jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2200458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AD CONSEIL AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 février et le 9 août 2022, Mme B A, représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2019 ainsi que le courrier du 15 décembre 2021 par lesquels le centre hospitalier d'Orange a refusé sa demande de mise en stage avant titularisation ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier d'Orange, à titre principal, de la titulariser à compter du 1er janvier 2015 et de procéder au rappel de l'ensemble des traitements et droits afférents à cette titularisation et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation professionnelle ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Orange la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 5 décembre 2019 est entachée d'incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe d'égalité dès lors qu'elle instaure une discrimination entre les agents ayant moins de cinquante ans et ceux ayant plus que cet âge ;
- elle constitue une mesure discriminatoire dès lors que son âge est un critère de distinction qui ne repose sur aucun élément objectif ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 27 de la loi du 12 mars 2012 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le centre hospitalier n'a pas pris en considération sa situation professionnelle et l'a privée de nombreuses garanties professionnelles ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'un entretien d'évaluation professionnelle et que ses demandes de titularisation et de revalorisation n'ont jamais abouti ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 1-2 du décret du 6 février 1991 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2022 et le 13 avril 2023, le centre hospitalier d'Orange Louis Giorgi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée après l'expiration du délai de recours contentieux ;
- les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 15 décembre 2021 sont irrecevables dès lors que ce courrier ne constitue pas une décision administrative ;
- les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;
- loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mazars,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est agent contractuel, employée au centre hospitalier d'Orange en qualité d'adjoint administratif depuis le 1er novembre 2007. Par un courrier du 29 novembre 2019, elle a demandé sa mise en stage. Par une décision du 5 décembre 2019, le directeur du centre hospitalier d'Orange a rejeté sa demande. Par un courrier du 28 octobre 2021, Mme A a adressé un nouveau courrier au directeur du centre hospitalier, sollicitant une mise en stage avant titularisation ainsi qu'un rappel de traitement lié à l'absence de titularisation. Par un courrier du 15 décembre 2021, cette demande a été rejetée par le conseil du centre hospitalier. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 5 décembre 2019 et le courrier du 15 décembre 2021 par lesquels le centre hospitalier d'Orange a rejeté ses demandes.
Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Et aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. Si le centre hospitalier fait valoir que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 5 décembre 2019 portant refus de mise en stage, laquelle ne comporte aucune mention des voies et délais de recours, sont tardives, elle ne rapporte cependant pas la preuve que cette décision aurait été notifiée à la requérante ou qu'elle en aurait eu connaissance avant le 15 décembre 2021, date du courrier de rejet de sa seconde demande du 28 octobre 2021. Dans ces circonstances, et alors qu'il ne s'est pas écoulé plus d'un an depuis la date à laquelle il est établi que Mme A a eu connaissance de la décision du 5 décembre 2019, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut être accueillie.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de décision administrative :
5. Il résulte des dispositions des articles 4 et 6 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires excluant l'application d'un tel principe dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers, dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte. Si ces dispositions autorisent également les personnes publiques à se faire représenter par des avocats dans leurs relations avec les autres personnes publiques ou avec les personnes privées, aucune décision administrative ne saurait toutefois résulter des seules correspondances de ces derniers, en l'absence de transmission, à l'appui de ces correspondances, de la décision prise par la personne publique qu'ils représentent.
6. Mme A demande l'annulation du courrier en date du 15 novembre 2021 par lequel l'avocat du centre hospitalier d'Orange l'a informée du refus de son client de faire droit à sa demande tendant à bénéficier d'une mise en stage avant titularisation. Si cette lettre comporte la mention " lettre officielle " et indique que " mon client n'entend pas faire droit au recours gracieux ", elle ne saurait être regardée comme une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir en l'absence de transmission, à l'appui de cette correspondance, de la décision prise par le centre hospitalier d'Orange, laquelle est d'ailleurs annoncée comme devant être prochainement notifiée à l'intéressée. Par suite, la fin de non-recevoir doit être accueillie et les conclusions tendant à l'annulation de ce courrier doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 décembre 2019 :
7. D'une part, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983, applicable à la date de la décision attaquée : " ()/ Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions. / De même, des conditions d'âge peuvent être fixées, d'une part, pour le recrutement des fonctionnaires dans les corps, cadres d'emplois ou emplois conduisant à des emplois classés dans la catégorie active au sens de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, d'autre part, pour la carrière des fonctionnaires lorsqu'elles résultent des exigences professionnelles, justifiées par l'expérience ou l'ancienneté, requises par les missions qu'ils sont destinés à assurer dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi.() ".
8. D'autre part, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
9. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que la mise en stage avant titularisation sollicitée par Mme A lui a été refusée au motif que " l'âge des agents est un élément pris en compte dans la décision de mise en stage ", de sorte que la décision en litige instaure une différence de traitement fondée sur l'âge et que ces éléments permettent de présumer l'existence d'une discrimination fondée sur ce critère. En se bornant à faire valoir que le critère de l'âge n'est pas le seul à être pris en compte sans préciser sur quels autres critères il se serait fondé, que la requérante ne dispose d'aucun droit acquis à être placée en position de stagiaire et qu'il était impossible de placer Mme A en stage dès lors qu'aucun poste à temps complet n'était disponible sans produire aucun élément permettant de corroborer cette allégation, le centre hospitalier d'Orange ne démontre pas que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. En outre et en dépit de la mesure d'instruction diligentée sur ce point par le tribunal le 5 septembre 2024, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'en refusant la demande de Mme A en se fondant sur son âge, le centre hospitalier d'Orange ait poursuivi un objectif légitime, tel que la politique nationale visant à promouvoir l'accès à l'emploi par une meilleure distribution de celui-ci entre les générations. Dans ces conditions, la décision refusant à Mme A sa mise en stage avant titularisation constitue une mesure discriminatoire fondée sur l'âge.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2019 par laquelle le centre hospitalier d'Orange a refusé sa demande de mise en stage avant titularisation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. A la date du présent jugement, Mme A ayant été admise à faire valoir ses droits à la retraite et radiée des effectifs du centre hospitalier d'Orange à compter du 1er août 2023, l'annulation de la décision du 5 décembre 2019 n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Orange la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 5 décembre 2019 par laquelle le centre hospitalier d'Orange a rejeté la demande de mise en stage avant titularisation de Mme A est annulée.
Article 2 : Le centre hospitalier d'Orange versera à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier d'Orange.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,
Mme Mazars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
M. MAZARS
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne à la ministre de la santé en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026