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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103393

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103393

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP LEMOINE CLABEAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Lemoine de la SCP Lemoine Clabeaut, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 août 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a rejeté sa demande de paiement du solde de son compteur " Géopol " ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder au versement de ce solde ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est signée par une autorité non habilitée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 telles qu'interprétées par la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, qui garantit son droit au paiement de la somme correspondant à l'indemnité compensatrice des jours de congés annuels dont elle n'a pu bénéficier ;

- l'administration ne peut lui opposer l'instruction DRCPN/SDFP/BPMS n°0126 laquelle ajoute illégalement des conditions à l'article 1 du décret du 3 mars 2000 relatif à l'indemnisation pour services supplémentaires ;

- les dispositions du décret n°2002-634 du 29 avril 2022 ne limitent pas à 15 le seuil des jours figurant sur le compte épargne temps qui peuvent donner lieu à paiement ;

- aucun texte ni aucune jurisprudence ne s'oppose à ce que les RTT cumulés non pris ne puissent faire l'objet d'un paiement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, le préfet de la zone défense et de sécurité Sud conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- les conclusions en injonction sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive européenne 2003/88/CE du 4 novembre 2003 ;

- le code de la fonction publique ;

- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;

- le décret n° 2000-194 du 3 mars 2000 ;

- le décret n°2002-634 du 29 avril 2002 ;

- le décret n°2002-812 du 3 mai 2002 ;

- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;

- l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret n°2002-634 du 29 avril 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lorion, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agente spécialisée de la police technique et scientifique, a été détachée le 24 août 2020 auprès du ministère de l'éducation nationale, puis intégrée en qualité de professeur des écoles le 1er septembre 2021. Le 20 juillet 2021, elle a sollicité auprès du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud l'indemnisation des heures et jours restants sur son compteur " Géopol ". Le 20 août 2021, le préfet lui a accordé une indemnité de 1 875 euros au titre de 25 jours de congés indemnisables sur son compte épargne temps (CET), et a rejeté ses demandes tendant à l'indemnisation des heures supplémentaires et de temps compensé, ainsi que de ses jours de réduction du temps de travail (RTT) et congés annuels non pris. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant qu'elle ne fait pas droit à ses demandes relatives au solde de 15 jours de CET, au paiement du solde de 106,37 heures d'heures supplémentaires " actif " et 211,37 d'heures supplémentaires " historique ", au paiement de deux jours de RTT, et de 0,5 jour de congé annuel non pris.

Sur les conclusions principales à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision dans son ensemble :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme C D. Par un arrêté du 18 janvier 2021, le préfet de la zone défense et de sécurité Sud a autorisé Mme caroline D, attachée principale d'administration de l'Etat, chef du pôle d'expertise et de services, à signer les actes et décisions courantes relevant de la gestion financière et administratives de son bureau. Il n'est pas établi, ni même allégué, que le préfet de la zone défense et de sécurité Sud, le secrétaire général, son adjoint et la directrice des ressources humaines n'auraient pas été absents ou empêchés le 20 août 2021. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délégation régulière du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le demi-jour de congé annuel :

3. L'article 5 du décret du 26 octobre 1984 relatif aux congés annuels des fonctionnaires de l'Etat prévoit que le congé annuel dû pour une année de service accompli " ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le chef de service " et qu' " un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ". Et aux termes de l'article 7 de la directive n° 2003/88/CE 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ".

4. En l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que la radiation de Mme B des cadres des effectifs du ministère du ministère de l'intérieur, suite à sa titularisation dans le corps des professeurs des écoles de classe normale le 1er septembre 2021, constitue la fin de sa relation de travail avec le ministère de l'intérieur au sens de l'article 7 précité de la directive du 4 novembre 2003, l'intéressée ne démontre toutefois pas avoir été dans l'impossibilité de prendre l'intégralité de ses congés annuels avant son départ, ni avoir sollicité en vain le report desdits droits à congés non pris sur son compte-épargne temps. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant l'indemnisation d'un demi-jour de congé annuel non pris, le préfet a méconnu les dispositions de l'article 7 de la directive du 4 novembre 2003.

En ce qui concerne le paiement des soldes d'heures supplémentaires " actif " et " historique " :

5. D'une part, aux termes de l'article 3 décret susvisé du 3 mai 2002 portant statut particulier du corps des agents spécialisés de police technique et scientifique de la police nationale (ASPTS) : " Les agents spécialisés de police technique et scientifique sont chargés de tâches techniques ou scientifiques dans les laboratoires de police scientifique et toutes autres structures de la police nationale chargées de missions d'identité judiciaire. Ils sont également appelés à exercer leurs fonctions dans les établissements publics administratifs relevant du ministère de l'intérieur, et notamment le service national de police scientifique. En leur qualité de fonctionnaires de la police nationale participant à la mission de police judiciaire, ils accomplissent les missions de police technique et scientifique qui leur sont confiées sur instructions de leurs chefs de service, sur réquisition d'un officier de police judiciaire ou à la demande de l'autorité judiciaire. A ce titre, ils concourent à la recherche et à l'exploitation des traces et indices nécessaires à l'identification des auteurs d'infractions à la loi pénale, participent en tous lieux utiles aux constatations techniques portant sur ces infractions et apportent leur concours aux missions de soutien liées aux activités opérationnelles ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret 3 mars 2000 fixant les conditions d'attribution d'une indemnité pour services supplémentaires aux fonctionnaires actifs de la police nationale : " Les fonctionnaires actifs de la police nationale, à l'exclusion des fonctionnaires du corps de conception et de direction et du corps de commandement, peuvent, lorsqu'ils sont amenés à effectuer des services supplémentaires non susceptibles de donner lieu à récupération, bénéficier d'une indemnité pour services supplémentaires ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui avait le grade d'agente spécialisée de police technique et scientifique, appartenait à un corps de la police scientifique et ne pouvait dès lors, ainsi que le lui a valablement opposé le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud dans la décision attaquée, bénéficier d'une indemnité pour services supplémentaires sur le fondement des dispositions du décret du 3 mars 2000 applicables aux seuls corps de fonctionnaires actifs de la police nationale. Par suite, Mme B, qui n'invoque aucune autre disposition au soutien de sa demande, n'est pas fondée à solliciter le paiement des heures supplémentaires inscrites à son compte " Géopol ".

En ce qui concerne le solde de quinze jours figurant sur le compte épargne temps (CET) :

8. D'une part, aux termes de l'article 3 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne temps dans la fonction publique de l'Etat : " Le compte épargne-temps est alimenté par le report de jours de réduction du temps de travail et par le report de congés annuels, tels que prévus par le décret du 26 octobre 1984 susvisé, sans que le nombre de jours de congés pris dans l'année puisse être inférieur à 20 () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est inférieur ou égal à un seuil, fixé par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, qui ne saurait être supérieur à vingt jours, l'agent ne peut utiliser les droits ainsi épargnés que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2009, modifié par arrêté du 28 novembre 2018, pris pour l'application de ce décret du 29 avril 2002 : " Le seuil mentionné aux articles 5 et 6 du décret du 29 avril 2002 susvisé est fixé à 15 jours. ". Et aux termes de l'article 6 du même décret : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est supérieur au seuil mentionné à l'article 5 : I. - Les jours ainsi épargnés n'excédant pas ce seuil ne peuvent être utilisés par l'agent que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. II. - Les jours ainsi épargnés excédant ce seuil donnent lieu à une option exercée au plus tard le 31 janvier de l'année suivante : 1° L'agent titulaire mentionné à l'article 2 ou le magistrat mentionné à l'article 2 bis opte dans les proportions qu'il souhaite : a) Pour une prise en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique dans les conditions définies à l'article 6-1 ; b) Pour une indemnisation dans les conditions définies à l'article 6-2 ; () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 621-4 du code de la fonction publique : " Le fonctionnaire admis à exercer une mobilité auprès d'une administration, d'une collectivité ou d'un établissement relevant de l'une des trois fonctions publiques, conserve le bénéfice des droits aux congés acquis au titre de son compte épargne-temps et peut les utiliser en partie ou en totalité ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B disposait de 40 jours de CET à la date de sa demande le 20 juillet 2021, et a été indemnisée pour une somme de 1 875 euros correspondante à 25 jours de CET au-delà du seuil de 15 jours fixé par l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2009 précité. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées du décret du 29 avril 2002 en limitant ainsi à 25 jours le nombre de jours de CET indemnisables, le reliquat de 15 jours bénéficiant d'une portabilité acquise dans le CET que l'intéressée conserve dans sa nouvelle administration et pour lequel elle ne bénéfice d'aucun droit à indemnisation.

En ce qui concerne le solde de deux jours de RTT :

11. En se bornant à soutenir qu'elle aurait droit au paiement de deux jours de RTT lors de son intégration dans les services de l'éducation nationale, sans invoquer pour autant quelles dispositions normatives auraient ainsi été être méconnues, Mme B ne conteste pas utilement la décision attaquée alors que, ainsi que le prévoit l'article 3 précité du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne temps dans la fonction publique de l'Etat, de tels jours de réduction de temps de travail, sous réserve d'une prise de congés annuels de minimum 20 jours sur l'année civile de leur acquisition, ne pouvaient qu'alimenter le CET de l'agent sans ouvrir droit à leur indemnisation directe.

Sur les conclusions accessoires :

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

Mme Galtier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

F. GALTIER

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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