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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2103997

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2103997

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2103997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFRAYSSINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 novembre 2021, 5 et 16 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Frayssinet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a pris à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de 24 mois ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette sanction ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de le réintégrer dans ses fonctions avec toutes les conséquences de droit à compter du 3 mai 2021, date d'effet de son exclusion temporaire, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre le réexamen de sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de son droit de pouvoir présenter utilement sa défense ;

- elle est entachée d'un vice de procédure substantiel par suite du défaut d'impartialité du conseil de discipline ;

- elle repose sur des faits dont la matérialité n'est pas établie et pour lesquels il bénéficie de la présomption d'innocence ;

- elle lui inflige une sanction disproportionnée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 septembre et 10 octobre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Achour,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de Me Frayssinet, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, gardien de la paix depuis le 1er mai 2006, affecté depuis le 1er septembre 2013 à la circonscription de sécurité publique du Gard, a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de se livrer à l'activité professionnelle de policier national ou d'une manière générale, de toute activité ou fonction à l'occasion de laquelle la personne a la qualité de dépositaire de l'autorité publique dans le cadre de sa profession, par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Nîmes du 2 décembre 2019. Le 5 décembre 2019, le directeur départemental de la sécurité publique du Gard a ordonné une enquête administrative. Après avis du conseil de discipline réuni le 30 septembre 2020, le ministre de l'intérieur a, par un arrêté du 3 mai 2021, prononcé à l'encontre de M. C une sanction d'exclusion temporaire des fonctions de vingt-quatre mois. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction alors en vigueur, désormais codifiées à l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". L'article 1er du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat dispose : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 2 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " L'organisme siégeant en Conseil de discipline lorsque sa consultation est nécessaire, en application du second alinéa de l'article 19 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, est saisi par un rapport émanant de l'autorité ayant pouvoir disciplinaire ou d'un chef de service déconcentré ayant reçu délégation de compétence à cet effet. / Ce rapport doit indiquer clairement les faits reprochés au fonctionnaire et préciser les circonstances dans lesquelles ils se sont produits ". L'article 4 du même décret dispose : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline quinze jours au moins avant la date de réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Ce conseil peut décider, à la majorité des membres présents, de renvoyer à la demande du fonctionnaire ou de son ou de ses défenseurs l'examen de l'affaire à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois. ".

3. D'autre part, il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire qui fait l'objet de poursuites disciplinaires doit être informé des insuffisances qui lui sont reprochées et mis à même de demander la communication de son dossier. Toutefois, aucune disposition ne prévoit que le fonctionnaire poursuivi doive recevoir communication, avant la séance du conseil de discipline, du rapport de l'autorité ayant saisi l'instance disciplinaire.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C, a été convoqué, par lettre du 19 août 2020, devant le conseil de discipline devant se tenir le 30 septembre 2020 et informé de son droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel, de se faire assister d'un ou plusieurs défenseurs de son choix et de présenter des observations écrites. Si M. C soutient n'avoir pas été informé des griefs retenus à son encontre, que ce courrier ne mentionnait pas, il ressort des pièces du dossier que M. C avait été invité à faire connaître ses observations sur l'ensemble des manquements reprochés, dans le cadre de l'enquête administrative par questionnaire adressé le 8 juillet 2020 après trois convocations auxquelles il ne s'était pas rendu, invoquant des motifs liés à son état de santé.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C a informé l'autorité administrative par retour, le 20 septembre 2020, de la fiche d'exercice de ses droits et lettre du même jour, qu'il ne se présenterait pas devant le conseil, invoquant des motifs médicaux, ayant néanmoins été déclaré apte à comparaître par le médecin inspecteur zonal le 17 septembre au vu notamment des pièces médicales remises par l'intéressé. Alors que le requérant pouvait être représenté par le défenseur de son choix et indiquait que son avocat avait pris acte de la convocation, il ne ressort d'aucune des pièces produites que M. C ait entendu solliciter un report de la séance du conseil de discipline, qu'au demeurant ce dernier n'était pas tenu d'accorder.

6. Compte tenu de ces éléments, alors qu'il ne justifie pas avoir demandé communication de son dossier individuel et notamment des éléments relatifs à la procédure disciplinaire ouverte à son encontre ni manifesté l'intention de se présenter devant le conseil de discipline, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit de se défendre utilement.

7. En deuxième lieu, il est constant que M. B, directeur départemental de la sécurité publique du Gard, a sollicité la réalisation d'une enquête administrative à la suite du placement de M. C sous contrôle judiciaire et a signé le rapport de saisine du conseil de discipline. Toutefois, cette circonstance ne faisait pas obstacle à ce qu'il pût régulièrement siéger avec voix délibérative au sein de ce conseil, qui s'est réuni le 30 septembre 2020, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de la séance, qu'il ait, dans ses interventions, manifesté un défaut d'impartialité ni une animosité particulière à l'égard de l'agent, nonobstant le rappel des mesures d'instructions pénales et des motifs de sa mise en examen en séance, propres au contexte des poursuites disciplinaires et à la découverte des faits estimés fautifs. Par suite, le moyen tiré du défaut d'impartialité entachant l'avis du conseil de discipline, qui s'est prononcé en faveur de la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de vingt-quatre mois à l'unanimité des voix, ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires désormais codifiées à l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat alors applicable, désormais codifiées à l'article L. 533-1 de ce code : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. Premier groupe : - l'avertissement ; - le blâme. Deuxième groupe : - la radiation du tableau d'avancement ; - l'abaissement d'échelon ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours ; - le déplacement d'office. Troisième groupe : - la rétrogradation ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans. Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation ".

9. D'autre part, aux termes de l'article R. 434-2 du code de la sécurité intérieure : " () Au service des institutions républicaines et de la population, policiers et gendarmes exercent leurs fonctions avec loyauté, sens de l'honneur et dévouement ". Aux termes l'article R. 434-12 du code de la sécurité intérieure : " Le policier ou le gendarme ne se départ de sa dignité en aucune circonstance. / En tout temps, dans ou en dehors du service, y compris lorsqu'il s'exprime à travers les réseaux de communication électronique sociaux, il s'abstient de tout acte, propos ou comportement de nature à nuire à la considération portée à la police nationale et à la gendarmerie nationale. Il veille à ne porter, par la nature de ses relations, aucune atteinte à leur crédit ou à leur réputation. ". L'article R. 434-21 de ce code dispose que : " Sans préjudice des exigences liées à l'accomplissement de sa mission, le policier ou le gendarme respecte et préserve la vie privée des personnes, notamment lors d'enquêtes administratives ou judiciaires. À ce titre, il se conforme aux dispositions législatives et réglementaires qui régissent la création et l'utilisation des traitements de données à caractère personnel. Il alimente et consulte les fichiers auxquels il a accès dans le strict respect des finalités et des règles propres à chacun d'entre eux, telles qu'elles sont définies par les textes les régissant, et qu'il est tenu de connaître ". Selon l'article R 434-25 du même code : " L'autorité investie du pouvoir hiérarchique contrôle l'action de ses subordonnés. Le policier ou le gendarme est également soumis au contrôle d'une ou de plusieurs inspections générales compétentes à l'égard du service auquel il appartient. Sans préjudice des règles propres à la procédure disciplinaire et des droits dont le policier ou le gendarme bénéficie en cas de mise en cause personnelle, il facilite en toute circonstance le déroulement des opérations de contrôle et d'inspection auxquelles il est soumis ". Enfin aux termes de l'article 113-1 de l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale : " () les fonctionnaires actifs des services de la police nationale sont soumis à l'obligation de rendre compte sans délai et par écrit à la hiérarchie, de tout fait ou incident, à caractère personnel ou se rapportant à l'exécution du service, et des circonstances dans lesquelles ils se sont produits, ayant entraîné ou susceptible d'entraîner leur présentation devant une autorité de police ou devant une autorité juridictionnelle".

10. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

11. La décision attaquée fait grief à M. C d'avoir, entre le 19 octobre 2015 et le 30 août 2019, contresigné malhonnêtement à onze reprises le contrôle judicaire imposé à un proche alors qu'il n'était pas en service à cet effet ou en utilisant à leur insu le matricule de collègues, de s'être abstenu de prendre les précautions nécessaires pour mettre en sécurité sa carte d'identité professionnelle et son badge d'accès au commissariat, entre le 1er septembre et le 31 octobre 2019, alors qu'il hébergeait son père à son domicile auquel des personnes " marginales " venaient rendre visite, et d'avoir déclaré leur vol et fait part de leur disparition à sa hiérarchie plus de deux mois après les faits. La décision attaquée retient par ailleurs que l'ouverture d'une enquête judiciaire à l'encontre de M. C à raison de délits qu'il est suspecté d'avoir commis dans l'exercice de ses fonctions a été largement médiatisée par la presse locale, que les perquisitions menées à son domicile et dans son vestiaire professionnel le 26 novembre 2019 ont révélé qu'il détenait sans autorisation ni motif légitime plusieurs fiches de consultation du système d'immatriculation des véhicules ainsi qu'un badge magnétique de circulation dans le commissariat dédié au chef de poste et destiné à des entreprises extérieures dont l'analyse a montré des tentatives d'accès sans droit au local de rétention administrative, au sous-sol des gardés à vue et aux bureaux de la sûreté départementale. Il est enfin relevé que le gardien de la paix n'a pas déféré aux convocations de l'état-major de la direction départementale de la sécurité publique le 25 mai 2020 alors qu'il avait été déclaré apte à s'y rendre par le médecin inspecteur zonal. Il ne ressort pas, en revanche, des pièces du dossier que la décision attaquée entende sanctionner M. C des faits susceptibles de revêtir une qualification pénale ressortant de l'enquête judiciaire mais des seuls éléments factuels mentionnés ci-dessus, révélés par cette dernière, susceptibles de constituer, à eux seuls, des fautes professionnelles.

12. Si M. C conteste la matérialité de ces faits et se prévaut, concernant les faits pour lesquels il est poursuivi pénalement, de la présomption d'innocence, il ressort des pièces du dossier que l'enquête judiciaire a permis d'établir, notamment à la suite d'une perquisition intervenue à son domicile le 26 novembre 2019, que le requérant était en possession de faux billets de banque, de plusieurs montres contrefaites de marques de luxe, de plusieurs certificats d'immatriculations et clés de contact, de bons de livraison de véhicules d'occasion vierges, d'un lot de pièces d'identité, cartes de séjour et permis de conduire, tandis que des faux billets de banque et une montre de luxe contrefaite avaient été retrouvés dans les fouilles de personnes gardées à vue s'étant plainte d'une substitution frauduleuse. Il ressort également des pièces du dossier qu'une perquisition du casier professionnel de l'agent le même jour, a permis la découverte de mêmes billets factices, d'un badge d'accès au service non attribué à l'intéressé et d'éditions de fiches du système d'immatriculation des véhicules. Si la procédure pénale ouverte à l'encontre du requérant n'était pas achevée, une enquête préliminaire étant en cours pour la soustraction de billets de banques et d'une montre de luxe dans les fouilles de personnes gardées à vue, pour la participation à un groupement ou une entente en vue de la préparation d'un ou plusieurs délits punis de cinq ans d'emprisonnement caractérisée par un ou plusieurs faits, pour la détention et le recel de nombreux objets permettant la préparation de délits d'escroqueries à la vente ou à l'achat de véhicules automobiles. Si M. C bénéficiait à cet égard de la présomption d'innocence, les objets découverts au cours de ces perquisitions étaient de nature à révéler de sérieuses négligences de l'intéressé eu égard aux obligations de loyauté et de dignité attachées à ses fonctions de gardien de la paix, et à nuire à l'image de la police nationale, quand bien même la médiatisation de ces faits ne lui serait pas imputable.

13. S'agissant des fiches de consultation du système d'immatriculation des véhicules, alors que M. C affirme qu'elles étaient en sa possession pour des besoins liés à son activité professionnelle et qu'il les aurait, par négligence, laissées dans ses poches ou dans son casier, il est constant que plusieurs fiches ont également été retrouvées à son domicile en même temps que des certificats d'immatriculations, clés de contact, bons de livraison de véhicules vierges et documents d'identité, de séjour ou de conduite.

14. S'agissant de la contresignature irrégulière du registre d'exécution du contrôle judiciaire, il ressort des pièces du dossier et notamment des conclusions de l'enquête administrative pré-disciplinaire rendues le 11 mai 2020 ainsi que des écritures en défense que la contresignature irrégulière du registre a été établie par recoupement entre les informations figurant sur le registre et les relevés de présence du personnel, une partie des signatures de M. C ayant été relevées alors que l'agent était en repos ou en patrouille et plusieurs matricules de personnes non affectées en service étant contestés par les intéressés. Si M. C invoque une usurpation d'identité pour laquelle il a porté plainte, il n'apporte aucune explication probante propre à remettre en cause les contresignatures irrégulières qui lui sont imputées au vu de ces constatations factuelles, corroborées par l'audition de plusieurs collègues. De même, M. C ne conteste pas sérieusement avoir été en possession d'un badge d'accès ne lui ayant pas été affecté, utilisé les 5 et 17 novembre pour tenter d'accéder au local de rétention administrative du sous-sol des gardés à vue et aux bureaux de la sûreté départementale. S'il soutient, en revanche, ne pas être à l'origine de ces usages, il est constant que l'agent était en possession de ce badge lors de la perquisition de son casier professionnel le 26 novembre 2019 et n'apporte aucune explication probante de ce qu'il serait étranger à leur utilisation, se contentant d'alléguer l'avoir trouvé et laissé dans son casier par négligence, alors qu'il avait affirmé, dans le cadre de l'enquête judicaire, l'avoir testé pour voir s'il marchait.

15. S'agissant de la perte de sa carte professionnelle et de son badge d'accès au commissariat, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas été en mesure de présenter sa carte professionnelle aux services de l'inspection générale de la police nationale le 2 décembre 2019 et qu'il n'a déclaré la perte de ces objets à sa hiérarchie, en même temps qu'il a déposé plainte pour leur vol, que le 7 janvier 2019. S'il affirme avoir d'abord tenté de les retrouver, les croyant égarés, il n'apporte pas davantage de précisions à cet égard et ne conteste pas s'être montré négligent.

16. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire n'a pas commis d'erreur dans la qualification juridique des faits en retenant que M. C a gravement manqué aux obligations statutaires et déontologiques qui s'imposent aux fonctionnaires de police, en particulier au devoir d'exemplarité, en adoptant un comportement indigne dans le cadre du service et de la vie privée, au devoir de rendre compte à sa hiérarchie de tout fait susceptible d'avoir une incidence sur le service, au devoir de conscience professionnelle par négligence et imprudence dans la conservation des cartes d'identité professionnelle et d'accès au service, aux devoirs de loyauté et de probité dans l'exécution des modalités de contrôle judiciaire, enfin au respect des règles de sécurité dans l'utilisation des fichiers professionnels à caractère personnel, et qu'il a, par ce comportement, porté atteinte à l'image de la police nationale.

17. Compte tenu de la gravité des manquements ainsi reprochés au requérant et au regard des obligations particulières attachées à ses fonctions de gardien de la paix, la sanction prononcée à son encontre d'exclusion temporaire de fonctions de vingt-quatre mois ne présente pas de caractère disproportionné.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

P. ACHOUR

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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