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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201125

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201125

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201125
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGELY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril 2022 et 8 mars 2024, la SARL Location Immobilière Sommières, représentée par Me Gely, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 février 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé d'autoriser l'installation d'enseignes pour l'établissement " Lis Immobilier " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une autorisation d'installation d'enseignes conforme à sa demande du 20 décembre 2021 ou à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise à l'issue A procédure irrégulière, dès lors que l'absence de communication de l'avis de l'architecte des bâtiments de France et l'absence de mention des voies et délais de recours contre cet avis ainsi que l'impose l'article L. 632-2 III du code du patrimoine, l'ont privée de la possibilité de contester directement cet avis, portant ainsi atteinte à son droit au recours et aux droits de la défense ;

- les enseignes existantes au moment de son arrivée dans le local ont été installées il y a plus de trente ans, avant l'adoption du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur ;

- la décision attaquée est illégale par voie d'exception d'illégalité du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur ; ce règlement, en tant qu'il ne définit pas de hauteur maximum pour l'implantation des enseignes en rez-de-chaussée permettant l'harmonisation de celles-ci alors que les hauteurs d'étages diffèrent considérablement entre les immeubles situés dans le périmètre de protection, crée de fait une inégalité de traitement entre les différents commerces ;

- les griefs retenus par le préfet pour refuser l'autorisation sollicitée créent une rupture d'égalité avec les autres commerces dès lors que l'immeuble qui accueille son local commercial dispose A devanture commerciale au rez-de-chaussée très réduite par rapport aux commerces directement voisins ne permettant pas l'installation A enseigne publicitaire ; sa différence de situation justifiait une différence de traitement ;

- la décision contestée est entachée A erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2023 et 25 mars 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une lettre du 5 août 2024, les parties ont été informés, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la compétence liée du préfet du Gard pour refuser la délivrance de l'autorisation sollicitée, dès lors que l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France constitue un avis conforme qui lie l'autorité administrative, laquelle est tenue de refuser l'autorisation d'installation des enseignes lorsque l'avis est défavorable, rendant inopérants les moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté du 7 février 2022.

A réponse à ce moyen d'ordre public, présenté pour le préfet du Gard, a été enregistrée le 23 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- vu le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de Me Gely, représentant la SARL Location Immobilière Sommières.

Considérant ce qui suit :

1. La société Location immobilière Sommières, exploite sous la dénomination commerciale " LIS Immobilier " une agence immobilière, sise 7 place de la Libération à Sommières. Cette société a déposé une demande d'autorisation préalable afin de régulariser la modification des enseignes commerciales opérée lors de la reprise du local commercial en 2015. Le 2 février 2022, l'architecte des bâtiments de France a rendu un avis défavorable au dispositif présenté par la société dans sa demande. Par un arrêté du 7 février 2022, le préfet du Gard a refusé de délivrer l'autorisation sollicitée. Par la présente requête, la société Location Immobilière Sommières demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 581-18 du code de l'environnement : " () Sur les immeubles et dans les lieux mentionnés aux articles L. 581-4 et L. 581-8, ainsi que dans le cadre d'un règlement local de publicité, l'installation A enseigne est soumise à autorisation. () ". Aux termes de l'article R. 581-16 du même code : " () II. - L'autorisation d'installer une enseigne prévue à l'avant-dernier alinéa de l'article L. 581-18 est délivrée par l'autorité compétente en matière de police : 1° Après accord de l'architecte des Bâtiments de France lorsque cette installation est envisagée sur un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques ou protégé au titre des abords en application de l'article L. 621-30 du code du patrimoine ou situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ; () ". Enfin, aux termes de l'article 11D.1 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Sommières : " - Principes généraux-Les enseignes doivent être en harmonie avec la façade du bâtiment et la devanture commerciale. Les enseignes doivent être maintenues dans la hauteur du rez-de-chaussée. ". Aux termes de l'article 11D.2 de ce même règlement : " Enseignes en applique-Les enseignes en applique doivent être implantées dans l'emprise de la devanture commerciale ". Aux termes de son article 11D.2-1 : " Enseignes en applique sur devantures en feuillure-L 'emplacement, la taille et le type d'enseigne doivent être étudiés de façon à laisser lire la continuité de la façade de l'immeuble. / On doit se limiter soit à la raison sociale, soit au type de produit vendu ou fabriqué, soit au nom de la société dont le magasin est succursale ou à la marque vendue. / Les types d'enseignes suivants sont préconisés : Des lettres découpées, posées soit sans fond directement sur la façade, soit sur une plaque de Plexiglas transparent décollée du mur. Ces enseignes doivent être éclairées indirectement par des spots orientables discrets. Des lettres lumineuses sur la tranche ou par l'arrière, la face étant opaque et sombre. Ce système présente l'avantage de constituer une tache lumineuse sur la façade mettant en évidence le texte ". Et enfin, aux termes de l'article 11D.3 dudit règlement : " Enseignes en potence ou en drapeau-Dans le cas A devanture en applique, la hauteur de l'enseigne doit être limitée à celle du bandeau horizontal. / Dans le cas A devanture en feuillure, la hauteur de l'enseigne doit être limitée à celle définie par le niveau des appuis des baies de l'étage. / L'épaisseur maximum doit être de 5 cm, la saillie et la hauteur maximum de 0,60 m. / A enseigne en potence par devanture est admise ".

3. Il résulte des dispositions précitées du code de l'environnement que la délivrance A autorisation d'installation d'enseigne est subordonnée, lorsque l'enseigne se situe dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine, comme c'est le cas en l'espèce, à l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France. Toutefois, cet avis ne constitue pas une décision susceptible de recours et, ne peut être contesté qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus d'installation d'enseigne.

4. Il est constant que l'immeuble sur la façade duquel la société requérante a installé les enseignes en litige est situé dans le périmètre du site patrimonial remarquable de la commune de Sommières. Dès lors, en vertu des dispositions précitées, la délivrance par le préfet du Gard de l'autorisation d'installation des enseignes litigieuses était subordonnée à l'accord préalable de l'architecte des bâtiments de France. Or, dans son avis du 2 février 2022, ce dernier a relevé que l'immeuble concerné par les travaux de pose d'enseigne est situé dans le site patrimonial remarquable de Sommières et qu'il est repéré comme immeuble ou partie d'immeuble à conserver au titre de son intérêt patrimonial de type b et que les travaux d'installations d'enseignes proposés ne sont pas conformes aux articles 11D1.1, 11D.2, 11D.2.1 et 11D.3 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur. Compte tenu de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, le préfet du Gard était en situation de compétence liée pour refuser l'autorisation demandée. Si ainsi qu'il a été dit au point précédent, cet avis a le caractère A mesure préparatoire insusceptible de recours, il était loisible à la société requérante d'exciper de l'illégalité de cet avis dans la présente instance. Dans ces conditions, et dès lors que la société Location Immobilière Sommières ne formule aucune critique à l'encontre de cet avis, l'ensemble de ses moyens dirigés contre l'arrêté du 7 février 2022 en litige ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Location Immobilière Sommières est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Location Immobilières Sommières et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

B. SARAC-DELEIGNE

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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