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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103216

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103216

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 octobre 2021, le 16 mars et le 13 juillet 2022, et le 18 janvier ainsi que le 19 mai 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Auchan Hypermarché, représentée par Me Naux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse n°2021/08-09 du 9 août 2021 portant application du " pass " sanitaire dans les centres commerciaux du département de Vaucluse ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse n°2021/08-12 du 12 août 2021 portant élargissement de l'application du " pass " sanitaire dans les centres commerciaux du département de Vaucluse ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse n°2021/08-31 du 31 août 2021 prescrivant des mesures générales nécessaires pour limiter la circulation du virus Covid-19 dans le département de Vaucluse ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- ces arrêtés sont insuffisamment motivés au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;

- ils sont illégaux, dès lors qu'ils prennent leur fondement dans le décret du 7 août 2021 lui-même illégal en tant qu'il porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie, à la liberté d'entreprendre en altérant les conditions de concurrence entre les opérateurs de la grande distribution, et à la liberté d'aller et de venir ;

- le décret n° 2021-1059 est illégal en ce qu'il ne prévoit pas d'exception pour les commerces de première nécessité situés dans les commerces de plus de 20 000 m2 ;

- les mesures n'étaient pas justifiées au regard des circonstances que la situation sanitaire était en nette amélioration et que les centres commerciaux de plus de 20 000 m2 ne constituent pas des lieux de contamination ;

- elles présentent un caractère disproportionné ;

- il est porté atteinte au principe d'égalité et au droit au respect de la vie privée et familiale.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2021 et le 7 juin 2022, le préfet de Vaucluse, conclut au rejet de la requête de la SAS Auchan Hypermarché.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que les arrêtés ont été entièrement exécutés ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Un mémoire présenté pour la société Auchan Hypermarché a été enregistré le 14 mars 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Launay, représentant la SAS Auchan Hypermarché.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Auchan Hypermarché demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du préfet de Vaucluse n° 2021/08-09 du 9 août 2021, portant application du pass sanitaire dans les centres commerciaux du département de Vaucluse, n°2021/08-12 du 12 août 2021, portant élargissement de l'application du pass sanitaire dans les centres commerciaux du département de Vaucluse, et n°2021/08-31 du 31 août 2021, prescrivant des mesures générales nécessaires pour limiter la circulation du virus Covid-19 dans le département de Vaucluse.

Sur le cadre juridique général applicable au litige :

2. D'une part, aux termes du point II-A de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire, dans sa rédaction issue de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et applicable au litige : " A compter du 2 juin 2021 et jusqu'au 15 novembre 2021 inclus, le Premier ministre peut, par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, dans l'intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 : / () 2° Subordonner à la présentation soit du résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19, soit d'un justificatif de statut vaccinal concernant la covid-19, soit d'un certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 l'accès à certains lieux, établissements, services ou évènements où sont exercées les activités suivantes : / () f) Sur décision motivée du représentant de l'Etat dans le département, lorsque leurs caractéristiques et la gravité des risques de contamination le justifient, les grands magasins et centres commerciaux, au-delà d'un seuil défini par décret, et dans des conditions garantissant l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi, le cas échéant, qu'aux moyens de transport. / Cette réglementation est rendue applicable au public et, à compter du 30 août 2021, aux personnes qui interviennent dans ces lieux, établissements, services ou évènements lorsque la gravité des risques de contamination en lien avec l'exercice des activités qui y sont pratiquées le justifie, au regard notamment de la densité de population observée ou prévue. () ". Selon les termes du point III du même article : " Lorsque le Premier ministre prend des mesures mentionnées aux I et II, il peut habiliter le représentant de l'Etat territorialement compétent à prendre toutes les mesures générales ou individuelles d'application de ces dispositions. / Lorsque les mesures prévues aux mêmes I et II doivent s'appliquer dans un champ géographique qui n'excède pas le territoire d'un département, le Premier ministre peut habiliter le représentant de l'Etat dans le département à les décider lui-même. Les décisions sont prises par ce dernier après avis du directeur général de l'agence régionale de santé. Cet avis est rendu public. / Les mesures prises en application des deux premiers alinéas du présent III le sont après consultation des exécutifs locaux ainsi que des parlementaires concernés. () ". Et aux termes du point IV de ce même article : " Les mesures prescrites en application du présent article sont strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires. Les mesures individuelles font l'objet d'une information sans délai du procureur de la République territorialement compétent. ". Le point X de cet article prévoit que : " Les attributions dévolues au représentant de l'Etat par le présent article sont exercées à Paris et sur les emprises des aérodromes de Paris-Charles de Gaulle, du Bourget et de Paris-Orly par le préfet de police ".

3. D'autre part, selon l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, dans sa rédaction issue du décret du 7 août 2021 et applicable au litige : " I. - Les personnes majeures doivent, pour être accueillies dans les établissements, lieux, services et évènements mentionnés aux II et III, présenter l'un des documents suivants : / 1° Le résultat d'un examen de dépistage, d'un test ou d'un autotest mentionné au 1° de l'article 2-2 réalisé moins de 72 heures avant l'accès à l'établissement, au lieu, au service ou à l'évènement. Les seuls tests antigéniques pouvant être valablement présentés pour l'application du présent 1° sont ceux permettant la détection de la protéine N du SARS-CoV-2 ; / 2° Un justificatif du statut vaccinal délivré dans les conditions mentionnées au 2° de l'article 2-2 ; / 3° Un certificat de rétablissement délivré dans les conditions mentionnées au 3° de l'article 2-2. / La présentation de ces documents est contrôlée dans les conditions mentionnées à l'article 2-3. / A défaut de présentation de l'un de ces documents, l'accès à l'établissement, au lieu, au service ou à l'évènement est refusé, sauf pour les personnes justifiant d'une contre-indication médicale à la vaccination dans les conditions prévues à l'article 2-4. / II. - Les documents mentionnés au I doivent être présentés pour l'accès des participants, visiteurs, spectateurs, clients ou passagers aux établissements, lieux, services et évènements suivants : / () 7° Les magasins de vente et centres commerciaux, relevant du type M mentionné par le règlement pris en application de l'article R. 143-12 du code de la construction et de l'habitation, comportant un ou plusieurs bâtiments dont la surface commerciale utile cumulée calculée est supérieure ou égale à vingt mille mètres carrés, sur décision motivée du représentant de l'Etat dans le département, lorsque leurs caractéristiques et la gravité des risques de contamination le justifient et dans des conditions garantissant l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi, le cas échéant, qu'aux moyens de transport. / La surface mentionnée au précédent alinéa est calculée dans les conditions suivantes : / a) La surface commerciale utile est la surface totale comprenant les surfaces de vente, les bureaux et les réserves, sans déduction de trémie ou poteau et calculée entre les axes des murs mitoyens avec les parties privatives, et les nus extérieurs des murs mitoyens avec les parties communes. La surface est prise en compte indépendamment des interdictions d'accès au public ; / b) Il faut entendre par magasin de vente ou centre commercial tout établissement comprenant un ou plusieurs ensembles de magasins de vente, y compris lorsqu'ils ont un accès direct indépendant, notamment par la voie publique, et éventuellement d'autres établissements recevant du public pouvant communiquer entre eux, qui sont, pour leurs accès et leur évacuation, tributaires de mails clos. L'ensemble des surfaces commerciales utiles sont additionnées pour déterminer l'atteinte du seuil de 20 000 m2, y compris en cas de fermeture, même provisoire, de mails clos reliant un ou plusieurs établissements ou bâtiments. () ".

4. Les dispositions précitées du f) du 2°) du A du II de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 modifiée, reprises et précisées par celles du 7° du II de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021 modifié, relatives à la garantie de l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi que, le cas échéant, aux moyens de transport, n'imposent pas d'assurer cette garantie pour les établissements se trouvant dans l'enceinte des grands magasins et centres commerciaux dans lesquels le pass sanitaire est exigé. En revanche, il appartient aux préfets, d'une part, de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les usagers de ces centres commerciaux ont la possibilité d'accéder à des biens et services de première nécessité, en particulier alimentaires et de santé, dans des magasins ou établissements situés à une distance raisonnable de ces centres, appréciée au regard de la densité urbaine et des moyens de transport disponibles, d'autre part, ainsi que le ministre des solidarités et de la santé les y a invités, de permettre à toutes les personnes, y compris celles non détentrices d'un pass sanitaire, l'accès aux lieux de soins situés dans l'enceinte de ces centres commerciaux, le cas échéant, lorsqu'un accès différencié à ces lieux ne peut être aménagé, sur présentation d'un justificatif de rendez-vous et enfin, lorsqu'il existe un accès direct à des moyens de transport depuis un centre commercial dans lequel est exigé le pass sanitaire, de s'assurer que les personnes non détentrices de ce " passe " peuvent accéder à ces mêmes moyens de transport par des accès pour lesquels le " passe " n'est pas requis, situés à proximité immédiate de ce centre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité :

5. En premier lieu, ainsi que l'a jugé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-824 DC du 5 août 2021, il est loisible au législateur d'apporter à la liberté d'entreprendre, qui découle de l'article 4 de la Déclaration de 1789, des limitations liées à des exigences constitutionnelles ou justifiées par l'intérêt général, à la condition qu'il n'en résulte pas d'atteinte disproportionnée au regard de l'objectif poursuivi. En autorisant, par la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, le Premier ministre à subordonner l'accès de certains lieux, établissements, services ou événements à la présentation d'un pass sanitaire, le législateur a entendu permettre aux pouvoirs publics de prendre des mesures visant à limiter la propagation de l'épidémie de covid-19 et à assurer un contrôle effectif de leur respect. Il a ainsi poursuivi l'objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé.

6. Eu égard à la situation sanitaire à la date du décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 et à la nécessité de prévenir le risque de contagion dans les espaces clos accueillant un grand nombre de personnes, les dispositions précitées de l'article 47-1, en subordonnant l'accès des personnes majeures aux centres commerciaux dont la surface commerciale utile cumulée calculée est supérieure ou égale à 20 000 m² à l'obligation, au demeurant expressément prévue par le 2° du A du II de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021, de présenter un pass sanitaire, constituent une mesure complémentaire de freinage de la propagation de l'épidémie de covid-19, ciblée sur des lieux de consommation caractérisés par la concentration de nombreux commerces dans un espace clos, attirant des populations importantes et, par là-même, de nature à favoriser la dissémination du virus par la multiplication des interactions entre les personnes. Si la société requérante conteste la notion de " surface commerciale utile " retenue par cet article, en tant notamment qu'elle inclut les bureaux et les réserves en plus des surfaces de vente, y compris en " drive " et qu'elle est prise en compte indépendamment des interdictions d'accès au public, cette notion reprend une définition déjà consacrée par les professionnels du secteur, favorisant ainsi sa bonne connaissance et à sa correcte application par les personnes auxquelles elle s'adresse et reflétant le fait que ces espaces ne sont pas sans lien avec la surface de vente, ni avec la fréquentation des centres commerciaux. Dans ces conditions, si les dispositions en cause du décret du 7 août 2021 portent une atteinte à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie, celle-ci n'est pas excessive eu égard aux risques sanitaires encourus, du fait du brassage de populations dans les centres commerciaux de la nature de ceux visés. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de ce décret sur le fondement duquel ont été édictés les arrêtés préfectoraux des 13 et 31 août 2021, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si les arrêtés attaqués portent atteinte à la liberté d'aller et venir en subordonnant l'accès des personnes majeures aux centres commerciaux dont la surface commerciale utile cumulée calculée est supérieure ou égale à 20 000 m² à la présentation d'un pass sanitaire, ils ont pour objet, d'une part, de prévenir l'accès à ces établissements de personnes porteuses du virus et, d'autre part, de limiter le risque de contagion dans ces espaces clos accueillant un grand nombre de personnes. Eu égard à la situation sanitaire à la date des arrêtés attaqués, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que cette atteinte à la liberté d'aller et venir ne serait pas proportionnée à l'objectif de sauvegarde de la santé publique poursuivi. Pour les mêmes motifs, le moyen, soulevé par la voie de l'exception, tiré de la méconnaissance par le décret du 7 août 2021 du principe de liberté d'aller et venir doit également être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les usagers des centres commerciaux concernés qui ne disposeraient pas de passe sanitaire leur permettant d'accéder à ces centres, n'auraient pas la possibilité d'accéder à des biens et services de première nécessité, en particulier alimentaires et de santé, dans des magasins ou établissements situés à une distance raisonnable, appréciée au regard de la densité urbaine et des moyens de transport disponibles.

En ce qui concerne la légalité des arrêtés en litige :

9. En premier lieu, la SAS Auchan Hypermarché soutient que les trois arrêtés contestés sont insuffisamment motivés au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

10. Cependant, et d'une part, les mesures en litige ne constituent pas des décisions individuelles restreignant l'exercice des libertés publiques ou constituant des mesures de police. L'obligation de motiver ces décisions ne résultait donc pas des dispositions générales du code des relations entre le public et l'administration, qui ne peuvent être utilement invoquées, mais des dispositions spéciales du f) du A du II de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 modifiée et du 7° du point II de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021 modifié.

11. D'autre part et en tout état de cause, les arrêtés visent les textes dont ils font application, notamment la loi du 31 mai 2021 et le décret du 1er juin 2021 modifié. Ils exposent les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour imposer la présentation d'un pass sanitaire aux personnes souhaitant accéder aux grands magasins et centres commerciaux du département dont la surface commerciale utile est supérieure ou égale à 20 000 mètres carrés et dont ils arrêtent chacun la liste. En effet, l'autorité préfectorale a relevé que les grands magasins et centres commerciaux mettent en présence un nombre important de personnes en un même lieu et en contact pour une durée prolongée, ou favorisent le brassage des populations, et présentent ainsi un risque important de propagation du virus, notamment pour les établissements dont la surface excède 20 000 m². Elle a également relevé la dégradation de la situation sanitaire dans le département, en précisant à cet égard l'évolution du taux d'incidence. Elle a précisé que compte-tenu de la dégradation de la situation sanitaire il convenait d'arrêter la liste des grands magasins et centres commerciaux dans lesquels les accès sont subordonnés à la présentation d'un pass sanitaire. Par suite, les arrêtés contestés comportent les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et qui ont permis à la société requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Dès lors les moyens tirés de leur insuffisante motivation doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés contestés ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée. En particulier, si les mesures édictées étaient en principe réservées aux centres commerciaux lorsque leurs caractéristiques et la gravité des risques de contamination le justifiaient, l'autorité préfectorale a nécessairement considéré que compte tenu de leurs caractéristiques tirées de leurs dimensions, de leurs configurations et de leurs fréquentations, les lieux de consommation concernés favorisaient la dissémination du virus par la multiplication des interactions entre les personnes, raisons pour lesquelles elle a estimé que les mesures litigieuses présentaient un caractère adapté, de nature à limiter le risque de circulation de ce virus. Par suite, en admettant même que la société requérante ait entendu invoquer un moyen tiré de l'incompétence négative, ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit que pour imposer la présentation d'un pass sanitaire aux personnes souhaitant accéder à l'un des grands magasins et centres commerciaux visés le préfet de Vaucluse s'est fondé, d'une part, sur les caractéristiques générales de ces établissements recevant du public et sur le risque important de propagation du virus et, d'autre part, sur la situation sanitaire dégradée dans le département.

14. La SAS Auchan Hypermarché soutient que l'autorité préfectorale aurait ainsi adopté une mesure qui n'était pas nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif poursuivi de sauvegarde de la santé publique. A cet effet, elle fait valoir que les grands magasins et centres commerciaux, où les gestes barrières seraient respectés, ne constituaient pas des lieux de contamination. Les documents dont elle se prévaut sont constitués de l'étude menée par l'Institut Pasteur en partenariat avec la caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM), " Santé Publique France " et l'Institut IPSOS, intitulée " Étude des facteurs sociodémographiques, comportements et pratiques associés à l'infection par le SARS-CoV-2 (ComCor) ", dont les résultats ont été mis en ligne à partir du 17 décembre 2020, puis régulièrement actualisés et publiés par voie de communiqués de presse, et repris dans une publication scientifique parue le 15 novembre 2021 dans la revue " Lancet Regional Health ". Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer le caractère inadapté de l'obligation de présentation du pass sanitaire pour les personnes souhaitant accéder aux grands magasins de vente et centres commerciaux concernés compte tenu des informations dont disposait l'autorité administrative à la date d'adoption des arrêtés attaqués. En effet, si le premier volet de l'étude précitée fait notamment " apparaître le rôle majeur que jouent les rassemblements familiaux et amicaux dans les contaminations, notamment lors des repas " ainsi qu'une " augmentation du risque associée à un nombre plus élevé de sujets vivant dans le foyer, à la présence d'enfants en crèche, maternelle, ou scolarisés dans le foyer, et aux réunions privées (familles et amis) ", il ressort des termes mêmes de cette étude que l'interprétation de ses résultats devait " rester prudente "sur deux points, relatifs, d'une part, au " fait que les personnes qui y ont répondu, cas et témoins, sont des personnes qui ont accepté de renseigner un questionnaire détaillé " et que les " cas ne représentaient que 8,2% du total des personnes contactées " de sorte que " cette population ne peut () être considérée comme représentative de la population des personnes infectées sur le territoire français ", et, d'autre part, de ce que " les résultats s'appliquent à deux périodes très particulières de l'évolution de l'épidémie : le couvre-feu (17 au 30 octobre 2020), et un confinement partiel (depuis le 30 octobre 2020) ". À cet égard, l'étude précise qu'un " sur-risque " de contamination " n'a pas été observé pour la fréquentation des commerces " mais " à une période d'activité contrôlée de leur ouverture ". En outre, les nouveaux résultats de l'étude " ComCor ", repris dans la revue " The Lancet Regional Health ", et faisant l'objet d'un communiqué de presse de l'institut Pasteur du 26 novembre 2021 indiquent qu'" aucun sur-risque n'a été documenté pour () les commerces (hors commerces de proximité) ". Il résulte essentiellement de cette étude que le risque de contamination en épicerie était supérieur à celui rencontré en supermarché et centre commercial, alors que la mesure en litige cible des lieux de consommation caractérisés par la concentration de nombreux commerces dans un espace clos, attirant des populations importantes et, par là-même, de nature à favoriser la dissémination du virus par la multiplication des interactions entre les personnes. Ainsi, les grands magasins et centres commerciaux, qui présentent un risque de contamination à raison tant de la promiscuité des personnes présentes que des interactions sociales qui s'y déroulent, mettent en présence simultanément un nombre important de personnes en un même lieu et pour une durée prolongée. La SAS Auchan Hypermarché n'établit pas le caractère inadapté de la mesure en se prévalant de l'absence de renouvellement d'une mesure similaire au mois de novembre 2021 ou encore de périodes distinctes durant lesquelles l'épidémie aurait freiné sans qu'une mesure similaire ne soit en vigueur. Enfin, à supposer même que la mesure en litige aurait été inefficace pour lutter contre la propagation du virus, l'autorité investie du pouvoir de police ne commet pas d'illégalité en prenant les mesures qui paraissent adaptées au regard de la situation de fait existant à la date à laquelle elle a été prise et notamment au vu des informations dont elle dispose à la date de sa décision. La circonstance que ces mesures se révèlent ensuite inutiles est donc sans incidence sur leur légalité et entraîne seulement l'obligation de les abroger ou de les adapter. Dans ces conditions, la société requérante ne peut utilement soutenir que les mesure litigieuses, abrogées dans les semaines suivantes à la suite d'une baisse du taux d'incidence, n'auraient eu aucun impact sur l'évolution de l'état sanitaire du département. De même, s'agissant du caractère proportionné de ces mesures, la circonstance qu'elles se seraient ensuite révélées inutiles, est à la supposer établie sans incidence sur leur légalité. Enfin, la société requérante ne démontre ni même n'allègue avoir subi une perte de clientèle ou une perte de chiffres d'affaires, ou encore que les contrôles rendus nécessaires par l'instauration du pass sanitaire auraient fait peser sur elle des contraintes excessives.

15. Dans ces conditions, compte tenu des caractéristiques propres à ces lieux de consommation, caractérisés par la concentration de nombreux commerces dans un espace clos, attirant des populations importantes et, par là-même, de nature à favoriser la dissémination du virus par la multiplication des interactions entre les personnes, de la gravité des risques de contamination existants aux dates d'adoption des arrêtés attaqués et de la possibilité pour les personnes démunies d'un pass sanitaire d'accéder aux biens et services de première nécessités, la SAS Auchan Hypermarché n'est pas fondée à soutenir qu'en imposant la présentation d'un pass sanitaire aux grands magasins et centres commerciaux du département, le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions légales et réglementaires précitées ni que l'atteinte aux droits et libertés invoqués n'était pas nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif de sauvegarde de la santé publique poursuivi.

16. En quatrième et dernier lieu, en admettant même que la société requérante doive être regardée comme se prévalant de la méconnaissance du principe d'égalité et d'une atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale, ces moyens ne sont pas assortis des précisions qui permettraient au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception à fin de non-lieu, que la SAS Auchan Hypermarché n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du préfet de Vaucluse n°2021/08-09 du 9 août 2021, n°2021/08-12 du 12 août 2021, et n°2021/08-31 du 31 août 2021.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SAS Auchan Hypermarché est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Auchan Hypermarché et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller.

M. Parisien, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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