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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200056

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200056

mardi 2 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Gils, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 5 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de Villelaure a approuvé la révision générale du plan local d'urbanisme communal, en tant qu'il classe en zone " non constructible " la parcelle cadastrée section AB n° 65, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux dirigé contre cette délibération en tant qu'elle procède à ce classement ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente d'engager la procédure adéquate d'évolution du plan local d'urbanisme communal afin de classer la parcelle cadastrée section AB n° 65 en zone constructible ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villelaure la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le classement de sa parcelle en zone " non constructible ", qui est justifié par la prise en compte du risque d'inondation identifié par une étude contenant des données erronées, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, la commune de Villelaure, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant demande l'annulation du classement en zone N d'une parcelle qui est classée en zone A du plan local d'urbanisme révisé ;

- le classement de la parcelle litigieuse en zone A n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chatron, représentant la commune de Villelaure.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 5 juillet 2021, le conseil municipal de Villelaure a approuvé la révision générale du plan local d'urbanisme communal. Par un courrier du 6 septembre 2021, reçu le lendemain en mairie, M. A a formé, en vain, un recours gracieux tendant au retrait de cette délibération en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section AB n° 65 en zone " non constructible ", selon lui. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette délibération, en tant qu'elle procède au classement de cette parcelle, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2. Il résulte des dispositions des articles L. 151-5 et L. 151-9 du code de l'urbanisme, ainsi que de celles des articles R. 151-22 et R. 151-23 du même code, reprenant son ancien article R. 123-7, qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

3. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone agricole, pour les motifs énoncés par les dispositions réglementaires évoquées au point précédent, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. L'axe 1 du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme révisé en litige comporte un objectif visant à conserver le potentiel agricole de la commune de Villelaure. L'un des objectifs associés à son axe 2 consiste en la prise en compte du risque d'inondation lié à la présence, sur le territoire communal, de deux cours d'eau, la Durance et le Marderic. L'axe 3 prévoit de fixer des objectifs de modération de la consommation d'espace et de lutte contre l'étalement urbain cohérents avec l'évolution de la population estimée. A ce titre, il est notamment prévu d'" organiser les extensions urbaines en lien avec le bâti existant sous forme d'opérations d'ensemble (orientations d'aménagement et de programmation) ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle litigieuse est classée en zone A du plan local d'urbanisme en litige, et non en zone N comme le soutient M. A. Cette parcelle vierge de toute construction est bordée, à l'ouest, par un terrain également non bâti s'inscrivant, comme elle, dans un secteur classé en zone A, zone au sein de laquelle l'édification de certaines constructions est autorisée. Si le requérant fait état de la présence de terrains bâtis classés en zone urbaine à proximité immédiate de sa parcelle, il n'établit ni même n'allègue que celle-ci serait dépourvue de tout potentiel agronomique, biologique ou économique. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces versées aux débats que le classement contesté serait justifié par l'existence du risque d'inondation pris en compte par les auteurs de la révision générale du plan local d'urbanisme de Villelaure, alors au demeurant que le secteur considéré est soumis à un aléa résiduel d'inondation selon les indications de l'orientation d'aménagement et de programmation n° 1 qui jouxte la partie sud de la parcelle de M. A. A cet égard, la commune de Villelaure soutient, sans être contredite, que cette parcelle est, à l'instar des parcelles avoisinantes - y compris celles classées en zone urbaine ou à urbaniser - incluse dans la zone violette du plan de prévention des risques d'inondation applicable, laquelle zone correspond aux secteurs soumis à des crues exceptionnelles, supérieures à la crue de référence. Dans ces conditions, compte tenu en particulier du parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme révisé ainsi que des caractéristiques tant de la parcelle litigieuse que du secteur agricole auquel elle appartient, le classement de cette parcelle en zone A n'apparaît pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Villelaure, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Villelaure au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villelaure au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Villelaure.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUX

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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