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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103146

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103146

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOUZID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 octobre 2021 et 13 février 2023, M. A B, représenté par Me Bouzid, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation de la décision implicite du 9 août 2021, rejetant le recours administratif préalable dirigé contre une décision de déclassement d'emploi prononcée le 24 juin 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le compte-rendu d'incident du 17 juin 2021 est irrégulier et doit être écarté ;

- le compte rendu de visionnage des images de vidéosurveillance est en contradiction avec le compte-rendu d'incident et les déclarations des surveillants ;

- la décision de la poursuivre a été prise sur le fondement d'un rapport d'enquête, rédigé le 21 juin 2021 à 10 heures 43, qui ne lui a pas été communiqué ;

- la sanction est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il ne s'est pas vu communiquer le rapport d'enquête et les annexes relatives aux déclarations des témoins ;

- il se prévaut de la circulaire du 9 juin 2011 du garde des sceaux relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures ;

- la décision ne porte pas indication de la qualité du signataire ;

- elle n'est pas motivée ;

- il n'a pas été tenu compte de l'excuse de provocation ;

- elle est entachée d'un défaut d'appréciation quant à sa personnalité et elle présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête de M. B.

Il expose que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique/

Considérant ce qui suit :

1. M. B, détenu au centre pénitentiaire d'Avignon - Le Pontet, exerçait un emploi d'auxiliaire. Il a été impliqué dans une altercation avec un autre détenu, à la suite de laquelle il a fait l'objet, le 24 juin 2021, d'une décision de déclassement d'emploi. M. B conteste la décision implicite née du silence gardé par le directeur régional des services pénitentiaires sur son recours administratif préalable dirigé contre la décision du 24 juin 2021.

Sur la légalité :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ". Il résulte de ces dispositions, applicables au présent litige, qu'un détenu n'est recevable à déférer au juge administratif que la seule décision, expresse ou implicite, du directeur régional des services pénitentiaires, qui arrête définitivement la position de l'administration et qui se substitue ainsi à la sanction initiale prononcée par le chef d'établissement. Il s'ensuit que, les vices propres à la décision initiale ayant nécessairement disparu avec cette dernière, le requérant ne saurait utilement s'en prévaloir. En revanche, cette substitution ne saurait faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur régional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

3. En premier lieu, la décision implicite de rejet, qui a résulté du silence gardé par le directeur régional des services pénitentiaires sur le recours administratif présenté par M. B, s'est substituée à la sanction initiale du 24 juin 2021. Il en résulte que M. B ne peut utilement se prévaloir du défaut d'indication de la qualité de l'un des signataires de la décision du 24 juin 2021, ni de son insuffisante motivation.

4. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 9 juin 2011 du garde des sceaux relative au régime disciplinaire des personnes détenues majeures, qui est dépourvue de caractère réglementaire et dont les dispositions invoquées ne constituent pas une ligne directrice opposable à l'administration.

5. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il a reçu communication d'un rapport d'enquête établi le 21 juin 2021 à 14 heures 19, alors que la décision de le poursuivre mentionne un rapport d'enquête établi le même jour à 10 heures 43. Toutefois, le rapport d'enquête transmis à M. B et la décision de le poursuivre décrivent des faits en tous points identiques. L'intéressé a d'ailleurs reconnu ces faits devant la commission de discipline. Dans ces conditions, et même à supposer que la différence d'heure n'a pas procédé d'une simple erreur de plume, M. B n'a été privé en l'espèce d'aucune garantie. Par ailleurs, aucun texte ou principe n'obligeait le service à lui transmette " les annexes des prétendus témoins ". Au demeurant, le contenu de ces témoignages et l'identité des témoins ont été intégralement reproduits dans le rapport d'enquête qui lui a été communiqué.

6. En quatrième et dernier lieu, M. B pense pouvoir relever des contradictions de faits entre les témoignages des surveillants, le compte-rendu d'incident et le compte-rendu de visionnage des images de vidéosurveillance. Toutefois ces différences, portant notamment sur le point de savoir si M. B se trouvait devant un ascenseur ou à l'intérieur, et sur le point de savoir s'il poussait un ou plusieurs plateaux, sont restées sans incidence sur la régularité de la procédure. Au demeurant, aucune d'entre elles ne remet en cause la matérialité des faits reprochés à l'intéressé, qu'il a reconnus comme il a été dit.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Il résulte des dispositions combinées du 2° de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale, et du 2° de l'article R. 57-7-34 du même code, dans leur rédaction applicable au litige, que le fait pour une personne détenue d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue constitue une faute disciplinaire du premier degré. Cette faute peut être sanctionnée par un déclassement d'emploi, lorsque son auteur est majeur et lorsqu'elle a été commise au cours ou à l'occasion de l'activité considérée. Aux termes de l'article R. 57-7-49 de ce code : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur. () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le 17 juin 2021 vers 17 heures 30, M. B, alors qu'il exerçait ses fonctions d'auxiliaire, a eu une altercation avec un codétenu à qui il a infligé une blessure superficielle. Ces faits, reconnus par l'intéressé par la voix de son conseil devant la commission de discipline, doivent être regardés comme établis et constitutifs d'une faute disciplinaire du premier groupe, de nature à justifier une sanction. A supposer, comme soutenu, que l'altercation a débuté par une provocation verbale du codétenu, que la violence physique a procédé de la volonté de parer un coup, et que l'intéressé a eu jusqu'alors un comportement irréprochable, au regard des seuls éléments qu'il produit, celui-ci n'est pas fondé à soutenir qu'en lui infligeant la sanction du déclassement d'emploi, le directeur interrégional des services pénitentiaires aurait commis une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B présentées à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller.

M. Parisien, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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