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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2200987

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2200987

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2200987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mars 2022, M. B A, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a prolongé sa disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er février 2020 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac de le réintégrer dans les effectifs de la commune et de reconstituer sa carrière à compter de cette date ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Brouzet-lès-Quissac la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis de la commission de réforme ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'en exécution de l'injonction qui lui a été faite par le jugement du tribunal administratif de Nîmes annulant l'arrêté du 7 mai 2019 prononçant la prolongation de sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé, il appartenait au maire de la commune de reconstituer sa carrière à compter du 1er février 2020 sans attendre le réexamen de sa situation ; l'arrêté ne pouvait prononcer un premier placement en disponibilité d'office compte tenu qu'il a déjà fait l'objet d'un tel placement par un arrêté du 22 novembre 2017, renouvelé par un arrêté du 13 juin 2018, ni constituer un dernier renouvellement dès lors que, suite à l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2019, son dernier placement dans cette position avait pris fin le 4 avril 2019 ; il n'appartient pas au maire d'apprécier si le poste vacant au sein de la commune était ou non adapté à son état de santé pour refuser de le réintégrer sur celui-ci alors qu'il n'avait pas été déclaré inapte à toute fonction.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2022, la commune de Brouzet-lès-Quissac, représentée par Me d'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré du défaut de saisine de la commission de réforme n'a pas été susceptible d'avoir une influence sur le sens de la décision prise et n'a privé l'intéressé d'aucune garantie dès lors que la mise en disponibilité d'office pour raison de santé constituait la seule position statutaire dans laquelle il pouvait être placé, compte tenu des arrêts maladie transmis et de l'absence de poste vacant, dans l'attente de son placement en surnombre le 1er avril 2021 en exécution de l'annulation contentieuse de l'arrêté portant licenciement du 28 janvier 2020 enjoignant à la reconstitution de sa carrière ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 novembre 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien, conseillère,

- les conclusions de M. Chaussard, rapporteur public,

- et les observations de Me D'Audigier, représentant la commune de Brouzet-lès-Quissac.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint technique territorial de la commune de Brouzet-lès-Quissac, a été placé en congé de maladie à compter du 4 avril 2016. Par un arrêté du 17 octobre 2017, le maire de la commune l'a placé en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de douze mois à compter du 4 avril 2017, renouvelé le 13 juin 2018 pour une période de douze mois à compter du 4 avril 2018. Les recours formés contre ces deux arrêtés ont été rejetés par un jugement du présent tribunal n° 1703881 - 1802559 du 21 février 2019. Par un arrêté du 7 mai 2019, le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a prononcé le maintien de M. A en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de douze mois à compter du 4 avril 2019. Par un arrêté du 28 janvier 2020, le maire de la commune a licencié M. A pour inaptitude physique avec effet au 1er février 2020. Ces deux derniers arrêtés ont été annulés par un jugement du présent tribunal n° 1903097 - 2001090 du 7 octobre 2021 enjoignant au maire de la commune de réintégrer l'intéressé dans ses effectifs à compter du 1er février 2020, de reconstituer sa carrière à compter de cette date et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification dudit jugement. En exécution de ce jugement, le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a, par l'arrêté du 28 janvier 2022 dont M. A demande l'annulation, prolongé son placement en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de douze mois à compter du 1er février 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () ". Aux termes de l'article 72 de cette loi : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ". Aux termes de l'article 19 du décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 () / La durée de la disponibilité prononcée en vertu du premier alinéa du présent article ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions dans les conditions prévues à l'article 26, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. / Toutefois, si, à l'expiration de la troisième année de disponibilité, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du conseil médical qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions ou faire l'objet d'un reclassement avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 37 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, alors en vigueur : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée attribuable, reprendre son service est soit reclassé, () soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 ". Aux termes de l'article 38 de ce décret : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme prévue par le décret n° 65-773 du 9 septembre 1965 susvisé, sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / () Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement, l'avis est donné par la commission de réforme. ". Il résulte de ces dispositions que le deuxième renouvellement de disponibilité d'office d'un fonctionnaire territorial est, en principe, le dernier. Ainsi, la commission de réforme doit donner son avis sur ce deuxième renouvellement, indépendamment de la possibilité de prolongation exceptionnelle de la disponibilité prévue au dernier alinéa de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986.

4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. A a été placé, à l'expiration de ses droits à congés de maladie, en position de disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 4 avril 2017 pour une première période d'un an, renouvelée pour une nouvelle durée de douze mois à compter du 4 avril 2018. L'arrêté du 7 mai 2019 par lequel le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a prononcé le maintien de l'intéressé dans cette position pour un deuxième renouvellement d'une période de douze mois à compter du 4 avril 2019, a été annulé par le jugement susvisé du 7 octobre 2021, devenu définitif, au motif qu'il n'avait pas été précédé de l'avis de la commission de réforme, qui constitue une garantie spécifique pour l'agent, compte tenu de la composition de cette instance et de la portée de l'avis qu'elle est appelée à rendre sur la situation de l'agent, nonobstant l'existence d'un avis favorable du comité médical du 2 mai 2019. En se bornant, pour l'exécution de ce jugement, à reprendre le 28 janvier 2022 un arrêté prolongeant l'intéressé dans cette même position, visant ledit jugement ainsi que le même avis du comité médical du 2 mai 2019, le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a entaché l'arrêté attaqué d'un vice de procédure qui, dans les circonstances de l'espèce, a privé M. A d'une garantie, affectant l'illégalité de cet acte.

5. En outre, si le même jugement a également enjoint à son employeur de réintégrer M. A dans les effectifs de la commune et de reconstituer sa carrière à compter du 1er février 2020, par voie de conséquence de l'annulation d'un autre arrêté du 28 janvier 2020 ayant prononcé son licenciement pour inaptitude physique à cette date, il appartenait à cette autorité, en exécution de l'injonction à réexamen consécutive à l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2019, qui a eu pour effet de placer M. A rétroactivement dans la situation préexistante à celui-ci, soit dans le cadre de son premier renouvellement en disponibilité d'office pour raison de santé qui expirait le 3 avril 2019, et si elle s'estimait fondée à le faire, de maintenir l'agent dans cette position pour un deuxième et un dernier renouvellement à compter du lendemain de cette date. En décidant, par l'arrêté contesté, de placer l'intéressé dans cette même position à compter du 1er février 2020, le maire de la commune ne pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées des articles 57 de la loi du 26 janvier 1984 et 19 du décret du 13 janvier 1986, prolonger la mise en disponibilité d'office de l'agent pour une deuxième période de douze mois alors que la précédente période dans cette position était déjà expirait depuis le 3 avril 2019, ni prononcer un nouveau placement dans cette position alors que l'intéressé n'a pas repris l'exercice de ses fonctions lui ouvrant droit à une nouvelle période de congés de maladie de douze mois consécutifs à l'issue de laquelle il aurait pu être placé d'office en disponibilité pour raison de santé.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a prolongé sa disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er février 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard aux motifs qui fondent l'annulation qu'il prononce, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer rétroactivement la situation de M. A à l'issue de la période de son premier renouvellement en disponibilité d'office le 3 avril 2019, après avoir saisi la commission de réforme, et ce, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Brouzet-lès-Quissac demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune de Brouzet-lès-Quissac une somme de 1 200 euros à verser à M. A sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 28 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac a prolongé M. A en position de disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er février 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Brouzet-lès-Quissac de réexaminer rétroactivement la situation de M. A à l'issue de la période de son premier renouvellement en disponibilité d'office le 3 avril 2019, après avoir saisi la commission de réforme, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Brouzet-lès-Quissac versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Brouzet-lès-Quissac.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUXLa greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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