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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102572

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102572

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102572
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAARPI AD&M

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2021, Mme Muriel Baroso, représentée par Me Allégret-Dimanche, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle la directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités du Gard a mis fin à son congé pour invalidité temporaire au service à compter du 17 novembre 2020 et a fixé sa consolidation au 17 novembre 2020 avec état séquellaire évalué à 5% ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation administrative et financière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ; la commission de réforme n'indique pas ce à quoi elle est favorable ; ladite commission remet en cause son accident de travail alors que cela ne lui appartient pas ; elle excède ainsi ses prérogatives et rend un avis irrégulier ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il ne ressort pas de l'avis de la commission de réforme qu'un médecin agréé aurait été consulté préalablement ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a jamais désigné M. C pour se présenter lors de la séance de la commission de réforme ;

-

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le médecin de prévention n'a été ni consulté ni informé des suites envisagées à l'accident de service du 4 octobre 2017 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ; l'administration s'est sentie entièrement liée par l'avis de la commission de réforme ;

- la décision attaquée méconnaît les articles 25 et 47-18 du décret du 14 mars 1986 ; elle n'était pas guérie et l'administration ne pouvait en conséquence pas mettre un terme à son congé pour invalidité temporaire de service ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; son état ne s'est pas amélioré ; les différentes expertises réalisées à la demande de l'administration ont conduit au renouvellement de son congé pour accident de service.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bala,

- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,

- et les observations de Allégret-Dimanche, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Muriel Baroso, secrétaire administrative affectée à l'unité départementale de la DIRECCTE du Gard, a déclaré le 4 octobre 2017 un arrêt de travail à la suite d'un vif échange avec son chef de service. Cet accident a été reconnu imputable au service par décision du 7 juin 2018. Elle a depuis été placée en congé de maladie imputable au service. Par décision du 7 juin 2021, dont Mme D demande l'annulation, la directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités du Gard a mis fin à son congé pour invalidité temporaire au service à compter du 17 novembre 2020 et fixé sa consolidation au 17 novembre 2020 avec état séquellaire évalué à 5%.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit :/ () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence ()/ Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre

1.

son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par () l'accident () ".

3. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que la directrice départementale de l'emploi, du travail et des solidarités a mis fin au congé pour invalidité temporaire imputable au service de Mme D à compter du 17 novembre 2020 et a considéré que les lésions accidentelles étaient consolidées au 17 novembre 2020 avec un état séquellaire de 5%, au motif qu'il a été porté à la connaissance de la commission de réforme que la situation actuelle de Mme D serait en opposition avec la définition jurisprudentielle d'un accident de service. Cependant, et alors que l'arrêté du 7 juin 2018 devenu définitif porte reconnaissance de l'accident du 4 octobre 2017 comme étant imputable au service, Mme D verse aux débats un certificat établi le 21 septembre 2020 par le Dr B, psychiatre, qui indique qu'elle " n'est pas apte à la reprise de ses fonctions ; une reprise à temps partiel avec changement de service sera à prévoir au moment de la reprise. Mme D est inapte de manière provisoire pour une période prévisible de six mois. Pas de date de guérison ni de consolidation fixée ". Elle produit également le certificat établi le 27 janvier 2021 par le Dr A, psychiatre, qui précise la nature du traitement médicamenteux qu'elle prend (anxiolytique et antidépresseur) et certifie qu'elle est dans l'incapacité de reprendre son travail. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir qu'elle n'était pas apte à reprendre ses fonctions à compter du 17 novembre 2020 et qu'ainsi, la décision du 7 juin 2021 attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de Mme D, que la décision du 7 juin 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. L'exécution du présent jugement implique que l'administration procède à un nouvel examen de la situation de Mme D, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision attaquée du 7 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités de réexaminer la situation de Mme D dans un délai de quatre mois à compter de sa notification.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 500 euros à Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme Muriel Baroso et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au préfet de la région Occitanie et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

K. BALA

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

F. BELKAID

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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