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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2104301

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2104301

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2104301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021, la SCI " Domaine du temps perdu " doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la délibération du 16 novembre 2021 par laquelle le syndicat de l'Union du Canal Lubéron Sorgues Ventoux a procédé à la délimitation unilatérale de son domaine public au droit de sa parcelle BN 29 à Robion.

Elle soutient que :

- la délimitation du domaine public par cet établissement, d'une emprise de 300 m2, au regard de l'objectif d'accès à une installation bien localisée et délimitée constituée par une armoire électrique, est arbitraire et relève d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'inclusion des fossés d'irrigation dans cette délimitation n'est pas justifiée ;

- cette délimitation est incohérente avec le bornage contradictoire réalisé par un géomètre expert en 2017, sans que l'établissement public ne fasse alors valoir l'existence d'une emprise sur le domaine public.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, l'Union du Canal Lubéron Sorgues Ventoux, représenté par Me Berguet de la SCP Lesage Berguet Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en application de l'article R. 2111-15 du code général de la propriété des personnes publiques, lequel donne compétence au président de l'établissement public " Union du Canal Lubéron Sorgues Ventoux " pour procéder à la délimitation du domaine public fluvial.

L'Union du Canal Lubéron Sorgues Ventoux, représentée par Me Berguet, a présenté des observations en réponse le 5 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ratifiée par la loi n° 2004-1343 du 9 décembre 2004 ;

- le décret n°2006-504 du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galtier,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de Me Berguet, pour l'Union du Canal Lubéron Sorgues Ventoux.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 16 novembre 2021, le syndicat de l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux a procédé à la délimitation unilatérale de son domaine public au droit de la parcelle BN 29 appartenant à la SCI " Domaine du temps perdu ". Par la présente requête, cette société doit être regardée comme demandant l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le présent code s'applique aux biens et aux droits, à caractère mobilier ou immobilier, appartenant à l'Etat, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux établissements publics ". Aux termes de l'article L. 2111-1 de ce code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Et aux termes de l'article L. 2111-3 de ce même code : " S'il n'en est disposé autrement par la loi, tout acte de classement ou d'incorporation d'un bien dans le domaine public n'a d'autre effet que de constater l'appartenance de ce bien au domaine public. L'incorporation dans le domaine public artificiel s'opère selon les procédures fixées par les autorités compétentes ".

3. Il résulte de ces dispositions législatives qu'il n'appartient qu'à l'autorité administrative, éventuellement saisie d'une demande de riverains et sous le contrôle du juge administratif, d'opérer unilatéralement la délimitation de son domaine public. Dans ces conditions, la procédure de bornage entre propriétés privées contiguës, fixée par l'article 646 du code civil, ne s'applique pas au domaine public dont la délimitation s'opère sous la forme d'un tracé sur un plan annexé à l'acte de délimitation. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, ni de ce que la délibération litigieuse serait incohérente avec le bornage contradictoire réalisé le 2 juin 2017 par un géomètre expert, ni de ce que, au cours de ces opérations de bornage, l'établissement public n'aurait émis aucune réserve sur cette délimitation des parcelles litigieuses, dès lors que ces circonstances sont sans incidence sur le pouvoir que détient l'autorité administrative de délimiter unilatéralement son domaine public.

4. En deuxième lieu, il ressort du plan annexé à la délibération litigieuse que le tracé de la limite du domaine de l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux, réalisé sur la base d'une expertise diligentée auprès d'un cabinet de géomètre expert, a pour objet d'inclure à ce domaine public la totalité berges du canal de Carpentras, ainsi que les talus de soutènement de ces berges, pour une emprise de 300m2 aux droits de la parcelle BN 29. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que ledit tracé aurait pour seul objectif de permettre l'accès à une armoire électrique dont l'installation est localisée et délimitée, et que l'emprise de 300m2 procèderait ainsi d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L 2111-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Font également partie du domaine public les biens des personnes publiques mentionnées à l'article L. 1 qui, concourant à l'utilisation d'un bien appartenant au domaine public, en constituent un accessoire indissociable ".

6. Pour contester le tracé retenu par la délibération litigieuse, la société requérante soutient que les fossés d'irrigation inclus dans cette emprise ne constituent pas des accessoires indissociables des berges du canal au sens des dispositions précitées de l'article L. 2111-2 du code général de la propriété des personnes publiques.

7. Il ressort des pièces du dossier que le canal de Carpentras est un canal d'irrigation résultant d'un captage au niveau de la Durance autorisé par décret napoléonien du 15 février 1853, et qui permet notamment l'irrigation de la commune de Robion sur laquelle se trouve la parcelle de la SCI Domaine du Temps perdu. Par arrêté préfectoral du 15 mars 1859, un syndicat mixte, devenu association syndicale autorisée (ASA) par arrêté préfectoral de mise en conformité du 17 décembre 2013, est chargé notamment, au titre de l'article 2 de ses statuts : " d'administrer les canaux de Cabedan-Neuf, et de l'Isle dans les parties où ils ont été empruntés par le canal de Carpentras, entre la prise en Durance et le pont de la pompe à vent ; / de pourvoir à l'alimentation du canal et à la distribution des eaux entre les canaux de Cabedan-neuf, l'Isle et Carpentras, conformément aux droits et titres de chacune de ces trois associations ; / de conserver et entretenir le canal et ses dépendances ; / de faire exécuter tous les travaux nécessaires aux frais de la communauté des intéressés ".

8. Pour justifier du périmètre retenu par la délibération litigieuse, l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux fait notamment valoir que la délimitation opérée tient strictement et exclusivement compte de l'emprise de l'ouvrage public que constitue le canal et ses dépendances, en ce compris une berge suffisamment large pour permettre la circulation d'engins destinés à son entretien, ainsi qu'un talus destiné à la soutenir. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies des lieux datant de 1950, que ledit canal traversait initialement la parcelle BN 29 au-delà des limites cadastrales Est. Pour retenir les limites contestées par la société requérante, l'ASA fait valoir que la bande litigieuse inclut la totalité de la berge ainsi que les talus de soutènement, lesquels, eu égard à la présence de restes d'anciennes filioles d'irrigations, constituent un élément indissociable à l'ouvrage public. Par ailleurs, l'ASA fait valoir, sans être contredite sur ce point, que le canal de Carpentras se situe généralement en hauteur par rapport aux terrains voisins, caractérisant ainsi la nécessité de soutenir les berges qui le contiennent dans son lit. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en considérant que les talus de soutènement constituent des ouvrages de défense des berges du canal formant avec celui-ci un tout indissociable, dont l'entretien incombe à l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux , celle-ci aurait commis une erreur d'appréciation en les incluant dans l'emprise du tracé de délimitation de son domaine public.

9. Il résulte de ce qui précède que la SCI " Domaine du temps perdu " n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 16 novembre 2021 par laquelle le syndicat de l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux a procédé à la délimitation unilatérale de son domaine public au droit de sa parcelle BN 29.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI " Domaine du temps perdu " est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI " Domaine du temps perdu " et à l'Union du canal Luberon Sorgue Ventoux.

Copie en sera adressée pour information au préfet de Vaucluse et au département de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

F. GALTIER La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2003111

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