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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200968

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200968

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, M. B A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de la Lozère a refusé de lui renouveler un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Lozère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de la renonciation par celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L.426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A sont infondés.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu le rapport de M. Chevillard au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant des Etats-Unis d'Amérique né le 28 septembre 1954, est entré régulièrement en France le 18 mars 2019 muni d'un visa long séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale ". Il s'est vu remettre un titre de séjour en cette qualité, valable du 24 août au 23 août 2021. Par une demande présentée le 28 septembre 2021, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 15 décembre 2021, que M. A conteste, le préfet de la Lozère a rejeté sa demande.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "entrepreneur/profession libérale" d'une durée maximale d'un an. ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () / A l'expiration de la durée de validité de cette carte, s'il continue à en remplir les conditions de délivrance, il bénéficie, à sa demande, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention. / (). ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour du requérant sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Lozère s'est fondé sur le motif tiré de l'absence de justification de ressources suffisantes. Si M. A conteste ce motif, l'intéressé ne produit aucun élément de nature à démontrer le caractère suffisant de ses ressources. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Lozère aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. () ".

5. En l'espèce, le requérant, qui ne produit aucun élément relatif à ses ressources, ainsi qu'il a été dit au point 3, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Lozère aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il s'est également fondé pour prendre l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 421-20 et L. 421-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande n'a pas été présentée sur ces fondements. Par suite, ces moyens inopérants doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A se prévaut de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est nullement contesté que l'ensemble des membres de sa famille réside aux Etats-Unis d'Amérique, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de soixante-cinq ans. Dans ces conditions, le préfet de la Lozère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas d'avantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête et, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'injonction et des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 par M. A, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Lozère.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

I. LOSA

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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