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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200604

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200604

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2022, M. A B, représenté par Me Coque, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le maire de Nîmes s'est opposé à sa déclaration préalable pour l'édification d'une clôture ;

2°) d'enjoindre au maire de Nîmes de lui délivrer un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, une décision de non-opposition à déclaration préalable dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il était titulaire d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable et l'arrêté contesté, qui procède à son retrait, n'a pas été précédé de la procédure contradictoire requise ;

- le projet n'entre pas dans le champ des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et n'entraîne aucune atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ;

- il est conforme aux dispositions de l'article A11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU).

Une mise en demeure a été adressée à la commune de Nîmes en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

L'instruction a été close par une ordonnance du 29 janvier 2024 à la date de son émission.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coque pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 novembre 2021, M. B a déposé auprès des services de la commune de Nîmes une déclaration préalable de travaux relatifs à l'édification d'une clôture sur un terrain situé chemin du Moulin Gazay, composé des parcelles cadastrées section HT nos 31, 137 et 138 et classé en zone A du PLU. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le maire de Nîmes s'y est opposé.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit.

3. En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 16 octobre 2023, la commune de Nîmes n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Elle est donc réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête de M. B. Il appartient cependant au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est par lui-même sans conséquence sur leur qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". L'article R. 424-1 du même code dispose que : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le 24 novembre 2021, le maire de Nîmes a délivré à M. B un récépissé de dépôt de déclaration préalable l'informant que celle-ci avait été enregistrée le 22 novembre précédent, qu'elle serait instruite dans un délai d'un mois et qu'à défaut de correspondance lui étant adressée dans ce délai, il serait titulaire d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'une demande de pièces complémentaires ou modification du délai d'instruction auraient été régulièrement notifiées à M. B dans le délai d'un mois suivant le 22 novembre 2021. Il s'ensuit qu'il est fondé à soutenir qu'une décision de non-opposition à sa déclaration préalable est née le 22 décembre 2021 et que l'arrêté du 21 janvier 2022 a eu pour effet de la retirer.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Selon l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationale ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". L'article L. 122-1 de ce code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

7. La décision portant retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision de non-opposition à déclaration préalable que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Nîmes aurait invité M. B à présenter ses observations préalablement à l'intervention de la décision retirant la décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable. Dans ces conditions, et alors que la commune de Nîmes, qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'a fait état d'aucune situation d'urgence ni de l'une des autres circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision de retrait a été prise au terme d'une procédure irrégulière ayant effectivement privé le requérant de la garantie évoquée au point précédent.

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté contesté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement, qui annule la mesure de retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont M. B est devenu titulaire, n'implique pas que le maire de Nîmes lui délivre une nouvelle décision de non-opposition à déclaration préalable. En revanche, elle implique nécessairement que le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme lui soit délivré. Il y a lieu d'enjoindre au maire de Nîmes de délivrer à l'intéressé un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Nîmes du 21 janvier 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Nîmes de délivrer à M. B un certificat de non-opposition tacite à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Nîmes versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024 où siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Lahmar, conseillère,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

G. ROUXLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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