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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200331

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200331

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL GOLDMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2022 au greffe du tribunal administratif de Marseille, M. B A, représenté par Me Heulin agissant pour le cabinet Goldmann et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois ;

2°) d'enjoindre à la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur de lui verser les primes et indemnités dont il a été privé en raison de sa suspension ;

3°) de mettre à la charge de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n°2200781 du 28 janvier 2022, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis le dossier de la requête de M. A au tribunal administratif de Nîmes.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité non habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le conseil de discipline n'a pas été saisi sans délai, en méconnaissance de l'article 30 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance de l'article 30 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'aucune faute grave ne peut lui être reprochée ;

- elle est constitutive d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle a été prise en raison de son activité syndicale ;

- elle est constitutive d'une discrimination à son égard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mars 2022, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevillard,

- les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique,

- et les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint administratif territorial principal de 1ère classe des établissements d'enseignement, est affecté en qualité de second de cuisine au sein du lycée agricole viti-vinicole d'Orange. A la suite d'une alerte de la direction de cet établissement, et sur saisine du directeur général des services, l'inspection générale audits et évaluation de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a diligenté une enquête administrative, les 6 et 7 septembre 2021, en raison d'un coût de repas anormalement élevé. A l'issue de cette enquête administrative durant laquelle M. A a été convoqué à un entretien, une visite de la direction des ressources humaines a eu lieu au sein de l'établissement, le 29 novembre 2021, afin d'entendre les agents nommément mis en cause par le rapport d'enquête, dont M. A. Suivant ces auditions, la région, alertée au sujet d'un comportement inapproprié de M. A vis-à-vis de ses collègues, lui a interdit l'accès au lycée par décision du 1er décembre 2021 et, par un arrêté du même jour, le président de cette collectivité l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire pour une durée de quatre mois. Par la présente requête, M. A conteste cette suspension.

Sur la légalité de l'arrêté portant suspension de fonctions :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D C, directrice générale des services, disposait d'une délégation du président du conseil régional, consentie par l'arrêté n° 2021-1721 du 17 septembre 2021, certifié affiché le 29 septembre 2021, à l'effet de signer tous les actes et correspondances à l'exclusion d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives aux suspensions conservatoires des agents. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La suspension d'un agent public est une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction disciplinaire. Elle n'est donc pas au nombre des décisions qui doivent être motivées par application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué est inopérant et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. Si, à l'expiration de ce délai, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire, l'intéressé, sauf s'il est l'objet de poursuites pénales, est rétabli dans ses fonctions () ". La suspension d'un fonctionnaire peut légalement intervenir, dans l'intérêt du service, dès lors que les faits relevés à l'encontre de l'agent présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité pour justifier une telle mesure. Cette mesure conservatoire, sans caractère disciplinaire, a pour objet d'écarter l'agent du service pendant la durée nécessaire à l'administration pour tirer les conséquences de ce dont il est fait grief à l'agent.

6. D'une part, M. A soutient que la décision attaquée méconnait les dispositions citées au point précédent dès lors que le conseil de discipline n'a pas été saisi sans délai. Toutefois, ces dispositions, qui ont imparti à l'administration un délai de quatre mois pour statuer sur le cas d'un fonctionnaire ayant fait l'objet d'une mesure de suspension, ont pour objet de limiter les effets dans le temps de cette mesure sans qu'aucun texte n'enferme dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire ni même fasse obligation à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'engager une procédure disciplinaire. Par suite, le moyen tiré de ce que le conseil de discipline n'a pas été saisi " sans délai " est inopérant et ne peut qu'être écarté.

7. D'autre part, la décision de suspension a été prise en raison des éventuels comportements inadaptés de M. A portant atteinte au bon fonctionnement du service. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de cette décision, l'autorité administrative avait été informée des faits en cause d'une part, par le rapport d'enquête administrative de l'inspection générale audits et évaluation de la région, mentionnant que plusieurs agents ont, de façon concordante, reconnu l'existence de la constitution de barquettes de restes alimentaires en fin de service destinées à être emportées et ont identifié M. A comme étant impliqué dans ce système de coulage et, d'autre part, par le rapport du 30 novembre 2021, dont il ressort que M. A a exercé des pressions sur ses collègues de travail engendrant un climat de tension désorganisant le service et incompatible avec son bon fonctionnement. Eu égard au caractère suffisant de vraisemblance et de gravité de tels faits, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de le suspendre à titre conservatoire serait entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée est constitutive d'un détournement de pouvoir et qu'elle est discriminatoire dès lors qu'elle a été prise du seul fait de son activité syndicale, il ne produit aucun élément de nature à le démontrer. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté qu'il conteste serait illégal et que les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200331

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