite de cet avis, le maire de la commune de Nîmes a, par une décision du 21 juin 2019, décidé de maintenir M. E en position de disponibilité d'office et l'a invité à se rapprocher du service mobilité de la commune pour mettre en œuvre son reclassement professionnel au sein des services de la ville. M. E n'a pas donné suite à la procédure de reclassement proposée et a formé un recours le 10 septembre 2019 devant le comité médical supérieur qui a, le 13 janvier 2021, rendu un avis confirmant l'inaptitude totale et définitive de l'intéressé à exercer ses fonctions au sein de la police municipale. A la suite de cet avis, le maire de la commune de Nîmes a, par une décision du 15 février 2021, d'une part, indiqué à M. E qu'il était maintenu en position de disponibilité d'office pour raison de santé et, d'autre part, de nouveau invité l'intéressé à prendre l'attache du service mobilité pour procéder à son reclassement professionnel. M. E formait alors, le 14 avril 2023, un recours gracieux contre la décision du 15 février 2021 que le maire de la commune Nîmes a rejeté par une décision du 2 juin 2021. M. E demande au tribunal d'annuler la décision du 15 février 2021, ensemble la décision du 2 juin 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 15 février 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-19 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : 1° Au directeur général des services et au directeur général adjoint des services de mairie ; () ".

3. M. E soutient que la décision attaquée est signée par une autorité qui ne justifie pas d'une délégation de signature régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision du 15 février 2021 est signée par délégation du maire de Nîmes par M. G B, directeur général des services de la commune de Nîmes, auquel le maire a délégué, par un arrêté du 3 juillet 2020 régulièrement affiché dans les locaux de l'hôtel de ville du 8 juillet 2020 au 8 août 2020 inclus, sa signature à l'effet notamment " de signer tous actes ou documents afférant à ses missions au titre de la direction générale des services () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

5. Si M. E soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, il ressort néanmoins de cette dernière qu'elle mentionne l'avis du comité médical supérieur du 13 janvier 2021 qui conclut à l'inaptitude définitive de M. E à reprendre ses fonctions au sein de la police municipale. Par ailleurs et conformément au cadre règlementaire, la décision attaquée indique le maintien de l'intéressé en position de disponibilité d'office et l'invité à prendre l'attache du pôle mobilité pour bénéficier de la procédure de reclassement professionnel. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, précédemment à la décision attaquée, le décret du 30 juillet 1987 sur le fondement duquel la décision en litige a été prise est expressément mentionné dans un courrier adressé le 23 septembre 2019 à l'intéressé par la commune et dans lequel ce dernier est informé de la saisine du comité médical supérieur. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en droit et en fait de la décision du 15 février 2021 ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux dans sa rédaction applicable : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le comité médical supérieur institué auprès du ministre chargé de la santé par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 susvisé peut être appelé, à la demande de l'autorité compétente ou du fonctionnaire concerné, à donner son avis sur les cas litigieux, qui doivent avoir été préalablement examinés en premier ressort par les comités médicaux. () ".

7. M. E soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son état de santé ne faisait pas obstacle à ce qu'il reprenne ses fonctions de gardien-brigadier au sein de la police municipale de Nîmes. Si à l'appui de ce moyen M. E se prévaut d'une expertise médicale réalisée le 14 avril 2017 qui aurait confirmé son aptitude physique à la reprise de fonctions au sein de la police municipale, il ne produit toutefois pas cette dernière alors même que la commune de Nîmes, dans son mémoire en défense, en conteste la réalité. M. E se prévaut également d'une expertise médicale rédigée le 28 juillet 2021 par le docteur C, chef du service de médecine légale du centre hospitalier universitaire de Nîmes, qui conclut que " M. E est parfaitement apte à la poursuite de sa profession de policier municipal ". Toutefois, si dans le cadre de son office le juge de l'excès de pouvoir peut prendre en compte une expertise postérieure qui éclaire la situation à la date de la décision attaquée, il ressort de l'expertise médicale du 28 juillet 2021 qu'elle ne se prononce pas sur l'aptitude du requérant à reprendre ses fonctions à la date de la décision attaquée, soit le 15 février 2021, mais se prononce sur ladite aptitude à la date du 28 juillet 2021, soit six mois plus tard, après avoir relevé " la bonne évolution des pathologies " de M. E. L'expertise médicale produite par le requérant n'est donc pas de nature à remettre en cause les avis du comité médical départemental ainsi que du comité médical supérieur qui concluent à l'inaptitude totale et définitive de M. E à reprendre ses fonctions au sein de la police municipale à la date de la décision en litige. Enfin et contrairement à ce que fait valoir M. E, que les propositions de reclassement qui lui ont été faites, sur un poste de responsable de déchetterie ainsi que sur un poste d'officier d'état-civil, n'impliquent pas les mêmes aptitudes physiques que celles exigées pour les fonctions qu'il exerçait au sein de la police municipale. Dans ces conditions et au cas présent, à la date de la décision attaquée le maire de la commune de Nîmes ne peut être regardé, après avoir pris en compte l'avis du comité médical départemental ainsi que celui du comité médical supérieur, comme ayant commis une erreur d'appréciation sur l'aptitude physique de M. E à reprendre ses fonctions au sein de la police municipale.

En ce qui concerne le rejet opposé le 2 juin 2021 au recours gracieux :

8. En premier lieu, l'exercice d'un recours gracieux contre une décision n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de cette dernière à reconsidérer sa position, les vices propres d'une décision portant rejet d'un recours gracieux ne peuvent être utilement invoqués à l'occasion d'un recours contentieux dirigé contre elle. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la décision attaquée et de ce que cette dernière serait insuffisamment motivée en droit sont inopérants.

9. En second lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, doit être écarté le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de son aptitude physique à reprendre ses fonctions au sein de la police municipale.

10. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin la fin de non-recevoir opposée en défense que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 février 2021 ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreintes ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune Nîmes, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. E au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. E la somme demandée par la commune de Nîmes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la commune de Nîmes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente de la 2ème chambre,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

La présidente de la 2ème chambre,

C. BOYER

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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