mardi 19 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LEGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 janvier et 9 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 28 février 2024 et non communiqué, M. et Mme B et C A, représentés par la SELARL Altius avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2021 par lequel le maire de Cucuron a refusé de leur délivrer un permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Cucuron de leur délivrer le permis de construire demandé dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Cucuron la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le motif tiré de la violation de l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) méconnaît l'article L. 111-16 du code de l'urbanisme ;
- le motif tiré de l'incohérence entre la modification des persiennes et la démarche environnementale du projet est illégal ;
- le motif tiré de l'atteinte à l'architecture initiale du projet est infondé ;
- la substitution de motif invoquée doit être écartée.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, la commune de Cucuron, représentée par Me Légier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- l'arrêté attaqué aurait pu être fondé sur la méconnaissance de l'article UD10 du règlement du PLU en ce que le projet prévoit la construction d'une toiture terrasse ne correspondant pas à l'architecture et au caractère des lieux avoisinants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Bolleau pour les requérants et celles de Me Légier pour la commune de Cucuron.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 16 mars 2017, le maire de Cucuron a délivré à M. et Mme A un permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé 681 J route de Cabrières, lieu-dit l'Arinier, en zone UDby du PLU. Le 13 juillet 2021, ils ont déposé auprès des services de cette commune une demande de permis de construire modificatif portant sur la construction d'une toiture-terrasse supportant des panneaux photovoltaïques et la modification des façades. Ils demandent l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2021 par lequel le maire de Cucuron a refusé de faire droit à leur demande, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'ils ont formé le 19 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des motifs énoncés dans l'arrêté litigieux :
2. En premier lieu, l'article L. 111-16 du code de l'urbanisme dispose que : " Nonobstant les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions des plans locaux d'urbanisme, des plans d'occupation des sols, des plans d'aménagement de zone et des règlements des lotissements, le permis de construire ou d'aménager ou la décision prise sur une déclaration préalable ne peut s'opposer à l'utilisation de matériaux renouvelables ou de matériaux ou procédés de construction permettant d'éviter l'émission de gaz à effet de serre, à l'installation de dispositifs favorisant la retenue des eaux pluviales ou la production d'énergie renouvelable, y compris lorsque ces dispositifs sont installés sur les ombrières des aires de stationnement. Le permis de construire ou d'aménager ou la décision prise sur une déclaration préalable peut néanmoins comporter des prescriptions destinées à assurer la bonne intégration architecturale du projet dans le bâti existant et dans le milieu environnant. La liste des dispositifs, procédés de construction et matériaux concernés est fixée par décret ". En application de l'article R. 111-23 du même code : " Pour l'application de l'article L. 111-16, les dispositifs, matériaux ou procédés sont : 1° Les bois, végétaux et matériaux biosourcés utilisés en façade ou en toiture ; 2° Les systèmes de production d'énergie à partir de sources renouvelables, lorsqu'ils correspondent aux besoins de la consommation domestique des occupants de l'immeuble ou de la partie d'immeuble concernée. Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme précise les critères d'appréciation des besoins de consommation précités ; 3° Les équipements de récupération des eaux de pluie, lorsqu'ils correspondent aux besoins de la consommation domestique des occupants de l'immeuble ou de la partie d'immeuble concernée ; 4° Les pompes à chaleur ; 5° Les brise-soleils " Enfin, aux termes de l'article UD10 du règlement du PLU : " 5 - Couvertures () Lorsqu'ils sont admis, les capteurs solaires (thermiques ou photovoltaïques) ne doivent pas être établis en superstructures verticales sur les toitures. Ils doivent être intégrés au volume général de la toiture. "
3. L'article L. 111-16 du code de l'urbanisme n'a ni pour objet, ni pour effet d'écarter l'application des dispositions réglementaires d'un plan local d'urbanisme relatives à l'aspect extérieur des constructions qui, sans interdire l'utilisation de matériaux ou procédés permettant d'éviter l'émission de gaz à effet de serre ou l'installation de dispositifs destinés à la production d'énergie renouvelable ou favorisant la retenue des eaux pluviales, imposent la bonne intégration des projets dans le bâti existant et le milieu environnant. Si, par suite, de telles dispositions d'un plan local d'urbanisme ne sont pas inopposables à une demande de permis de construire ou une déclaration de travaux, l'application des dispositions de l'article L. 111-16 s'oppose toutefois à ce qu'elles puissent fonder une décision de refus ou d'opposition et permet seulement à l'autorité administrative d'assortir l'autorisation délivrée des prescriptions garantissant la conformité du projet aux règles qu'elles énoncent.
4. Il ressort des pièces du dossier que le maire a refusé le permis sollicité par M. et Mme A pour l'édification d'une toiture-terrasse sur laquelle seront installés des panneaux photovoltaïques, en lieu et place de la toiture à deux pans initialement autorisée, en raison d'une méconnaissance des dispositions de l'article UD10 précité imposant leur intégration dans le volume générale de la toiture. Or, dès lors que cette demande portait sur l'installation d'un dispositif visé au 2° de l'article R. 111-23 du code de l'urbanisme, les dispositions de l'article L. 111-16 de ce code s'opposaient à ce que le maire puisse légalement refuser de délivrer le permis pour un tel motif relatif à l'aspect extérieur des constructions et ne lui permettaient que d'assortir l'autorisation délivrée des prescriptions garantissant la conformité du projet à l'article UD10. Le motif de refus tiré de la méconnaissance de cet article UD10 du règlement du PLU est donc entaché illégalité.
4. En deuxième lieu, l'article UD10 du règlement du PLU dispose que : " () 8 - Menuiseries et huisseries extérieures : On préférera les menuiseries en bois () "
5. Le permis de construire modificatif en litige conduit notamment à remplacer les persiennes en bois, dont la pose a été autorisée en façade sud par le permis de construire initial, par des persiennes en lames métalliques. Une telle modification ne contrevient pas aux dispositions de l'article UD10 précité qui ne les interdit pas et invite seulement à privilégier les menuiseries en bois. Par ailleurs, le fait que le projet s'inscrive dans une démarche écologique n'interdit nullement le recours à d'autres matériaux que ceux visés à l'article R. 111-23 du code de l'urbanisme. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le motif tiré de ce que le changement de matériau des persiennes ne suivrait pas " l'intention environnementale portée par le projet " est illégal.
6. En troisième lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.
7. Les modifications sur lesquels portent la demande de permis de construire en litige, à savoir l'édification d'une toiture-terrasse avec pose de panneaux photovoltaïques en lieu et place de la toiture à deux pans initialement autorisée, le remplacement des persiennes en bois par des persiennes en lames métalliques en façade sud et le changement d'emplacement d'une ouverture en façade nord n'impliquent pas de changement de la nature même du projet initial de construction d'une maison individuelle. Il n'est, en outre, pas allégué par la commune en défense que le permis de construire du 16 mai 2017 n'était plus valide à la date à laquelle cette demande a été déposée. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que le motif tiré de ce que " les modifications demandées portent atteinte à l'architecture initiale du projet " est infondé.
En ce qui concerne la substitution de motif demandée :
8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. En application de l'article UD10 du règlement du PLU : " () 5 - Couvertures : () Des toitures terrasses pourront être admises si l'architecture et le caractère des lieux avoisinants le permettent () ".
10. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que l'impact visuel de la transformation de la toiture à deux pans initialement autorisée en toiture-terrasse demeurera limité et que la configuration de la toiture-terrasse correspond au style architectural contemporain du bâtiment initialement autorisé. Par ailleurs, le secteur dans lequel s'intègre le projet ne présente pas d'intérêt ou de caractère particulier auquel cette seule modification porterait atteinte, et ce quand bien même les constructions avoisinantes seraient en majorité dotées de toitures traditionnelles. Au regard de ces éléments, les dispositions précitées de l'article UD10 ne pouvaient légalement fonder le refus de permis de construire en litige. La substitution de motif demandée sur leur fondement doit donc être écartée.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 3 septembre 2021 et de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de Cucuron délivre à M. et Mme A l'autorisation sollicitée. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de délivrer le permis de construire modificatif demandé dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cucuron la somme de 1 500 euros à verser aux requérants.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 3 septembre 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux du 19 octobre 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Cucuron de délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Cucuron versera à M. et Mme A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Cucuron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et C A et à la commune de Cucuron.
Délibéré après l'audience du 5 mars 2024 où siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Lahmar, conseillère,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
G. ROUXLe greffier,
B. GALLIOT
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026