mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GUENDOUZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 janvier 2022, 13 avril 2023, 27 avril 2023 et 6 juin 2023, Mme D C, représentée par Me Guendouz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a rejeté son recours gracieux formé le 30 novembre 2021 à l'encontre de la décision du 25 novembre 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 19 mars 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'administration de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 19 mars 2021 ;
3°) de mettre à la charge de l'administration la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- la décision est entachée de vices de forme ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986 ont été méconnues ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la fin de non-recevoir opposée en défense est infondée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 avril 2023, 12 mai 2023 et 23 juin 2023, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que cette dernière ne satisfait pas aux exigences prévues par les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les moyens de légalité interne invoqués par la requérante dans son mémoire complémentaire enregistré le 6 juin 2023 sont irrecevables dès lors que ces moyens ont été invoqués postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux ;
- les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Aymard,
-les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
-et les observations de Me Guendouz représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, professeure certifiée affectée au titre de l'année scolaire 2020-2021 au sein du lycée Ernest Hemingway à Nîmes, a présenté le 28 octobre 2021 une demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident survenu le 19 mars 2021. Par une décision du 25 novembre 2021, la rectrice de l'académie de Montpellier a rejeté cette demande. Le recours gracieux formé le 30 novembre 2022 à l'encontre de cette décision du 25 novembre 2021 a été rejeté par une décision de la rectrice de l'académie de Montpellier en date du 6 décembre 2021. Mme C demande au tribunal d'annuler la décision précitée du 6 décembre 2021.
Sur la recevabilité de la requête et des moyens de légalité interne :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".
3. En l'espèce, la requête introductive d'instance comporte des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 décembre 2021 prise par la rectrice de l'académie de Montpellier, mentionne des circonstances de fait relatives à la situation administrative et médicale de Mme C, et soulève des moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de cette décision et de vices de forme. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du non-respect des exigences fixées par les dispositions citées ci-dessus doit être rejetée.
4. D'autre part, dans sa requête enregistrée le 29 janvier 2022, Mme C s'est bornée à invoquer des moyens de légalité externe relatifs à la compétence de l'auteur de la décision attaquée et de vices de forme dont cette décision serait entachée. Si la requérante a soulevé dans son mémoire en réplique enregistré le 6 juin 2023 des moyens de légalité interne, ces prétentions, fondées sur une cause juridique distincte, constituent une demande nouvelle. Dès lors que ce mémoire en réplique a été enregistré le 6 juin 2023, c'est-à-dire après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois ayant couru à compter du 8 décembre 2021, les moyens de légalité interne visés ci-dessus, tenant à l'erreur de droit et à l'erreur manifeste d'appréciation que la rectrice de l'académie de Montpellier aurait commises, ne sont pas recevables, ainsi que l'oppose la rectrice.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
5. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision du 25 novembre 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 19 mars 2021.
7. En deuxième lieu, les décisions en litige ont été signées par M. A E. Par un arrêté du 14 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Occitanie du même jour, la rectrice de la région académique Occitanie, rectrice de l'académie de Montpellier, a autorisé M. A E, chef de la division des affaires médicales, des retraites et de l'action sociale, à signer tous les actes dans la limite des attributions de la division des affaires médicales, des retraites et de l'action sociale, au nombre desquels figurent spécifiquement les actes concernant les accidents de services et les maladies professionnelles des personnels enseignants. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la rectrice de l'académie de Montpellier, la secrétaire générale et ses adjoints n'auraient pas été absents ou empêchés lors de l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.
8. En troisième lieu, en ce qui concerne le moyen tiré de vices de forme dont seraient affectées les décisions attaquées, les considérations dont se prévaut Mme C dans ses écritures ne concernent pas les décisions en litige. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions de la rectrice de l'académie de Montpellier en date des 25 novembre 2021 et 6 décembre 2021 qu'elle conteste.
10. En tout état de cause, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () ". Aux termes de l'article 47-2 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. " Aux termes de l'article 47-3 du même décret : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. () IV. Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. / Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire entre dans le champ de l'article L. 169-1 du code de la sécurité sociale ou s'il justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes ".
11. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que pour solliciter la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident et bénéficier du congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire en activité doit en faire la demande en adressant à son administration une déclaration d'accident de service. Cette déclaration doit, en principe, être adressée dans un délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. Toutefois, si un certificat médical relatif aux lésions résultant de l'accident a été établi dans un délai de deux ans à compter dudit accident, la déclaration d'accident de service doit être adressée dans un délai de quinze jours à compter de la date de ces constatations médicales. Les deux délais mentionnés précédemment ne sont néanmoins pas opposables aux fonctionnaires justifiant d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes.
12. En l'espèce, pour rejeter la demande de Mme C, la rectrice de l'académie de Montpellier s'est fondée sur la circonstance que la déclaration d'accident de service de l'intéressée n'est pas parvenue à l'administration dans un délai de 15 jours à compter de la date de cet accident.
13. Il ressort des pièces du dossier que, à la suite de l'incident survenu le 19 mars 2021 sur son lieu de travail, Mme C a été examinée le jour même par le docteur B, qui a établi un avis d'arrêt de travail prescrivant un arrêt jusqu'au 17 mai 2021 et comportant la mention " état de stress réactionnel à une altercation avec des élèves ", ce certificat médical étant produit à l'instance par la rectrice de l'académie de Montpellier. Par ailleurs, la requérante ne justifie en l'espèce ni d'un cas de force majeure, ni d'une impossibilité absolue ou d'un motif légitime au sens et pour les besoins des dispositions du IV de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986, aucune pièce du dossier établissant une impossibilité absolue pour l'intéressée de compléter le formulaire de déclaration d'accident de travail dans le délai imparti. Dans ces conditions, Mme C, qui n'a présenté que le 28 octobre 2021 sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident survenu le 19 mars 2021, n'a pas respecté le délai de quinze jours prévu par l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986 pour solliciter, selon les formes requises par ce texte, la reconnaissance d'un accident de service. Par suite, la rectrice de l'académie de Montpellier a valablement pu rejeter pour tardiveté la demande de l'intéressée.
14. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C étant rejetées, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Montpellier.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le rapporteur,
F. AYMARD
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026