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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200353

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200353

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 février 2022 et 8 février 2024, la SCCV Beaumes, représentée par Me Knoefpli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2021 par lequel le maire de Carpentras a retiré le permis de construire qui lui avait été transféré le 8 juillet 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Carpentras la somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le permis de construire en cause est conforme aux dispositions de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et qu'il ne pouvait donc être légalement retiré.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2023, la commune de Carpentras, représentée par la SELARL Territoire avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Par un courrier du 9 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de substituer d'office les dispositions de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme applicables aux lotissements à celles de ce même article, applicables aux autres constructions, sur lesquelles le maire de Carpentras a entendu se fonder pour prendre le retrait de permis de construire attaqué.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2024, la SCCV Beaumes a présenté des observations en réponse à cette communication.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Knoepfli pour la SCCV Beaumes et celles de Me Teles pour la commune de Carpentras.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 8 juillet 2021, le maire de Carpentras a transféré à la SCCV Beaumes le permis de construire huit maisons individuelles avec garages qu'il avait délivré à la SCCV Peyrière par arrêté du 27 mai précédent. La SCCV Beaumes demande l'annulation de l'arrêté du 12 août 2021 par lequel cette autorité a retiré le permis de construire en cause ainsi que celle de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 8 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision".

3. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". En application de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " () Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes () ". L'article UD3 du règlement du PLU dispose que : " () l'obtention du permis de construire est subordonnée à une desserte d'une emprise minimum de : - 7,50m pour les immeubles destinés à l'habitation collective, pour les lotissements, ainsi que pour les bâtiments dédiés au commerce ou à l'activité dépassant 300m² de SHON ; - 5,00m pour les autres constructions. ". Ces dernières dispositions qui conditionnent la constructibilité des terrains s'appliquent ont vocation à s'appliquer aux voies existantes.

4. En premier lieu, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. Pour retirer le permis de construire dont était titulaire la SCCV Beaumes dans le délai légal de quatre mois fixé à l'article L. 242-1 précité du code des relations entre le public et l'administration, le maire de Carpentras s'est fondé sur son illégalité au regard de la largeur de la voie desservant le projet, inférieure aux 5 mètres exigés par les dispositions de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet porte sur la construction, sur une même unité foncière, de huit maisons individuelles dont le pétitionnaire a expressément indiqué dans le formulaire Cerfa de la demande de permis de construire qu'elles étaient destinées à la vente. Ces constructions sont, en outre, désignées comme des lots sur les plans composant le dossier de demande et la SCCV Beaumes a, elle-même, indiqué dans sa requête introductive d'instance que " le chemin de la Peyrière est suffisamment large pour envisager un lotissement ". Le permis de construire en cause doit ainsi être regardé comme relatif à un projet qui, pour porter sur la division en propriété de l'unité foncière du terrain d'assiette, constitue un lotissement au sens et pour l'application de l'article UD3 du règlement du PLU. Dès lors, il y a lieu de substituer les dispositions de cet article applicables aux lotissements et imposant une largeur minimum de 7,5 mètres à celles sur lesquelles le maire de Carpentras a entendu se fonder pour adopter l'arrêté attaqué, cette substitution ne privant la société requérante d'aucune garantie.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de constat d'huissier produit par la société requérante, que la voie desservant le terrain d'assiette du projet présente une largeur inférieure aux 7,5 mètres règlementairement exigés. Par ailleurs, la différence entre la largeur de l'emprise de ce chemin de desserte, d'environ 5 mètres en ses sections les plus larges, et celle exigée par l'article UD3 ne saurait être qualifiée d'adaptation mineure et n'est, en tout état de cause, pas rendue nécessaire par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes. La société requérante ne peut donc pas utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme.

7. Il s'ensuit que le maire de Carpentras a pu, conformément à l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, retirer le permis de construire qui avait été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article UD3 applicables, dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Carpentras, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Carpentras.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCCV Beaumes est rejetée.

Article 2 : La SCCV Beaumes versera à la commune de Carpentras une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Beaumes et à la commune de Carpentras.

Délibéré après l'audience du 13 février 2024 où siégeaient :

- M. Roux, président,

- Mme Lahmar, conseillère,

- M. Mouret, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

G. ROUXLa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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