vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CARREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2022, Mme C B, représentée par Me Dibandjo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental du Gard a retiré l'agrément dont elle bénéficiait en qualité d'assistante familiale ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Gard de lui restituer cet agrément et de la rétablir dans ses fonctions, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son dossier individuel ne lui a pas été communiqué ;
- les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, limitant à quatre mois la durée de la suspension d'agrément, ont été méconnues ;
- en ne recherchant pas s'il pouvait modifier son agrément plutôt que de le lui retirer, le département a méconnu les dispositions du troisième alinéa de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles ;
- la sanction procède d'une erreur dans la qualification juridique des faits et elle présente un caractère disproportionné
- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;
- le département a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, le département du Gard conclut au rejet de la requête de Mme B.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dibandjo, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B exerçait depuis 1999 la profession d'assistante familiale et elle disposait à cet effet d'un agrément, renouvelé en 2008 et en 2018, l'autorisant à accueillir deux enfants. A la suite d'une note d'information établie le 7 janvier 2021 par l'équipe d'aide sociale à l'enfance de Saint-Christol-lez-Alès, le département a décidé le 18 mars 2021 de suspendre cet agrément. Après avoir recueilli le 9 novembre 2021 l'avis favorable de la commission consultative paritaire départementale, par une décision du 25 novembre 2021, dont l'annulation est demandée, le président du conseil départemental du Gard a retiré l'agrément dont Mme B bénéficiait.
Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant () maternel () est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant familial garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant familial si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être. Par ailleurs, si la légalité d'une décision doit être appréciée à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de tenir compte, le cas échéant, d'éléments factuels antérieurs à cette date mais révélés postérieurement.
4. En l'espèce, pour décider de retirer à Mme B l'agrément donc elle bénéficiait, le président du conseil départemental s'est fondé sur une note de signalement de l'équipe de l'aide sociale à l'enfance de Saint-Christol-lez-Alès, et sur les résultats d'une enquête administrative diligentée à sa suite, relativement à une enfant confiée, alors âgée de onze ans. S'il est reproché à Mme B de ne pas avoir respecté le désir d'intimité manifesté par cette enfant dans la réalisation de sa toilette, il ressort des pièces du dossier que cette atteinte était limitée à la supervision de la douche, chez une enfant accueillie dans la famille depuis l'âge de deux mois et atteinte d'un déficit de l'attention, dit " A ". De même, s'il est reproché à Mme B de déléguer une partie des tâches lui incombant à son mari et à son fils, " notamment les soins d'hygiène ", il ressort des pièces du dossier que leur intervention de limitait au lavage des cheveux de l'enfant, et le département du Gard ne relève aucune ambiguïté dans l'attitude des intéressés. De plus, les invectives et violences psychologiques, ainsi que l'indiscrétion professionnelle imputées à Mme B, reposent seulement sur les propos d'une autre enfant accueillie. Elles sont fermement contestées par la requérante et contredites par les multiples témoignages de proches, anciens enfants accueillis et professionnels de santé, se rapportant à une longue période et au contraire élogieux quant à l'atmosphère constamment bienveillante qu'ils ont constatée au sein du foyer. Enfin la seule présence de nombreux animaux au foyer ne caractérise pas, en l'absence d'éléments précis, le manquement à l'hygiène allégué.
5. Dans ces conditions, et quand bien même Mme B entretient des relations difficiles avec les services de la protection maternelle et infantile, les manquements relevés ne suffisent pas à établir que les conditions d'accueil proposées par elle ne garantissent pas la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs accueillis. Ainsi le département du Gard ne justifie pas du bien-fondé de sa décision de retrait. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 25 novembre 2021, par laquelle le président du conseil départemental du Gard a retiré l'agrément dont Mme B bénéficiait en qualité d'assistante familiale, doit être annulée.
Sur les conclusions accessoires :
6. Eu égard aux motifs du présent jugement d'annulation, son exécution implique seulement le réexamen de la situation de Mme B. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au département du Gard de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Gard une somme de 1 200 euros à verser à Mme B.
D E C I D E :
Article 1 er : La décision du 25 novembre 2021, par laquelle le président du conseil départemental du Gard a retiré l'agrément dont Mme B bénéficiait en qualité d'assistante familiale, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au département du Gard de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le département du Gard versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au président du conseil départemental du Gard.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Baccati, premier conseiller.
M. Parisien, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTILe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604358
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de rupture de contrat de Mme B... prise par le maire de Léognan. Le juge a relevé que la requérante n'avait pas introduit de requête distincte en annulation, rendant ses conclusions à fin de suspension manifestement irrecevables. Par ailleurs, il a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, l'agent en période d'essai ne bénéficiant pas d'un droit à la poursuite de son contrat et son absence non justifiée à l'entretien préalable ne permettant pas de retenir un préjudice grave et immédiat.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2602937
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’intérieur du 26 mars 2026 informant M. A... de la perte de validité de son permis de conduire. La requête a été jugée irrecevable car M. A... n’avait pas déposé de recours en annulation parallèle, condition prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. À titre subsidiaire, le juge a estimé que le moyen tiré de ce que les infractions auraient été commises par son fils n’était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, la réalité des infractions étant établie par le paiement des amendes forfaitaires conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2604046
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de Mme B... qui sollicitait la suspension de saisies administratives à tiers détenteur émises pour le recouvrement de taxes foncières. La requérante invoquait l'urgence en raison de sa faible pension de retraite et un doute sérieux sur la légalité des saisies, notamment pour non-exigibilité d'une partie de la créance. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour Mme B... de justifier de conséquences graves liées à l'exécution des saisies. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026