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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2104112

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2104112

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2104112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP SEBAN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 décembre 2021 et 3 mars 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2021 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé le 13 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser le solde de la prime de transition écologique, soit 3 558,50 euros ;

3°) de condamner l'ANAH à lui verser une indemnisation au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi, et de lui rembourser le montant du prêt de 3 000 euros qu'il a souscrit pour l'acquisition du poêle à granulés.

Il soutient que :

- le motif opposé par l'ANAH est erroné dès lors que le thermo-poêle à granulés qu'il a acheté et fait installer est considéré comme une chaudière car il chauffe l'eau des sanitaires et les radiateurs ;

- le montant de la prime qui lui a été versé est insuffisant par rapport au montant estimé de 6 058,50 euros tel qu'il était mentionné dans le courrier du 9 septembre 2021 de l'ANAH ;

- la position de l'ANAH exprimée dans son mémoire en défense est infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, l'ANAH, représentée par la SELAS Seban et Associés, conclut au rejet de la requête.

L'ANAH fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables faute d'énoncé de conclusions soumises au juge et d'argumentation de nature juridique ;

- les conclusions à fin d'indemnisation sont irrecevables en raison de l'absence de demande préalable ;

- les moyens de la requête sont inopérants ou infondés ;

- s'il ressort des pièces du dossier que les travaux en cause portaient sur l'installation d'un poêle à granulés et non sur une chaudière, un autre motif, fondé sur les dispositions de l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 et de l'arrêté du même jour relatif à la prime de transition énergétique, était de nature à justifier légalement la décision attaquée, la pièce justificative produite par M. A se référant à un poêle à granulés.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de ce que les conclusions de la requête tendant au paiement par l'ANAH d'une indemnité au titre du préjudice moral et du remboursement du montant du prêt de 3 000 euros sont irrecevables en l'absence de demande préalable en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 ;

- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Aymard,

-les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

-les observations de M. A et celles de Me Henri-Luyton pour l'ANAH.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 septembre 2021, M. A a sollicité le bénéfice de la prime de transition énergétique au titre de l'installation d'un thermo-poêle à granulés " Hydro " effectuée le 31 août 2021 dans son logement situé à la Motte d'Aigues (Vaucluse). Par une décision du 6 septembre 2021, l'ANAH a informé l'intéressé que le montant définitif de l'aide allouée était de 2 500 euros, et était inférieur au montant estimé de 6 058,50 euros, qui lui avait été antérieurement communiqué par lettre du 9 juin 2021, en raison de la non-conformité de la nature des travaux, la facture mentionnant l'installation d'un poêle à granulés au lieu d'une chaudière à granulés. Le recours administratif préalable obligatoire formé le 13 septembre 2021 par M. A contre cette décision du 6 septembre 2021 a été rejetée par une décision du 17 novembre 2021 née du silence gardé par l'ANAH. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cette décision du 17 novembre 2021, d'enjoindre à l'ANAH de lui verser le solde de la prime de transition écologique, soit 3 558,50 euros, et de condamner l'ANAH à lui verser une indemnisation du préjudice moral qu'il estime avoir subi, ainsi que le montant du prêt de 3 000 euros qu'il a souscrit pour l'acquisition du thermo-poêle à granulés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

3. Contrairement à ce que soutient l'ANAH, la présente requête indique avec suffisamment de précision la décision dont l'annulation est demandée et comporte des moyens tirés, d'une part, de la contrariété de la décision en litige par rapport au contenu de la lettre de l'ANAH en date du 9 juin 2021 et, d'autre part, du défaut de bien-fondé du motif de la décision de l'ANAH. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 17 novembre 2021 :

4. Aux termes de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " VIII.- Un arrêté conjoint des ministres chargés du logement, de l'énergie, de l'outre-mer, de l'économie et du budget précise les caractéristiques techniques et les modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime. ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " II.- La demande de prime peut porter sur une ou plusieurs dépenses éligibles. Chaque dépense éligible à la prime s'entend du montant toutes taxes comprises, après déduction des aides, ristournes, remises, rabais ou contreparties apportées par toute entreprise participant à la réalisation ou à la facturation des travaux, à l'exception de celles apportées au titre des aides mentionnées au IV, dans la limite d'un plafond défini par arrêté. / () / X.- Un arrêté conjoint des ministres chargés du logement, de l'énergie, de l'économie, de l'outre-mer et du budget fixe les plafonds de ressources mentionnés au I du présent article, les barèmes relatifs au montant de la prime, les plafonds de dépenses éligibles, ainsi que ses modalités de demande et liquidation ". Aux termes de l'annexe 1 à ce décret : " Dépenses éligibles à la prime de transition énergétique / Les dépenses suivantes, lorsqu'elles satisfont les critères techniques fixés par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du présent décret, sont éligibles à la prime : / () / 2. Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire fonctionnant au bois ou autres biomasses : / a) Chaudières à alimentation automatique fonctionnant au bois ou autre biomasse ; / b) Chaudières à alimentation manuelle fonctionnant au bois ou autres biomasses ; / c) Equipements de chauffage ou de fourniture d'eau chaude sanitaire indépendants fonctionnant au bois ou autres biomasses ; / () ".

5. Aux termes du I de l'article 3 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " Pour chaque dépense, la dépense éligible à la prime, visée au II de l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 précité, est définie dans la limite d'un plafond égal, selon la nature de la dépense, aux montants figurant dans les tableaux 1 et 2 de l'annexe 2. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 5 du même arrêté : " L'Agence nationale de l'habitat, après vérification des pièces produites à la demande de paiement, liquide le montant du solde à payer au regard des dépenses effectivement supportées par le bénéficiaire. ". L'annexe 2 à cet arrêté prévoit les barèmes relatifs au montant de la prime selon le type d'équipement en distinguant notamment le cas des " chaudières à alimentation automatique fonctionnant au bois ou autres biomasse, mentionnées au a du 2 de l'annexe 1 ", celui des " chaudières à alimentation manuelle fonctionnant au bois ou autres biomasse, mentionnées au b du 2 de l'annexe 1 " et celui des " Pôeles à granulés, cuisinières à granulés ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 6 septembre 2021 par laquelle l'ANAH a fixé à 2 500 euros le montant de la prime allouée à M. A précise que ce montant est inférieur au montant prévu de 6 058,50 euros en raison de la non-conformité de la nature des travaux, la facture mentionnant l'installation d'un poêle à granulés au lieu d'une chaudière à granulés. Toutefois, alors que la facture du 31 août 2021 d'un montant de 8 370,90 euros relative aux travaux commandés par M. A auprès de la société " Flamme-and-Co " a pour objet " Piazetta Poêle à granulés P963 Thermo ", il ressort des photographies produites à l'instance et des mentions non contestées de la requête que l'équipement en cause chauffe l'eau des sanitaires et les radiateurs. Dès lors, cet équipement est susceptible, nonobstant la mention " poêle à granulés " figurant sur la facture, d'être regardé comme une chaudière à granulés de bois. Il suit de là que le motif que l'ANAH a opposé à M. A dans sa décision du 6 septembre 2021 est infondé.

7. Dans le cadre de la présente instance, l'ANAH sollicite une substitution de motif et invoque les dispositions précitées au point 5 relatives au plafond de l'aide applicables aux poêles à granulés. Toutefois, la seule circonstance que la facture dont se prévaut M. A comporte la mention " poêle à granulés " ne fait pas obstacle à ce que l'équipement acquis par M. A puisse être regardé, eu égard à ses caractéristiques techniques, comme une chaudière à granulés de bois ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, cette circonstance ne suffit pas à rendre applicable le plafond de l'aide réservé aux poêles à granulés. Il suit de là que le motif dont la substitution est sollicitée par l'ANAH est infondé.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 17 novembre 2021 par laquelle l'ANAH a fixé à 2 500 euros le montant de sa prime de transition énergétique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que l'ANAH procède au réexamen de la demande de M. A, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'équipement en cause respecte les caractéristiques techniques fixées par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du décret du 14 janvier 2020. Il est enjoint à l'ANAH de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant au paiement par l'ANAH d'une indemnité au titre du préjudice moral et du remboursement du montant du prêt de 3 000 euros :

10. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

11. Dès lors que M. A n'établit pas avoir présenté à l'ANAH une demande préalable tendant au paiement d'une indemnité au titre du préjudice moral et du remboursement du montant du prêt de 3 000 euros, ses conclusions sont, en application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, irrecevables en l'absence de liaison du contentieux et doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'ANAH en date du 17 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'ANAH de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Achour, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

F. AYMARD

La présidente,

C. CHAMOT

Le greffier,

B. GALLIOT

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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