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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200124

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200124

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLE FOYER DE COSTIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 11 janvier 2022, le président du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Nîmes le dossier de la requête de Mme C B, qui a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes le 11 janvier 2022 sous le n° 2200124.

Par cette requête, Mme C B, représentée par Me le Foyer de Costil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision notifiée le 15 juillet 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a décidé de ne pas procéder à sa titularisation à l'issue de sa première année de stage et a prononcé le renouvellement de son stage, ainsi que la décision du ministre de l'éducation nationale portant rejet de son recours hiérarchique formé le 9 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'administration de prendre une nouvelle décision afin de la titulariser ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que sa tutrice a déposé son rapport modifié le 14 juin 2021 et que l'inspectrice, qui a rendu son avis le 3 juin 2021, n'a ainsi pas pu prendre connaissance de ce rapport modifié ;

- la décision attaquée procède d'un détournement de pouvoir ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur matérielle, dès lors que le grief tiré du défaut de communication est infondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont inopérants ou infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- en l'absence de moyens dirigés contre les vices propres dont serait entachée sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé le 9 septembre 2021, la présente requête doit être regardée comme dirigée contre la décision prise le 12 juillet 2021 par la rectrice de l'académie de Montpellier ;

- il s'associe aux observations présentées dans le mémoire en défense produit par la rectrice de l'académie de Montpellier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'éducation ;

- l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Aymard,

-les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Lauréate en 2020 du concours de professeur certifié CAPES-CAER d'histoire-géographie, Mme B a, au titre de l'année scolaire 2020-2021, été affectée en qualité de professeure stagiaire au sein du collège Saint Stanislas de Nîmes, tout en suivant en parallèle une formation au sein de l'Institut Supérieur de Formation de l'Enseignement Catholique (ISFEC) Saint Joseph. A l'issue de cette année de stage, l'intéressée a été informée le 15 juillet 2021 de la décision par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier n'a pas procédé à sa titularisation et a prononcé le renouvellement de son stage. Le recours hiérarchique formé auprès du ministre de l'éducation nationale le 9 septembre 2021 à l'encontre de cette décision a été rejeté par une décision implicite de rejet née le 16 novembre 2021. Mme B demande au tribunal d'annuler les deux décisions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige, par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a décidé de ne pas procéder à la titularisation de Mme B à l'issue de sa première année de stage et a prononcé le renouvellement de son stage, a été prise par la rectrice de l'académie de Montpellier au vu de la proposition de renouvellement de stage formulée le 8 juillet 2021 par le jury académique présidé par M. A. Cet avis du jury souligne, dans ces motifs, qu'en dépit du fort engagement de Mme B et de son souci de bien faire, son approche du métier de professeur reste beaucoup trop théorique et que la réalité des apprentissages des élèves est méconnue, voire ignorée, d'une part, et que l'intéressée rencontre des difficultés à se décentrer de sa propre pratique et à entendre les remarques et critiques de ses formateurs, d'autre part. Le jury ajoute, enfin, que l'entretien qu'il a eu avec Mme B le 8 juillet 2021 confirme ces limites et ces blocages, qui nécessitent la poursuite du parcours de formation.

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 22 août 2014 fixant les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation de certains personnels enseignants et d'éducation de l'enseignement du second degré stagiaires, relevant du titre II relatif aux modalités d'évaluation et de titularisation : " Il est constitué un jury académique par corps d'accès de cinq à huit membres nommés par le recteur. / () ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le jury se prononce sur le fondement du référentiel de compétences prévu par l'arrêté du 1er juillet 2013 susvisé, après avoir pris connaissance des avis suivants : / I. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage dans les établissements publics d'enseignement du second degré : / 1° L'avis d'un membre des corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur, établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur désigné par le recteur, pour accompagner le fonctionnaire stagiaire pendant sa période de mise en situation professionnelle. L'avis peut également résulter, notamment à la demande du chef d'établissement, d'une inspection ; / 2° L'avis du chef de l'établissement dans lequel le fonctionnaire stagiaire a été affecté pour effectuer son stage établi sur la base d'une grille d'évaluation ; / 3° L'avis de l'autorité en charge de la formation du stagiaire. / II. - Pour les stagiaires qui effectuent leur stage en dehors des établissements publics d'enseignement du second degré, l'avis est établi sur la base d'une grille d'évaluation par l'autorité administrative dont ils relèvent pendant l'exercice de leurs fonctions. ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Le jury entend au cours d'un entretien tous les fonctionnaires stagiaires pour lesquels il envisage de ne pas proposer la titularisation. ". Aux termes de l'article 8 de cet arrêté : " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. En outre, l'avis défavorable à la titularisation concernant un stagiaire qui effectue une première année de stage doit être complété par un avis sur l'intérêt, au regard de l'aptitude professionnelle, d'autoriser le stagiaire à effectuer une seconde et dernière année de stage. / () ". Aux termes de l'article 9 du même arrêté : " Le recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. / Toutefois, le recteur prolonge d'un an le stage des stagiaires lauréats des concours externes aptes à être titularisés devant justifier d'un master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation qui ne rempliraient pas, à l'issue du stage, cette exigence. La titularisation est prononcée à l'issue de cette prolongation à la condition de détenir le titre ou diplôme requis. / Le recteur arrête par ailleurs la liste de ceux qui sont autorisés à accomplir une seconde année de stage. / Il transmet au ministre les dossiers des stagiaires qui n'ont été ni titularisés ni autorisés à accomplir une seconde année de stage et qui sont, selon le cas, licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. ".

4. D'autre part, aux termes de la circulaire DEEP n°2021-48 de la rectrice de l'académie de Montpellier : " () l'évaluation des personnels enseignants stagiaires du second degré en vue de leur titularisation requiert l'avis d'un membre du corps d'inspection de la discipline désigné par le recteur. / L'avis est établi sur la base d'une grille d'évaluation et après consultation du rapport du tuteur ; il peut également résulter d'une inspection. () ".

5. En l'espèce, le rapport déposé le 21 mai 2021 par la tutrice de stage de Mme B, dont il ressort que l'intéressée aurait acquis la maîtrise des compétences attendues d'un professeur, a fait l'objet ultérieurement de modifications par son auteur, lesquelles tempèrent l'appréciation portée sur les compétences professionnelles de la requérante en matière de prise de recul sur sa pratique professionnelle et d'écoute des élèves et de leurs parents. Le rapport ainsi modifié a été déposé le 14 juin 2021, postérieurement au dépôt de l'avis défavorable émis le 3 juin 2021 par l'inspectrice d'académie. Se fondant sur ces circonstances, la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au motif que l'inspectrice d'académie n'avait pas pu prendre connaissance du rapport modifié de la tutrice de stage de Mme B et que l'avis rendu par le jury d'académie est ainsi irrégulier.

6. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que l'avis défavorable à la titularisation rendu le 3 juin 2021 par l'inspectrice d'académie mentionne que, si Mme B s'est investie très sérieusement dans son année de formation en faisant montre d'un réel engagement et en acquérant des compétences didactiques théoriques certaines, la mise en œuvre pédagogique des séances présente des déficiences témoignant de difficultés à comprendre les processus d'apprentissage et nuisant gravement à l'efficacité de son enseignement, et que l'intéressée n'a pas intégré dans sa pratique l'observation et l'écoute attentives des élèves et ne parvient pas à prendre du recul sur sa démarche et à faire évoluer sa stratégie pédagogique lorsque cette dernière s'avère inadaptée. Ensuite, il n'est pas contesté que, pour émettre son avis du 3 juin 2021, l'inspectrice d'académie a pris connaissance du rapport favorable déposé le 21 mai 2021 par la tutrice de stage de Mme B, conformément à la circulaire DEEP n° 2021-48. Par ailleurs, les modifications apportées le 14 juin 2021 par la tutrice de Mme B à son rapport n'ont, en l'espèce, eu aucune incidence sur l'avis émis par l'inspectrice d'académie et pas privé Mme B d'une garantie, dès lors que la teneur de ces modifications était défavorable aux intérêts de Mme B et rejoignait partiellement l'avis émis le 3 juin 2021 par l'inspectrice d'académie et que l'avis émis par l'inspectrice d'académie repose essentiellement sur les constatations relevées lors de l'inspection menée sur place le 19 mai 2021. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modifications apportées par la tutrice de stage de Mme B dans son rapport auraient été effectuées sous la contrainte du chef d'établissement ou du rectorat. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le jury académique, qui n'était pas tenu de consulter le rapport du tuteur au regard des dispositions de l'article 5 de l'arrêté susvisé du 22 août 2014, s'est fondé, pour rendre son avis en date du 8 juillet 2021, sur les seuls avis de la cheffe d'établissement, de l'IFSEC Saint Joseph et de l'inspection académique émis respectivement les 5 juin 2021, 13 juin 2021 et 3 juin 2021, ainsi que sur l'entretien avec Mme B en date du 8 juillet 2021, et n'a pas tenu compte du rapport établi par la tutrice de stage. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le grief dont se prévaut la requérante n'a eu aucune incidence sur le contenu de la décision en litige et n'a pas privé l'intéressée d'une garantie, de sorte que le moyen tiré de ce que les modifications apportées le 14 juin 2021 au rapport de la tutrice de Mme B auraient vicié la procédure à l'origine de la décision attaquée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le jury d'académie a notamment retenu, dans son avis du 8 juillet 2021, les difficultés importantes de Mme B à entendre les remarques et critiques de ses formateurs. Un tel reproche est mentionné dans l'avis émis le 5 juin 2021 par la cheffe d'établissement, qui précise que la communication et le relationnel avec l'intéressée ont été difficiles, tant pour sa tutrice que pour elle-même, pour aider Mme B, car cette dernière se réfugiait derrière son énorme travail didactique et que, lors des échanges, l'intéressée était plutôt sur la défensive, puis parfois bloquée et enfin mutique. Ces difficultés en matière de communication figurent également dans l'avis de l'IFSEC Saint Joseph qui énonce, bien qu'il soit favorable à la titularisation de Mme B, que la compétence relationnelle d'attitude favorable à l'écoute et aux échanges avec les membres de la communauté éducative est insuffisamment acquise.

8. La requérante conteste la matérialité des difficultés de communication relevées par le jury académique. A l'appui de ce moyen, elle se prévaut des rapports établis respectivement les 28 janvier 2021 et 16 mars 2021 par la cheffe d'établissement et par l'inspection académique, ainsi que de l'attestation signée par quelques professeurs du collège où était affectée Mme B. Toutefois, ces éléments sont insuffisamment probants pour remettre en cause les appréciations mentionnées au point précédent dès lors que l'attestation d'enseignants produite à l'instance, qui se borne à indiquer que l'intéressée a été ouverte à la communication tant dans l'écoute que dans les échanges tout au long de l'année scolaire et est dotée d'un bon relationnel, n'est pas circonstanciée et étayée, et que les appréciations portées en milieu d'année scolaire ne sauraient refléter l'intégralité de l'année de stage effectuée par Mme B. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la rectrice d'académie aurait pris la même décision si elle s'était fondée uniquement sur le motif tiré du caractère trop théorique de l'approche du métier de professeur adoptée par Mme B et de la méconnaissance de la réalité des apprentissages des élèves. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de fait entachant le grief relatif aux difficultés de communication reprochées à Mme B doit être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, à l'appui de son moyen tiré du détournement de pouvoir, la requérante avance que la décision attaquée répondrait à l'objectif de la cheffe d'établissement d'empêcher un nombre important de professeurs stagiaires d'être titularisés et à la volonté de l'inspectrice d'académie de renouveler le stage de l'intéressée. Toutefois, eu égard au contenu très circonstancié des rapports défavorables émanant de la cheffe d'établissement et de l'inspectrice académique et de la teneur de l'avis défavorable rendu par le jury d'académie, la décision contestée portant refus de titularisation et renouvellement de stage repose seulement sur l'appréciation des compétences professionnelles de Mme B en tant qu'enseignante au titre de l'année scolaire 2020-2021. Dès lors, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de la rectrice de l'académie de Montpellier qui lui a été notifiée le 15 juillet 2021 et de la décision du ministre de l'éducation nationale portant rejet du recours hiérarchique formé le 9 septembre 2021.

11. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le rapporteur,

F. AYMARD

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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