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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201043

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201043

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 avril 2022, le 19 septembre 2022, le 16 novembre 2022 et le 11 décembre 2023, les consorts B, membres de l'indivision B, représentée par M. A B, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le maire de Villelaure a délivré un permis de construire à la société Saint Marc Seguret, ainsi que la décision implicite rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'ordonner " le retrait des pointillés illégalement apposés () par la commune sur le plan cadastral ".

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- l'arrêté contesté comporte une indication erronée relative à la localisation des travaux autorisés ;

- il comporte une inexactitude en ce qui concerne les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables aux travaux litigieux qui doivent être réalisés en zone N de ce plan ;

- la parcelle cadastrée section AM n° 414, qui est impropre à la circulation automobile, n'est pas ouverte à la circulation publique ;

- une voie de fait a été commise et le " principe constitutionnel de propriété " a été méconnu ;

- le permis de construire a été obtenu à la suite de manœuvres frauduleuses commises par la société pétitionnaire qui avait obtenu un permis en 2007 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un " détournement de pouvoir et de procédure qui inclut l'usurpation de la compétence du juge civil " et le plan cadastral a été falsifié ;

- le projet litigieux méconnaît les articles N 1, N 2, N 3 et N 4 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ont été méconnues.

Par des mémoires en défense enregistrés les 13 juillet et 21 octobre 2022, la société civile immobilière Saint Marc Seguret, représentée par la SELARL ASCB Avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable au regard de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens invoqués par les requérants sont inopérants ou infondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, la commune de Villelaure, représentée par la SCP Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- le moyen tiré de ce que le projet litigieux porterait atteinte au droit de propriété est inopérant ;

- le projet litigieux ne méconnaît pas les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme qui lui sont applicables.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de M. B, représentant les requérants, et celles de Me d'Audigier, représentant la commune de Villelaure.

Considérant ce qui suit :

1. La société Saint Marc Seguret a déposé, le 11 octobre 2021, une demande de permis de construire en vue de la réalisation de travaux, consistant notamment en la création d'un logement, sur une construction existante implantée sur la parcelle cadastrée section AM n° 48 située sur le territoire de la commune de Villelaure. Par un arrêté du 2 novembre 2021, le maire de Villelaure a délivré le permis de construire sollicité. Les consorts B, membres de l'indivision B, demandent l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté ainsi que de la décision implicite rejetant leur recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire () ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". Selon le dernier alinéa de l'article A. 424-8 du même code : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire () sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". Le dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code dispose que : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

4. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Les tiers ne sauraient donc soutenir utilement, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, faire grief à l'administration de ne pas en avoir vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

5. La société pétitionnaire a attesté avoir qualité pour déposer sa demande de permis de construire dans le formulaire joint à celle-ci. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de Villelaure aurait disposé, à la date de l'arrêté attaqué, d'informations de nature à établir le caractère frauduleux de cette demande de permis ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que la société pétitionnaire ne disposait, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer. En outre, les permis de construire étant délivrés sous réserve des droits des tiers, la société pétitionnaire pouvait présenter sa demande en qualité de propriétaire du terrain d'assiette, et ce quand bien même l'utilisation de certaines portions de la voie de desserte du logement projeté pourrait être subordonnée à l'autorisation de propriétaires riverains, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire.

6. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis () ". Selon l'article A. 424-1 du même code : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire () prend la forme d'un arrêté ". L'article A. 424-2 de ce code prévoit que : " L'arrêté prévu au premier alinéa de l'article A. 424-1 : () / b) Vise la demande de permis () et en rappelle les principales caractéristiques : nom et adresse du demandeur, objet de la demande, numéro d'enregistrement, lieu des travaux ; / c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application () ". Aux termes du premier alinéa de l'article A. 424-9 du même code : " Lorsque le projet porte sur des constructions, l'arrêté indique leur destination et, s'il y a lieu, la surface de plancher créée ".

7. Un permis de construire, sous réserve des prescriptions dont il peut être assorti, n'a pour effet que d'autoriser une construction conforme aux plans déposés et aux caractéristiques indiquées dans le dossier de demande de permis. D'éventuelles erreurs susceptibles d'affecter les mentions, prévues par les dispositions du code de l'urbanisme citées au point précédent, devant figurer sur l'arrêté délivrant le permis ne sauraient donner aucun droit à construire dans des conditions différentes de celles résultant de la demande. Par suite, la seule circonstance que l'arrêté délivrant un permis de construire comporte des inexactitudes ou des omissions est sans incidence sur la portée et sur la légalité du permis.

8. Les plans et autres éléments joints au dossier de demande de permis de construire font clairement apparaître la consistance et la localisation des travaux projetés par la société pétitionnaire, ainsi que le classement de la parcelle d'assiette du projet pour partie en zone N du plan local d'urbanisme de Villelaure et, pour la partie restante, en zone UA de ce plan. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la circonstance alléguée, à la supposer établie, que l'arrêté contesté comporterait des mentions erronées, en ce qui concerne la localisation des travaux litigieux et les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables au projet de la société pétitionnaire, est sans incidence tant sur la portée que sur la légalité du permis de construire en litige.

9. En troisième lieu, les circonstances, à les supposer établies, que l'arrêté contesté autoriserait le passage sur la parcelle cadastrée section AM n° 414, propriété des consorts B, sans qu'une servitude ait été établie, que le projet porterait atteinte au droit de propriété et qu'une voie de fait aurait été commise, sont sans incidence sur la légalité du permis de construire en litige qui a été délivré sous réserve des droits des tiers ainsi qu'il a été dit.

10. En quatrième lieu, le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise à la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

11. Il ressort des pièces du dossier que les travaux litigieux portent sur une construction existante à destination d'habitation implantée sur un terrain desservi par une voie en impasse empruntant, dans sa partie terminale, la parcelle cadastrée section AM n° 414, laquelle jouxte le terrain d'assiette du projet. Il n'apparaît pas, au vu des seules pièces versées aux débats par les consorts B, que cette voie de circulation desservant le terrain d'assiette du projet n'était pas ouverte à la circulation publique à la date de l'arrêté contesté, et ce y compris dans sa portion située sur la parcelle cadastrée section AM n° 414. En tout état de cause, à supposer que la société pétitionnaire devrait bénéficier d'un titre pour utiliser cette portion de voie, la circonstance qu'elle n'en bénéficiait pas à la date de l'arrêté contesté ne saurait suffire à faire obstacle à la délivrance du permis de construire qui a été délivré sous réserve des droits des tiers.

12. En cinquième lieu, les moyens, à les supposer allégués, tirés de ce que le projet litigieux méconnaît les articles N 1 à N 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Villelaure ne sont, en tout état de cause, pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, il ressort du plan de masse versé au dossier que seule une partie de la construction existante est située sur la partie du terrain d'assiette classée en zone N de ce plan, cette construction étant pour l'essentiel implantée en zone UA.

13. En sixième lieu, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est assorti d'aucun commencement de justification permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la voie de desserte du logement projeté présenterait une dangerosité particulière, ni que les caractéristiques de cette voie seraient insuffisantes au regard de l'ampleur limitée des travaux projetés.

14. En septième lieu, si les consorts B se prévalent du caractère illégal, voire frauduleux, d'une autorisation d'urbanisme délivrée le 10 août 2007 en vue de la réalisation de travaux sur le terrain d'assiette du projet, ils n'assortissent, en tout état de cause, pas leurs allégations sur ce point de précisions suffisantes permettant d'en apprécier tant la portée que le bien-fondé. Il en va de même, en tout état de cause, du moyen tiré de ce que les données cadastrales auraient été falsifiées, notamment afin de permettre la réalisation du projet autorisé par cette précédente autorisation d'urbanisme.

15. En huitième lieu, un permis de construire n'a pas d'autre objet que d'autoriser des constructions conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces constructions risqueraient d'être ultérieurement transformées ou affectées à un usage non-conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci. La fraude, dont le juge de l'excès de pouvoir apprécie l'existence à la date du permis de construire, est caractérisée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, y compris, le cas échéant, au vu d'éléments dont l'administration n'avait pas connaissance à cette date, que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration ou s'est livré à des manœuvres en vue d'obtenir un permis de construire indu.

16. Si les consorts B soutiennent que les plans joints au dossier de demande de permis de construire comportent des mentions délibérément inexactes relatives à la voie de desserte du terrain d'assiette du projet, ils ne l'établissent pas par les seules pièces qu'ils versent aux débats. Au demeurant, à supposer même que le dossier de demande de permis de construire comporterait des informations erronées, cette circonstance ne saurait, à elle seule, suffire à faire regarder la société pétitionnaire comme s'étant livrée, à l'occasion du dépôt de sa demande, à des manœuvres destinées à tromper l'administration. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire aurait été obtenu par fraude.

17. En neuvième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de tout ce qui a été dit précédemment, que l'arrêté attaqué serait entaché d'un détournement de pouvoir ou de procédure.

18. En dixième et dernier lieu, les consorts B ne peuvent utilement se prévaloir des vices propres de la décision ayant rejeté leur recours gracieux dirigé contre le permis de construire en litige.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête des consorts B doit être rejetée, y compris, en tout état de cause, leurs conclusions à fin d'injonction.

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Villelaure et par la société Saint Marc Seguret sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villelaure et par la société Saint Marc Seguret au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la commune de Villelaure et à la société civile immobilière Saint Marc Seguret.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLa présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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