vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LAMBALLAIS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 sous le numéro 2200209, M. B A, représenté par le Cabinet d'avocats Lamballais et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 24 novembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision n° AGD-SO1-2021-07-06-A-00063680 du 29 juillet 2021 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-ouest a refusé le renouvellement de son agrément en qualité de dirigeant d'une société de sécurité privée ;
2°) d'enjoindre au CNAPS de renouveler son agrément dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est illégale dans la mesure où elle ne fait mention ni de l'agent ayant eu accès au traitement d'antécédents judiciaires et à son casier judiciaire, ni de son habilitation pourtant requise par les articles L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- le CNAPS a commis une erreur d'appréciation ; les faits reprochés n'ont pas de lien avec une activité privée de sécurité et ne sont pas incompatibles avec la délivrance d'une carte professionnelle ; ils sont anciens et isolés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D Parisien ;
- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une correspondance en date du 15 juin 2021, M. A a saisi la commission régionale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) d'une demande de renouvellement de son agrément dirigeant. Par une délibération du 29 juillet 2021, la commission régionale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest a refusé de délivrer à M. A l'agrément sollicité au motif que les conditions requises par les dispositions de l'article L. 612-6 et 7 du code de la sécurité intérieure n'étaient pas remplies. Le 31 août 2021, M A a formé un recours préalable auprès de la commission nationale du CNAPS qui, par décision du 24 novembre 2021, a rejeté son recours. M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, alors applicable, qu'une personne ne peut être employée pour l'exercice d'une activité privée de sécurité si, en particulier, elle a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou criminelle inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou s'il résulte de l'enquête administrative diligentée pour instruire sa demande de délivrance de la carte professionnelle qu'elle a eu un comportement contraire à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. A cet égard, la faculté, dans le cadre de l'enquête administrative, de consulter des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi susvisée du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, n'est ouverte qu'aux seuls agents des commissions nationale et régionale d'agrément et de contrôle spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier, devant le juge, de ce que le ou les agents ayant procédé à la consultation prévue à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure bénéficiaient effectivement de l'habilitation spéciale prévue par la loi.
3. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter le recours administratif préalable obligatoire présenté par M. A, la commission nationale d'agrément et de contrôle s'est fondée sur le fait que par un jugement rendu le 30 mai 2018, le tribunal correctionnel de Nîmes condamnait M. A à une peine d'amende de 150 euros pour des faits de menace réitérée, de violence et outrage à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique. Le Conseil national des activités privées de sécurité, qui ne conteste pas que ces informations ont été obtenues dans le cadre de la consultation de traitements de données à caractère personnel, justifie que M. E C bénéficiait de l'habilitation spéciale exigée par le 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, et il ressort des extraits du fichier de traitement des antécédents judiciaires produits en défense que c'est cet agent, identifié par son numéro de matricule, qui a effectivement procédé à l'instruction de la demande de M. A. Il a, dans ce cadre, procédé à la consultation des traitements de données à caractère personnel concernant M. A, gérés par les services de police et de gendarmerie nationales et relevant des dispositions de l'article 26 de la loi susvisée du 6 janvier 1978. Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'habilitation de M. C doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger ou gérer une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code, dans sa version alors en vigueur : " () L'agrément ne peut être délivré s'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'un agrément pour l'exercice de l'activité de dirigeant d'une société de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions de dirigeant d'un établissement de surveillance et de gardiennage. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
6. Il ressort de la décision en litige que, pour estimer que M. A avait eu un comportement contraire à l'honneur et à la probité attendus d'un dirigeant d'une société de sécurité privée, l'autorité administrative s'est uniquement fondée sur le fait que M. A a été mis en cause le 19 décembre 2017 en qualité d'auteur de faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de menace réitérée de destruction dangereuse, commis le 17 décembre 2017 à Saint-Chaptes (30). Il a été condamné pour ces faits, ainsi que pour menace réitérée de violences, le 30 mai 2018 par le tribunal correctionnel de Nîmes (30) à payer une amende de 150 euros. Après avoir considéré que la matérialité de ces faits était établie, la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a considéré que les agissements du requérant étaient incompatibles avec l'exercice des fonctions envisagées.
7. M. A, qui a reconnu avoir " perdu pied " lors d'une conversation téléphonique avec le propriétaire de son ancienne habitation au sujet de l'insalubrité de son logement, fait état de son casier judiciaire vierge, le tribunal correctionnel ayant exclu la mention de sa condamnation au bulletin n°2 de son casier judiciaire, de son comportement exemplaire dans le cadre de ses fonctions et de son travail en étroite collaboration avec les forces de l'ordre. Il verse à l'instance deux attestations de gendarmerie circonstanciées en ce sens. Les faits reprochés à M. A, pour regrettables qu'ils soient, revêtent un caractère isolé, M. A ne s'étant jamais signalé défavorablement auparavant ni depuis. Dans ces circonstances très particulières, le Conseil national des activités privées de sécurité a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que ces faits n'étaient pas compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2021 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Compte tenu du changement dans les circonstances de droit intervenu depuis la date de la décision attaquée, résultant notamment de l'intervention de l'ordonnance n° 2022-448 du 30 mars 2022 relative aux modalités d'organisation, de fonctionnement et d'exercice des missions du Conseil national des activités privées de sécurité et du décret n° 2022-449 du 30 mars 2022 relatif aux modalités d'organisation, de fonctionnement et d'exercice des missions du Conseil national des activités privées de sécurité, le présent jugement d'annulation implique seulement que le Conseil national des activités privées de sécurité procède à un nouvel examen de la demande de M. A en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Sur les frais d'instance :
10. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 24 novembre 2021 de la commission nationale du Conseil national des activités privées de sécurité est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer la demande de renouvellement de son agrément en qualité de dirigeant d'une société de sécurité privée, présentée par M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ez ici]
N°2200209
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026