mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2102828 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SIMON ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2021 et 31 mai 2023, Mme B Ollier, représentée par Me Allegret Dimanche de l'AARPI ADetM, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze a fixé au 3 juin 2013 la date de guérison de son état de santé, ainsi que la décision née le 4 juillet 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze de fixer au 19 novembre 2018 la date de consolidation de son état de santé, avec prise en charge des soins jusqu'au 30 juin 2019, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze de régulariser sa situation administrative et financière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas démontré que le médecin psychiatre siégeant à la commission de réforme du 9 février 2021 avait connaissance de son entier dossier médical ;
- elle est entachée d'erreurs de droit :
° l'autorité administrative s'est considérée, à tort, liée par l'avis de la commission de réforme rendu le 9 février 2021 ;
° l'autorité administrative a méconnu la portée juridique d'une guérison d'un état de santé, qui ne peut être actée la concernant ;
° son placement en disponibilité sur demande ne faisait pas obstacle au bénéfice d'un congé pour une maladie imputable au service ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a fixé au 3 juin 2013 la date de guérison de son état de santé, en contradiction avec les avis des médecins psychiatres qui l'ont expertisée après cette date.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mai 2022 et 13 juin 2023, le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, représenté par Me Anahory du cabinet Simons et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture immédiate de l'instruction est intervenue, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, à l'émission de l'ordonnance de clôture le 17 juillet 2023.
Par un courrier du 23 mai 2024, le tribunal a demandé à Mme Ollier de produire la pièce n°13 "traitement suivi" dans sa version intégrale non biffée. Mme Ollier a satisfait à cette demande par une production du 27 mai 2024.
Par un courrier du 23 mai 2024, le tribunal a demandé au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze de l'informer de la situation administrative de Mme Ollier depuis l'expiration de sa mise en disponibilité le 3 juin 2014. Le centre hospitalier a satisfait à cette demande par une production du 28 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif à relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galtier,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Allegret, représentant Mme Ollier, et celles de Me Ruda, représentant le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Ollier, secrétaire médico-sociale en fonction au sein du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, a souffert d'un syndrome anxiodépressif reconnu imputable au service à compter du 8 décembre 2009 par une décision prise par le directeur de cet établissement le 31 décembre 2015, en exécution d'un arrêt n° 15MA01227 du 3 novembre 2015 de la cour administrative d'appel de Marseille. Cette décision a été annulée par un jugement du 17 mai 2018 du tribunal administratif de Nîmes en tant qu'elle fixait au 3 juin 2013 la date de guérison de Mme Ollier, et en enjoignant au directeur du centre hospitalier de réexaminer la situation de Mme Ollier après avoir consulté la commission de réforme. Par une décision du 6 février 2019, le directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze a fixé au 3 juin 2013 la date de consolidation de l'état de santé de Mme Ollier, a refusé la prise en charge de ses soins à compter de cette date, et a fixé son taux d'incapacité partielle permanente (IPP) à 5%, décision qui a été annulée par un jugement du 17 décembre 2020 du tribunal administratif de Nîmes, et enjoignant au directeur du centre hospitalier de réexaminer la situation de Mme Ollier après avoir consulté la commission de réforme comprenant un médecin spécialiste de sa pathologie. Par une décision du 4 mars 2021, dont Mme Ollier demande l'annulation, le directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze a, en exécution de ce jugement, fixé au 3 juin 2013 la date de guérison de son état de santé.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales ".
3. D'une part, lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à une maladie reconnue imputable au service, le bénéfice des dispositions précitées est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain, mais non nécessairement exclusif, avec la maladie reconnue imputable au service. En outre, l'existence d'un état antérieur, fût-il évolutif, ne permet d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état a déterminé, à lui seul, l'incapacité professionnelle de l'intéressé.
4. D'autre part, la date de consolidation correspond seulement au moment où l'état de santé de l'agent est stabilisé. Sa détermination a pour seul objet de permettre d'évaluer l'incapacité permanente pouvant en résulter et de faire courir le délai de prescription. Le droit de l'intéressé à la prise en charge, au titre de la maladie reconnue imputable au service, des arrêts de travail et des soins postérieurs à la consolidation de son état de santé demeure toutefois subordonné à l'existence d'un lien direct avec la maladie professionnelle, et prend nécessairement fin à la date de guérison des troubles imputables à cette maladie.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme Ollier a souffert d'un syndrome anxiodépressif, reconnu imputable au service à compter du 8 décembre 2009 par une décision prise par le directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze le 31 décembre 2015 en exécution d'un arrêt n° 15MA01227 du 3 novembre 2015 de la cour administrative d'appel de Marseille. Par la décision contestée du 4 mars 2021, cette autorité a fixé la date de guérison de l'agent à la date du 3 juin 2013. Pour ce faire, le directeur du centre hospitalier s'est fondé sur l'avis de la commission de réforme, réunie le 9 février 2021 en présence d'un médecin spécialiste, considérant qu'" en l'absence avérée de pathologie psychiatrique à rattacher au service, la commission de réforme acte une guérison au 3 juin 2013 (veille d'une mise en disponibilité pour convenance personnelle). Les troubles psychiatriques non imputables continuent d'évoluer pour leur propre compte depuis plus de 11 ans d'inactivité professionnelle ".Toutefois, les circonstances que Mme Ollier ait demandé le 3 juin 2013 à être placée en disponibilité pour un motif personnel, et qu'elle ait été déclarée apte à reprendre ce même jour par la médecine du travail, sont sans incidence sur le point de savoir si elle était alors guérie des troubles imputables à cette maladie professionnelle. Or, de tels éléments sont contredits par l'expertise médicale réalisée le 19 novembre 2018 par le Docteur A, médecin expert psychiatre diligenté par la commission de réforme, lequel proposait de retenir une date de consolidation au jour de son expertise, avec un taux d'incapacité permanente (IPP) de 5 %, et la prise en charge des soins post-consolidation jusqu'au 30 juin 2019. Pareillement, la persistance des soins en lien avec la maladie professionnelle postérieurement à la date du 3 juin 2013 est justifiée par la production par l'intéressée de certificats de soins, arrêts de travail et attestations de ses médecins psychiatres traitants au cours des années 2016 à 2018. Dans ces conditions, Mme Ollier est fondée à soutenir que la décision du 4 mars 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier a estimé qu'elle était guérie au 3 juin 2013 est entachée d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 4 mars 2021 du directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, ainsi que la décision implicite née le 4 juillet 2021 rejetant le recours gracieux, doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
8. Il résulte de l'instruction qu'à la date du 3 juin 2013, Mme Ollier avait été reconnue apte à la reprise sans restriction médicale par le médecin du travail. Or l'intéressée, qui n'a pas contesté cette aptitude, a sollicité son placement en disponibilité pour convenance personnelle à compter de cette date, laquelle disponibilité a été prolongée pour le même motif et de façon continue jusqu'au 3 juin 2025. Par ailleurs, si Mme Ollier justifie de certificats de soins, arrêts de travail et attestations de ses médecins psychiatres traitants au cours des années 2016 à 2019, de tels éléments, s'ils sont de nature à ouvrir le droit de l'intéressée à leur prise en charge au titre de la maladie reconnue imputable au service, dès lors qu'ils présentent un lien direct avec la maladie professionnelle, ne suffisent toutefois pas à démontrer que l'état de l'agent n'était pas stabilisé à la date du 3 juin 2013. Dans ces conditions, et eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme Ollier au 3 juin 2013 et de prendre en charge ses soins et honoraires médicaux post-consolidation jusqu'au 30 juin 2019. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze la somme de 1 200 euros à verser à Mme Ollier au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de Mme Ollier, qui n'a pas la qualité de partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 mars 2021, ainsi que la décision implicite née le 4 juillet 2021 rejetant le recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme Ollier au 3 juin 2013 et de prendre en charge ses soins et honoraires médicaux post-consolidation jusqu'au 30 juin 2019, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze versera à Mme Ollier la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Ollier et au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
Mme Galtier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
F. GALTIER
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2102828
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026