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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200828

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200828

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET DURY ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 et 28 mars et les 5 et 7 juillet 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) SLBD, représentée par Me Dury, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a décidé la fermeture administrative, pour une durée d'un mois, de l'établissement qu'elle exploite sous l'enseigne " Le Bokao's " ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la circonstance que la décision contestée a été entièrement exécutée se saurait justifier un non-lieu à statuer ;

- le préfet ne rapporte pas la preuve des faits sur lesquels il fonde la décision attaquée ;

- ces faits sont matériellement inexacts ; le gérant n'a jamais reconnu la présence des personnes intéressées dans son établissement ; l'exploitant n'a pas été requis de produire ses images de vidéosurveillance ;

- il a été porté atteinte au principe du contradictoire et aux droits de la défense ;

- elle a contesté les faits qui lui avaient été antérieurement reprochés ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 mai et le 22 juillet 2022, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête de la SARL SLBD.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dès lors que la mesure contestée é été entièrement exécutée ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dury, représentant la SARL SLBD.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL SLBD exploite à Avignon une discothèque sous l'enseigne " Le Bokao's ". Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a décidé la fermeture administrative de cet établissement pour une durée d'un mois.

Sur l'exception à fin de non-lieu :

2. La circonstance que l'arrêté litigieux a été entièrement exécuté à la date du présent jugement n'est pas de nature à priver le recours de son objet. L'exception à fin de non-lieu, soulevée en défense par le préfet de Vaucluse, doit donc être écartée.

Sur les conclusions présentées à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L.211-2 du même code dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (..). ". En vertu du 5° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, les mesures prises en application de cet article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 10 février 2022, le préfet de Vaucluse a informé le gérant de l'établissement " Le Bokao's " qu'une mesure de fermeture administrative était envisagée sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, en invitant l'intéressé à présenter ses observations. Celui-ci a répondu par une lettre du 17 février 2022, par l'intermédiaire de son conseil, puis a été reçu à la préfecture le 8 mars 2022. Par ailleurs, les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration ne faisaient pas obligation au préfet de communiquer spontanément les pièces du dossier dont il disposait, notamment le rapport d'information qui avait été établi le 11 janvier 2022 par le service de la voie publique de la direction départementale de la sécurité publique. Au demeurant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la société aurait vainement demandé la communication de cette pièce dont le préfet faisait pourtant état dans sa lettre du 17 février 2022, en reprenant l'essentiel de son contenu. Dans l'ensemble de ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte au principe du contradictoire et de l'atteinte aux droits de la défense doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, pour fonder en fait la décision attaquée le préfet de Vaucluse s'est appuyé notamment sur le contenu du rapport d'information précédemment mentionné du 11 janvier 2022. Ce rapport fait état des propos recueillis auprès de de plusieurs personnes, impliquées au matin du 5 décembre 2021 en état d'ivresse manifeste dans un accident de la circulation, dont une mineure. Ces personnes ont indiqué avoir passé la soirée précédente dans l'établissement " Le Bokao's ", où elles ont consommé de l'alcool et qu'elles ont quitté peu avant l'accident. La SARL SLBD ne conteste pas efficacement l'exactitude matérielle des faits ainsi retenus par le préfet de Vaucluse en se bornant à faire valoir que son gérant n'a jamais reconnu la présence des personnes en cause dans son établissement, ou que l'autorité administrative s'est abstenue de consulter ses images de vidéosurveillance. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. () .4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. () ". Il ressort de ces dispositions, qui ont pour seul objet de prévenir la survenance ou la poursuite d'une atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publique, qu'elles ont dès lors le caractère de mesures de police administrative et non de sanctions, et peuvent être prononcées, en cas de permanence des nuisances, alors même que l'exploitant de l'établissement aurait déjà pris des mesures pour tirer les conséquences d'une précédente mise en garde de l'autorité administrative.

7. Il ressort des pièces du dossier que les personnes mentionnées au point 5, parmi lesquelles figurait une mineure, se sont vu servir de l'alcool dans la nuit du 4 au 5 décembre 2021 alors qu'elles étaient en état d'ivresse. Ces faits sont suffisamment établis par le rapport d'information précédemment mentionné du 11 janvier 2022, établi par un officier de police judiciaire. En outre, le gérant de l'établissement avait été mis en garde le 28 septembre 2021 et le 2 novembre 2021, respectivement, sur l'interdiction de servir de l'alcool à des personnes manifestement ivres, et sur l'interdiction de servir de l'alcool aux personnes de moins de 18 ans. Par ailleurs, l'établissement avait fait l'objet d'une précédente mesure de fermeture administrative, qui n'a pas été contestée, pour une durée de 13 jours qui venait de prendre fin le 4 décembre 2021. Ces éléments caractérisent la permanence d'une atteinte à l'ordre public, de nature à fonder la mesure de fermeture en litige. Dans les circonstances de l'espèce, en prononçant cette mesure et en fixant sa durée à un mois, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL SLBD n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a décidé la fermeture administrative de l'établissement " Le Bokao's pour une durée d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de la SARL SLBD est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée SLBD et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

M. Parisien, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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