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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2104377

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2104377

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2104377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantEVE SOULIER - JEROME PRIVAT - THOMAS AUTRIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2021 sous le n° 2104377, Mme A C, représentée par Me Soulier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Gard a suspendu son agrément d'assistante maternelle pour une durée de 4 mois et de la réintégrer dans ses droits ;

2°) de mettre à la charge du conseil départemental du Gard une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de suspension d'agrément est dépourvue de toute motivation et de toute explication ;

- elle est totalement disproportionnée, la requérante ayant jusqu'alors donné entière satisfaction et n'ayant, durant plus de 15 ans, jamais rencontré la moindre difficulté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2022, le conseil départemental du Gard, représenté par sa présidente, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B Parisien ;

- et les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été agréée en qualité d'assistante maternelle à compter du 16 octobre 1995. Cet agrément a été renouvelé, en dernier lieu du 21 avril 2021 au 20 avril 2026. Le 12 octobre 2021, le département du Gard a été informé de la transmission, par Mme C, aux futurs parents adoptifs d'un enfant qu'elle accueillait, d'une clé USB contenant des photos et des vidéos de plusieurs enfants accueillis, de l'assistante familiale, ainsi que de son compagnon. Suite au visionnage de ces éléments, le président du conseil départemental du Gard, par une décision du 18 octobre 2021, a prononcé la suspension de son agrément d'assistante maternelle pour une durée de quatre mois. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant maternel est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon non permanente des mineurs à son domicile (). / L'assistant maternel accueille des mineurs confiés par leurs parents, directement ou par l'intermédiaire d'un service d'accueil mentionné à l'article L. 2324-1 du code de la santé publique. Il exerce sa profession comme salarié de particuliers employeurs ou de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues au chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet ". En vertu de l'article L. 421-3 de ce code, l'agrément est accordé aux assistants maternels si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Par ailleurs, aux termes des troisième et quatrième alinéas de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, () procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés () ".

3. En premier lieu, la décision contestée vise notamment les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles, et mentionne avec précision les éléments de fait laissant suspecter que les conditions d'accueil des enfants n'étaient pas réunies, permettant à Mme C d'en comprendre le motif à sa seule lecture et de le contester utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, il résulte également des dispositions précitées au point 2 qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux. Il peut procéder à la suspension de l'agrément lorsque ces éléments revêtent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révèlent une situation d'urgence, ce dont il lui appartient le cas échéant de justifier en cas de contestation de cette mesure de suspension devant le juge administratif, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision suspendant l'agrément de Mme C est fondée sur plusieurs griefs et notamment sur le fait que l'intéressée avait filmé en cachette des enfants qu'elle accueillait au titre de l'aide sociale à l'enfance et lors de leurs conversations familiales. Les vidéos montrent également des enfants en crise, filmés ainsi durant plusieurs minutes et recevant en retour des commentaires moqueurs ou menaçants. Enfin, ces contenus ont été transmis à des tiers, en violation manifeste du droit au respect de la vie privée des enfants intéressés. La requérante soutient qu'il s'agirait de faits isolés, l'ayant amené à filmer les enfants pour rendre compte éventuellement de difficultés auprès de l'autorité compétente. Elle fait valoir que ces films, ponctuels, n'avaient pas vocation à être diffusés à qui que ce soit. Mme C ajoute que les enfants confiés n'ont jamais été confrontés à une situation de danger.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les différents griefs fondant la décision attaquée, pris dans leur ensemble, revêtaient un caractère de vraisemblance et de gravité suffisant quant à l'existence de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement des enfants accueillis de la part de la requérante et justifiaient de prononcer en urgence la suspension de son agrément, alors même que le travail de Mme C aurait jusqu'alors et depuis 15 ans donné entière satisfaction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision du président du conseil départemental du Gard du 18 octobre 2021 doivent être rejetées, de même, par conséquent, que celles formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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