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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200901

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200901

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, M. A B, représenté par la SCP Artaud Belfiore Castillon Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du ministre de l'intérieur en date du 4 mars 2022 portant invalidation de son permis de conduire pour solde de points devenu nul ;

2°) d'annuler les cinq décisions de retrait de points de son permis de conduire prises à la suite d'infractions commises les 21 octobre 2019, 21 novembre 2019, 24 avril 2020, 16 décembre 2020 et 18 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points reconstitué, dans les huit jours suivant la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge du ministre de l'intérieur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Il soutient que :

- la décision " 48SI " du 4 mars 2022, reçue le 18 mars 2022, est illégale en ce qu'elle ne tient pas compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 14 et 15 mars 2022 et de la subséquente reconstitution d'un capital de quatre points ;

- les décisions de retrait de points sont entachées d'illégalité dès lors qu'il n'a pas reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les décisions de retrait de points sont illégales dès lors que les infractions qui les fondent n'ont pas donné lieu à condamnation pénale.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut :

1°) au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48SI " portant invalidation du permis de conduire de M. B ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48SI " du 4 mars 2022 dès lors que le capital de points a bien été reconstitué en tenant compte du stage de sensibilisation effectué les 14 et 15 mars 2022, la décision attaquée étant ainsi réputée avoir été retirée ;

- la notification des décisions de retrait de point a bien été réalisée, et en tout état de cause, son absence est sans incidence sur la légalité desdites décisions ;

- le moyen tiré du défaut d'information préalable est infondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler la décision " 48SI " du 4 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a informé de la perte de validité de son permis de conduire et, par voie d'exception d'illégalité, les cinq décisions de retrait de points de son permis de conduire prises à la suite d'infractions commises les 21 octobre 2019, 21 novembre 2019, 24 avril 2020, 16 décembre 2020 et 18 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'étendue du litige :

2.Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'introduction de la requête, le ministre de l'intérieur a rectifié le solde de points du permis de conduire de M. B en tenant compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière suivi les 14 et 15 mars 2022. Le ministre de l'intérieur est par conséquent réputé avoir retiré la décision " 48SI " portant invalidation du permis de conduire pour solde de points réputé nul. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de cette décision sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le défaut d'information préalable au retrait de points :

3.La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

Sur l'infraction commise le 21 octobre 2019 :

4.Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5.Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, produit par l'administration, que le requérant a payé l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 21 octobre 2019 relevée par un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)". Ainsi, M. B a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'information préalable au retrait de trois points suite à l'infraction commise le 21 octobre 2019 doit être écarté.

Sur les infractions commises les 21 novembre 2019, 24 avril 2020 et 16 décembre 2020 :

6.Il résulte des articles R. 49-1, et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R. 223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7.Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. B, que les infractions commises les 21 novembre 2019, 24 avril 2020 et 16 décembre 2020 ont été verbalisées après interception du véhicule au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, et que les amendes forfaitaires correspondantes ont été acquittées respectivement les 20 janvier 2020, 4 août 2020 et 14 janvier 2021. Ainsi, ces amendes ayant été acquittées de façon différée, M. B a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas l'avis de contravention qu'il a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant retrait de trois points chacune consécutives aux infractions commises les 21 novembre 2019 et 14 avril 2019 et la décision portant retrait de quatre points suite à l'infraction du 16 décembre 2020 seraient intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière.

Sur l'infraction commise le 18 avril 2021 :

8. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que la réalité de l'infraction commise le 18 avril 2021 est établie par une condamnation pénale, devenue définitive, prononcée par le tribunal de grande instance de Nîmes. Lors de l'instance pénale ayant donné lieu au jugement précité, M. B n'a eu à exercer aucun choix qui aurait pu le conduire à ne pas reconnaître la matérialité des faits qui lui étaient imputés, celle-ci ayant été acquise après que la condamnation fut devenue définitive, indépendamment de sa volonté. Dès lors, dans ces conditions, l'absence de délivrance de l'information générale prévue par le premier alinéa de l'article L. 223-3 précité du code à la suite de l'infraction commise le 18 avril 2021 n'a pas eu pour effet de vicier substantiellement la procédure préalable au retrait de six points. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions susmentionnées du ministre de l'intérieur portant retrait de points doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il ressort du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que le requérant a vu le solde de points de son permis totalement reconstitué par décision du 22 janvier 2019. Il a toutefois commis depuis cette date cinq infractions, les 21 octobre 2019, 21 novembre 2019, 24 avril 2020, 16 décembre 2020 et 18 avril 2021, ayant entraîné respectivement des retraits de trois points dans les trois premiers cas, de quatre points et de six points. Par décisions des 31 décembre 2020 et 18 avril 2021, le ministre de l'intérieur a procédé à deux reprises à des ajouts de quatre points. Le solde de points du permis de M. B est par conséquent affecté d'un point à la date d'édition du relevé d'information intégral le 3 mai 2022.

11. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer son permis de conduire à M. B, sous réserve de la détermination du solde de points compte tenu d'éventuelles infractions ultérieures, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11.Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision " 48SI " du 4 mars 2022, laquelle a été retirée par le ministre de l'intérieur.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer son permis de conduire à M. B, sous réserve de la commission de nouvelles infractions ayant entraîné des retraits de point, en en tirant les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

P. CLe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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