mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2103920 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AVRIL |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le n° 2103920 les 16 novembre 2021 et 28 juillet 2022, M. et Mme A et B C, représentés par Me Carre, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 20 septembre 2020 par laquelle le maire de Bonnieux a refusé d'inscrire à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal l'abrogation de la délibération du 10 décembre 2019 portant modification n° 2 du plan local d'urbanisme de la commune, en tant qu'elle approuve le classement de la parcelle cadastrée section I n° 182 leur appartenant en zone agricole ;
2°) d'enjoindre au maire de Bonnieux d'inscrire à l'ordre du jour d'une prochaine séance du conseil municipal la modification du classement de cette parcelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bonnieux la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le classement de la parcelle en zone A approuvé par la délibération du 10 décembre 2019 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, de sa situation et de ses caractéristiques ;
- cette délibération est entachée d'une erreur de fait, puisqu'elle se base sur des cartographies matériellement inexactes ;
- elle méconnait l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dès lors que le classement en zone naturelle des parcelles n'est pas cohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) compte tenu des erreurs commises dans la délimitation des zones.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2022, la commune de Bonnieux, représentée par Me Avril, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 10 décembre 2019 sont mal dirigées ;
- les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
II- Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2202811 les 16 septembre 2022 et 28 décembre 2023, M. et Mme A et B C, représentés par Me Carre, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 16 juillet 2022 par laquelle le maire de Bonnieux a refusé d'inscrire à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal l'abrogation de la délibération du 20 octobre 2015 portant approbation du plan local d'urbanisme de la commune, en tant qu'elle approuve le classement de la parcelle cadastrée section I n° 182 leur appartenant en zone agricole ;
2°) d'enjoindre au maire d'inscrire à l'ordre du jour d'une prochaine séance du conseil municipal la modification du classement de cette parcelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Bonnieux la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le classement de la parcelle en zone A approuvé par la délibération du 20 octobre 2015 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, de sa situation et de ses caractéristiques ;
- cette délibération est entachée d'une erreur de fait, puisqu'elle se base sur des cartographies matériellement inexactes ;
- elle méconnait l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dès lors que le classement en zone naturelle des parcelles n'est pas cohérent avec les orientations du plan d'aménagement et de développement durables (PADD) compte tenu des erreurs commises dans la délimitation des zones.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 décembre 2023 et 10 janvier 2024, la commune de Bonnieux, représentée par Me Avril, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Roux,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me André, représentant M. et Mme C et D, représentant la commune de Bonnieux.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 20 octobre 2015, le conseil municipal de la commune de Bonnieux a approuvé son plan local d'urbanisme et par une autre délibération du 10 décembre 2019, il a approuvé la modification n° 2 de ce plan. Par deux décisions implicites des 20 septembre 2020 et 16 juillet 2022, le maire de cette commune a refusé de faire droit aux demandes de M. et Mme C visant à ce que soient inscrites à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal les abrogations respectives de ces deux délibérations des 10 décembre 2019 et 20 octobre 2015 en tant qu'elles approuvent le classement en zone agricole A de la parcelle cadastrée section I n° 182 leur appartenant. Par des requêtes enregistrées sous les numéros nos 2103920 et 2202811, M. et Mme C demandent l'annulation de ces deux décisions implicites de refus nées du silence gardé par le maire de Bonnieux.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros nos 2103920 et 2202811, qui ont fait l'objet d'une instruction commune, présentent à juger des questions semblables et des moyens identiques. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.
4. Il appartient aux auteurs du plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que dans le cas où elle se révèle entachée d'une erreur manifeste ou s'appuie sur des faits matériellement inexacts.
5. En premier lieu, la circonstance alléguée selon laquelle le document cartographique soumis aux conseillers municipaux au stade de l'arrêt du projet de PLU, finalement approuvé par la délibération du 20 octobre 2015, n'ait pas fait apparaître certaines constructions dorénavant présentes sur les parcelles contiguës au terrain des requérants est sans incidence sur la légalité des
décisions de refus d'abrogation attaquées qui s'apprécie au regard de la situation de fait existante à la date où se prononce le juge de l'excès de pouvoir.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-7 repris à l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme actuellement en vigueur : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle en cause appartenant à M. et Mme C, d'une superficie de 3 465 mètres carrés, vierge de construction et n'étant pas desservie par le réseau public d'assainissement, est située dans la partie ouest du territoire de la commune de Bonnieux, dans un secteur d'habitat très diffus ne constituant pas un hameau, classé en zone agricole, se trouvant lui-même séparé des parties urbanisées du village. Le faible nombre de constructions éparses qui s'y trouve bâties de part et d'autre de la route de Ménerbes, desservant également la parcelle des requérants, est situé au cœur d'un vaste espace agricole qui s'étend au nord, à l'ouest et au sud dont ce secteur partage la valeur agronomique des sols. Par ailleurs, l'objectif n° 7 du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de Bonnieux comporte une orientation relative à maîtrise de l'urbanisation et à la lutte contre le mitage des zones agricoles et naturelle en favorisant " la densification des espaces déjà urbanisés " et en définissant " les secteurs d'urbanisation en cohérence avec les réseaux ". La circonstance que la commune afin, tel qu'elle l'a justifié dans le rapport de présentation, de répondre à un besoin de logements ait entendu ouvrir à l'urbanisation la seule zone 2AUb " Les Vignauds " lors de la modification n° 2 du PLU de la commune n'est pas de nature à révéler un abandon du parti de préservation des terres agricoles et de lutte contre le mitage. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le classement en zone A de la parcelle des époux C n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes. / Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques () ". L'article L. 151-8 du même code dispose que : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient ou juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
9. Tel qu'il a déjà été dit, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de Bonnieux, s'est notamment fixé pour objectif de " favoriser le maintien de la protection des espaces agricoles " dès lors qu'ils représentent une part importante des terres communales et constituent un marqueur de son histoire et un élément notable de son économie, et prévoit également de " limiter le mitage des espaces agricoles " en ne développant plus de secteurs d'urbanisation en discontinuité de l'urbanisation existante. Au regard de la situation et des caractéristiques de la parcelle de M. et Mme C énoncées au point 7, son classement en zone agricole est cohérent avec ces objectifs du PADD nonobstant la circonstance alléguée que le document graphique sommaire qui y est annexé comporterait certaines erreurs et approximations dans la délimitation des différentes zones.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le classement en zone agricole de la parcelle des requérants n'est pas illégal et que le maire a pu à bon droit refuser d'inscrire son abrogation à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal par les deux décisions implicites en litige. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Bonnieux dans l'instance n° 2103920, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions présentées par M. et Mme C dans leurs deux requêtes doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bonnieux, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, les sommes demandées par M. et Mme C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2103920 et n° 2202811 de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Bonnieux la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administration.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C et à la commune de Bonnieux.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
G. ROUX L'assesseur le plus ancien,
R. MOURET
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2103920, 2202811
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026