mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2104340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 décembre 2021 sous le n° 2104340, l'établissement Voies navigables de France, représenté par sa directrice territoriale, défère au tribunal M. B A comme prévenu d'une contravention de grande voirie en raison du stationnement sans autorisation sur le domaine public fluvial d'un bateau immatriculé n° 533732 portant devise " Hipone III " dont il est propriétaire, en rive gauche du canal du Rhône à Sète, au point kilométrique (PK) 2.750, branche Est, sur le territoire de la commune d'Aigues-Mortes, ainsi que le procès-verbal afférent en date du 9 septembre 2021 et la notification en date du 3 novembre 2021 de ce procès-verbal à l'intéressé comportant invitation à produire une défense écrite.
L'établissement Voies navigables de France demande au tribunal :
1°) de condamner M. A au paiement d'une amende de 1 000 euros au titre de l'action publique ;
2°) d'enjoindre à M. A à libérer le domaine public fluvial dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'autoriser Voies navigables de France à déplacer d'office le bateau en cause, aux frais et risques du propriétaire, au besoin avec le concours de la force publique ;
4°) de mettre à la charge de M. A la somme de 500,80 euros correspondant aux frais d'établissement du procès-verbal au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
L'établissement Voies navigables de France soutient que :
- le stationnement sans droit ni titre en litige est constitutif d'une contravention de grande voirie, prévue et réprimée aux articles L. 2122-1, L. 2132-9 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques ; l'intéressé ne pouvait ignorer le caractère irrégulier du stationnement de son bateau, ne pouvant utiliser pour son compte l'autorisation délivrée à un tiers ;
- ce stationnement continue à ce jour ; il y a lieu d'enjoindre à l'intéressé de libérer le domaine public sous astreinte financière.
Par un mémoire enregistré le 6 avril 2022, ainsi qu'un mémoire enregistré le 13 septembre 2022 et non communiqué, M. B A indique au tribunal qu'il assume sa négligence, qu'il est prêt à payer l'amende en cause, mais trouve cette amende " sévère ".
Vu :
- le procès-verbal susvisé ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les litiges visés par l'article L. 774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'action publique :
1. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer, d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L.1 ou l'utiliser dans les limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. ". Et aux termes de l'article L. 2132-2 de ce code : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. ".
2. Aux termes de l'article L. 2132-9 du même code : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Cet article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques s'applique aux empêchements de toute nature qui se trouvent sur le domaine public.
3. Aux termes de l'article L. 2132-26 du même code : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. ". Et aux termes de l'article L. 2132-27 du même code : " Les contraventions définies par les textes mentionnés à l'article L. 2132-2, qui sanctionnent les occupants sans titre d'une dépendance du domaine public, se commettent chaque journée et peuvent donner lieu au prononcé d'une amende pour chaque jour où l'occupation est constatée, lorsque cette occupation sans titre compromet l'accès à cette dépendance, son exploitation ou sa sécurité. ".
4. Dès qu'il est saisi d'un procès-verbal constatant une occupation irrégulière du domaine public, le juge de la contravention de grande voirie est tenu d'y faire droit sous la seule réserve que des intérêts généraux, tenant notamment aux nécessités de l'ordre public, n'y fassent obstacle. Lorsqu'il constate qu'une infraction réprimée par une disposition régissant le domaine public a été commise, le juge de la contravention de grande voirie ne peut légalement décharger le contrevenant qu'au cas où celui-ci produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
5. Il résulte d'abord de l'instruction, notamment du procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 9 septembre 2021 par un agent assermenté de la direction territoriale Rhône-Saône de Voies navigables de France à l'encontre de M. B A, que le bateau immatriculé n° 533732 portant devise " Hipone III " dont il est propriétaire stationnait sans autorisation sur le domaine public en rive gauche du canal du Rhône à Sète, au point kilométrique (PK) 2.750, branche Est, sur le territoire de la commune d'Aigues-Mortes.
6. Il résulte ensuite de l'instruction que les faits en cause, qui ne sont pas contestés, sont constitutifs d'une contravention de grande voirie et réprimés par les dispositions précitées. Dans ces conditions et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner M. A à une amende de 500 euros.
Sur l'action domaniale :
7. En l'absence d'un titre d'occupation régulier, l'établissement Voies navigables de France est fondé à demander qu'il soit imparti au contrevenant, si ce n'est déjà fait, d'évacuer le domaine public fluvial en cause.
8. Au titre de l'action domaniale, il y a donc lieu de condamner M. A à la libération sans délai du domaine public fluvial en cause, si ce n'est déjà fait. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte financière. En cas d'inexécution, Voies navigables de France pourra procéder d'office au déplacement du bateau, aux frais du propriétaire, au besoin avec le concours de la force publique.
Sur les frais d'établissement du procès-verbal :
9. Si l'établissement Voies navigables de France demande également à être remboursé des frais d'établissement du procès-verbal d'infraction, certains des postes invoqués dans le détail des frais exposés versé au dossier ne peuvent se rattacher aux frais d'établissement d'un procès-verbal strictement entendu. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de ramener les frais exposés pour l'établissement du procès-verbal à 250 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. B A est condamné à payer une amende de 500 euros.
Article 2 : M. B A est condamné à payer à Voies navigables de France la somme de 250 euros au titre des frais d'établissement du procès-verbal.
Article 3 : M. B A est condamné à libérer sans délai le domaine public fluvial en cause, si ce n'est déjà fait. En cas d'inexécution, Voies navigables de France est autorisé à y procéder d'office aux frais du propriétaire, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2104340 de Voies navigables de France est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera adressé à Voies navigables de France pour notification, à M. B A dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
J.B. C
Le greffier,
E. NIVARD
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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