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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200187

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200187

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, ainsi qu'un mémoire, non communiqué, enregistré le 16 février 2024, M. A B, représenté par Me Vrignaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme qui lui a été délivré le 15 novembre 2021 par le maire de Sommières ;

2°) d'enjoindre au maire de Sommières d'instruire à nouveau sa demande de certificat d'urbanisme, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sommières la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'une qualité et d'un intérêt à agir ;

- le certificat d'urbanisme en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- le motif fondé sur l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme est illégal ;

- le motif fondé sur le règlement de la zone IAUb du plan local d'urbanisme de Sommières est illégal ;

- le caractère négatif du certificat d'urbanisme litigieux ne saurait résulter de la présence de servitudes d'urbanisme grevant le terrain d'assiette, servitudes dont l'existence n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 janvier 2024, la commune de Sommières, représentée par Me Callens, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de sa qualité et de son intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Vrignaud, représentant M. B, et celles de Me Callens, représentant la commune de Sommières.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de Sommières a, le 15 novembre 2021, délivré à M. B un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable l'opération envisagée consistant en la création d'un lotissement de douze lots sur un terrain situé au lieu-dit " Les Quatre Pilons " et classé en zone IAUb du plan local d'urbanisme communal. M. B demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir ce certificat d'urbanisme.

2. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () / Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme, auquel renvoie le dernier alinéa de l'article L. 410-1 du même code cité au point précédent : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Le premier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Selon l'article L. 2131-1 de ce dernier code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département (). / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ".

4. Le certificat d'urbanisme en litige a été signé, pour le maire de Sommières, par Mme C D, adjointe déléguée à l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 13 juillet 2020, lequel a été transmis au représentant de l'Etat le 30 juillet 2020 et publié au recueil des actes administratifs de la commune le 30 septembre 2020, le maire de Sommières a consenti à Mme D une délégation de fonctions et de signature en matière d'urbanisme, laquelle mentionne notamment les " certificats d'urbanisme ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du certificat d'urbanisme en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article A. 410-4 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme précise : / a) Les dispositions d'urbanisme et les servitudes d'utilité publique applicables au terrain () ".

6. L'article 2 du certificat d'urbanisme en litige indique notamment que le terrain est grevé de deux " servitudes d'urbanisme ", relatives respectivement au risque d'incendie et au patrimoine archéologique. Si le requérant relève qu'en l'absence de toute référence aux documents réglementaires établissant ces servitudes, les indications en cause ne sauraient justifier le caractère négatif de ce certificat, il résulte des dispositions du a) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme citées au point 2 ainsi que de celles citées au point précédent que ces indications sont sans lien avec les deux motifs retenus par le maire de Sommières pour délivrer, sur le fondement du b) du même article L. 410-1, le certificat d'urbanisme négatif en litige. Par suite, ce moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, pour délivrer le certificat d'urbanisme négatif en litige en application du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, le maire de Sommières a retenu, d'une part, que le terrain d'assiette de l'opération de lotissement envisagée était classé en zone IAUb du plan local d'urbanisme communal, zone dont l'ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision de ce plan, qu'aucune modification ou révision n'était prévue et que l'opération envisagée ne respecte pas le règlement de cette zone IAUb, et, d'autre part, que l'opération de lotissement envisagée ne pouvait être réalisée dès lors qu'elle implique des travaux d'extension du réseau public d'électricité entraînant un surcroît de dépenses de fonctionnement de la commune.

8. Le préambule du règlement de la zone IAUb du plan local d'urbanisme de Sommières indique qu'il s'agit d'une " zone d'urbanisation future dont l'ouverture est soumise à modification ou à révision du présent (plan local d'urbanisme) en raison de la capacité insuffisante des réseaux et voies existants à proximité. Sont admises néanmoins les réhabilitation(s) et aménagements des constructions à usage d'habitation existantes ". Ce préambule précise également que la zone IAUb " correspond au secteur à urbaniser à long terme des Mauvalats, quartier des Quatre Pilons dans le cadre d'une opération d'aménagement d'ensemble ". Il résulte des dispositions des articles IAUb 1 et IAUb 2 de ce règlement, dans sa rédaction en vigueur à la date du certificat d'urbanisme en litige, que l'édification de constructions nouvelles à destination d'habitation n'est pas autorisée dans cette zone.

9. Le terrain d'assiette de l'opération de lotissement envisagée par M. B est classé en zone IAUb du plan local d'urbanisme de Sommières. D'une part, si le requérant se prévaut de la circonstance que la révision du plan local d'urbanisme de Sommières a été prescrite par une délibération du 27 mai 2014, il n'établit ni même n'allègue que cette révision avait été approuvée à la date du certificat d'urbanisme en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la zone IAUb aurait été ouverte à l'urbanisation à cette date à laquelle doit être appréciée la légalité de ce certificat. D'autre part, alors que M. B n'excipe pas de l'illégalité du classement du terrain d'assiette en zone IAUb, l'opération de lotissement envisagée sur ce terrain, consistant en la création de douze lots à bâtir, n'est pas au nombre des occupations et utilisations du sol admises en vertu des articles IAUb 1 et IAUb 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Sommières. Par suite, le maire de Sommières a pu légalement retenir le motif tiré de ce que l'opération envisagée ne respecte pas les dispositions du règlement de la zone IAUb de ce plan. Il résulte de l'instruction que cette autorité aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Sommières, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Sommières présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Sommières au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Sommières.

Délibéré après l'audience du 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUX

Le greffier,

B. GALLIOT

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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