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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103416

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103416

mardi 2 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 octobre 2021 et le 23 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le maire de Bernis a préempté un terrain cadastré section ZL nos 75 et 82 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bernis la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente dès lors que le département titulaire du droit de préempter un espace naturel sensible ne l'a pas délégué à la commune et qu'en tout état de cause, il n'est justifié d'aucune délégation de ce droit par le conseil municipal au bénéfice du maire ;

- l'article L. 215-1 du code de l'urbanisme a été méconnu car la création de la zone de préemption par la commission permanente, le 20 juin 1996, est illégale et devait être prise par l'organe délibérant du département et que la délibération produite du 20 juin 2017 n'a pas une telle portée ;

- le motif de la préemption n'est pas au nombre des objectifs limitativement fixés à l'article L. 113-8 de ce code ;

- la décision de préemption concernant un bien vendu par adjudication est tardive pour être intervenue au-delà du délai fixé à l'article R. 215-18 du même code ;

- l'article L. 215-11 du code de l'urbanisme a lui aussi été méconnu dès lors que le terrain en litige supporte une construction et n'a pas vocation à être ouvert au public eu égard à sa superficie.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, la commune de Bernis, représentée par Me Margall conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la consommation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roux,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouault, représentant Mme A, et de Me Chatron, représentant la commune de Bernis.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 12 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 16 août 2021, le maire de Bernis a décidé de préempter un terrain cadastré section ZL nos 75 et 82 d'une contenance totale de 1 872 mètres carrés, appartenant à Mme C. Mme A, en qualité d'acquéreuse évincée, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 215-1 du code de l'urbanisme, crée par l'ordonnance du 23 septembre 2015 relative à la partie législative du livre Ier du code de l'urbanisme : " Pour mettre en œuvre la politique prévue à l'article L. 113-8, le département peut créer des zones de préemption dans les conditions définies au présent article ". L'article L. 215-4 du même code dispose que : " A l'intérieur des zones délimitées en application de l'article L.215-1, le département dispose d'un droit de préemption ". L'article L. 215-7 de ce code dispose que : " La commune peut se substituer au département si celui-ci n'exerce pas son droit de préemption : () / 3° Dans les cas où ni le conservatoire ni l'établissement public chargé d'un parc national ou d'un parc naturel régional n'est compétent () ".

3. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, dans sa version en vigueur du 25 novembre 2018 au 23 février 2022 : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal () ".

4. D'une part, il ressort de la déclaration d'intention d'aliéner le bien en cause, en date du 17 août 2021, sur laquelle, dans le " cadre réservé au titulaire du droit de préemption ", le directeur de l'eau et de la valorisation du patrimoine naturel a, par délégation du président du conseil départemental du Gard, apposé sa signature et le tampon du département du Gard portant la mention " Département du Gard - non exercice du droit de préemption ", que cette collectivité a expressément renoncé à l'exercice de son droit de préemption au titre des espaces naturels sensibles. Le terrain en cause n'est pas situé dans un parc naturel régional. Par suite, la commune a pu, conformément aux dispositions précitées du 3° de l'article L. 215-7 du code de l'urbanisme, se substituer au département pour exercer le droit de préemption. D'autre part, par une délibération du 23 juin 2020, le conseil municipal a délégué au maire de Bernis l'exercice, au nom de la commune, des droits de préemption définis par le code de l'urbanisme. Les deux vices d'incompétence invoqués contre la décision de préemption prise par le maire de Bernis manquent en fait et doivent, dès lors, être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 215-1 du code de l'urbanisme : " () Dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme approuvé, les zones de préemption sont créées avec l'accord de la commune ou de l'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme. En l'absence d'un tel document, et à défaut d'accord des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de plan local d'urbanisme concernés, ces zones ne peuvent être créées par le département qu'avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain en cause est situé dans une zone de préemption des espaces naturels sensibles définie par délibération du 20 juin 1996 de la commission permanente du conseil général du Gard, à laquelle ce dernier avait délégué son droit de préemption, tel que cela ressort des mentions faisant foi jusqu'à preuve du contraire figurant au paragraphe 2 du III de la délibération du 29 juin 2007 produite à l'instance. De plus, par cette dernière délibération, le conseil général du département du Gard a approuvé l'inventaire des espaces naturels sensibles précédemment définis par la commission permanente, la définition d'une stratégie d'acquisition foncière de ces espaces déclinée suivant trois niveaux de sensibilité et la délégation du droit de préemption de ces espaces au président du conseil général du Gard. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que cette collectivité n'aurait pas créé la zone de préemption dans laquelle se situe le terrain préempté par la commune de Bernis.

7. En troisième lieu, les dispositions de l'article R. 215-18 du code de l'urbanisme, particulières aux préemptions de biens vendus par adjudication, prévoient que le titulaire du droit de préemption " dispose d'un délai de trente jours à compter de l'adjudication pour informer le greffier ou le notaire de sa décision de se substituer à l'adjudicataire ". Il ressort de la décision juridictionnelle ordonnant la cession du terrain en cause à Mme A qu'elle a été rendue, dans le cadre de la mise en liquidation judiciaire du patrimoine de Mme C sur le fondement des dispositions de l'article R. 742-23 du code de la consommation relatives à la vente de gré à gré d'un bien immobilier, relevant de la sous-section 1 de la section 3 de ce code, et non à la vente par adjudication, régie quant à elle par la sous-section 2 et les articles R. 742-27 à R. 742-41 de ce code. Il n'est donc pas démontré par la production de cette ordonnance ni d'ailleurs par aucune pièce du dossier que la vente du bien objet de la préemption en litige aurait été réalisée par adjudication. Par suite, Mme A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article R. 215-18 du code de l'urbanisme.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 113-8 du code de l'urbanisme : " Le département est compétent pour élaborer et mettre en œuvre une politique de protection, de gestion et d'ouverture au public des espaces naturels sensibles, boisés ou non, destinée à préserver la qualité des sites, des paysages, des milieux naturels et des champs naturels d'expansion des crues et d'assurer la sauvegarde des habitats naturels selon les principes posés à l'article L. 101-2 ". Aux termes de l'article L. 215-11 de ce code : " A titre exceptionnel, l'existence d'une construction ne fait pas obstacle à l'exercice du droit de préemption dès lors que le terrain est de dimension suffisante pour justifier son ouverture au public et qu'il est, par sa localisation, nécessaire à la mise en œuvre de la politique des espaces naturels sensibles des départements. Dans le cas où la construction acquise est conservée, elle est affectée à un usage permettant la fréquentation du public et la connaissance des milieux naturels ".

9. D'une part, il résulte de ces dispositions que les décisions de préemption qu'elles prévoient doivent être justifiées à la fois par la protection des espaces naturels sensibles et par l'ouverture ultérieure de ces espaces au public, sous réserve que la fragilité du milieu naturel ou des impératifs de sécurité n'y fassent pas obstacle. La décision en litige est suffisamment motivée par la nécessité de lutter efficacement contre les constructions illicites en milieux sensibles qu'elle vise à préserver et n'avait pas à faire état d'un projet d'aménagement précis dont la collectivité aurait à justifier de la réalité à la date à laquelle elle a exercé son droit de préemption.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le terrain préempté présente une superficie de 1 872 mètres carrés et supporte un bâtiment sinistré à la suite d'un incendie. Contrairement à ce qu'avance la requérante, en l'absence d'autres éléments d'appréciation et alors qu'il est situé au sein d'une zone identifiée, tel qu'il a déjà été dit, comme un espace naturel sensible, ces seules superficie et présence de ce bâtiment en ruine ne permettent pas de considérer que ce terrain ne pourrait faire l'objet d'une ouverture au public ou que la décision d'assurer sa protection, à laquelle participe directement la lutte contre les constructions illicites et qui est au nombre des objectifs définis à l'article L. 113-8 précité, ne serait pas justifiée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bernis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme que demande la commune de Bernis en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera une somme de 1 200 euros à la commune de Bernis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Bernis.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

G. ROUX L'assesseur le plus ancien,

R. MOURET

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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