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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201153

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201153

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2022 et 24 février 2023, les sociétés Totem France SA et Orange, représentées par Me Gentilhomme, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le maire d'Avignon s'est opposé aux travaux déclarés par la société Totem France SA en vue du remplacement d'antennes-relais de téléphonie mobile ;

2°) d'enjoindre au maire d'Avignon de délivrer à la société Totem France SA une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Avignon le versement de la somme de 5 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce que le maire s'est estimé à tort lié par l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ;

- les motifs tirés de la méconnaissance des articles SA-SB 4 et SA-SB-11-7 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) sont infondés ;

- les substitutions de motifs invoquées en défense doivent être écartées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, la commune d'Avignon, représentée par la SELARL Maillot Avocats et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des sociétés requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société Orange n'a pas intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la déclaration préalable en litige aurait pu être fondée sur la méconnaissance des articles SA-SB-4 et SA-SB-11-7 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Guranna pour les sociétés requérantes et celles de Me Coello pour la commune d'Avignon.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 janvier 2022, la société Totem France a déposé auprès des services de la commune d'Avignon une déclaration préalable de travaux pour le remplacement d'antennes relais sur un terrain situé place Pie, parcelle cadastrée section DK n° 721. Les sociétés Totem France et Orange demandent au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le maire d'Avignon s'est opposé à la déclaration préalable.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de la société Orange :

2. Dès lors qu'il admet l'intérêt d'un des requérants pour demander l'annulation de la décision attaquée, le juge peut ne pas examiner l'intérêt ou la qualité à agir des autres demandeurs. Par suite, à supposer même que la société Orange, pour le compte de laquelle les travaux déclarés par la société Totem France ont vocation à être réalisés, n'ait pas intérêt à agir contre la décision attaquée, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête sur ce point doit être écartée dès lors que la requête est également présentée la société Totem France, dont l'intérêt à agir est établi et n'est d'ailleurs pas contesté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. () " L'article L. 632-2 de ce code dispose que : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () " En vertu de l'article L. 632-2-1 du même code : " Par exception au I de l'article L. 632-2, l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est soumise à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France lorsqu'elle porte sur : 1° Des antennes relais de radiotéléphonie mobile ou de diffusion du très haut débit par voie hertzienne et leurs systèmes d'accroche ainsi que leurs locaux et installations techniques () "

4. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable en cause porte sur le remplacement d'antennes-relais sur un terrain situé dans l'emprise du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune d'Avignon et que l'architecte des Bâtiments de France, saisi dans les conditions définies par l'article L. 632-2-1 précité du code de l'urbanisme, a émis un avis simple défavorable au projet le 28 janvier 2022. Il ressort, en outre, de la rédaction de l'arrêté attaqué, qui se borne à reprendre à son article 2 les motifs de cet avis qu'il qualifie de conforme sans porter une appréciation distincte sur la conformité du projet à la réglementation applicable, que le maire d'Avignon a estimé à tort qu'il était lié par son contenu. Les requérantes sont, dès lors, fondées à soutenir que le maire a ainsi entaché sa décision d'erreur de droit.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas susceptibles de fonder l'annulation de la décision attaquée.

Sur les substitutions de motifs invoquées en défense :

6. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article SA-SB-4 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune d'Avignon : " () 6 - Antennes d'émission-réception : Sont concernés les réseaux de télévision, radio-téléphone et télé-communications. Tous travaux justifiant d'un permis de construire ou d'une autorisation spéciale de travaux entraîneront " l'équipement intérieur " de l'immeuble. Leur implantation sur les façades et versants de toitures visibles depuis l'espace public est interdite () ".

8. D'autre part, la circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan de sauvegarde et de mise en valeur régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'une décision de non-opposition à déclaration préalable s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.

9. Il ressort des pièces du dossier que la déclaration préalable en litige porte sur le remplacement d'antennes-relais existantes implantées en toiture d'un bâtiment classé en secteur SA-SB du plan de sauvegarde et de mise en valeur et visibles depuis l'espace public, en méconnaissance de l'article SA-SB-4 précité, dont la rédaction ne révèle pas qu'il n'aurait pas vocation à s'appliquer aux constructions existantes. Il ressort toutefois des pièces du dossier de déclaration préalable, et notamment de la notice descriptive et des documents d'insertion, que les antennes-relais à installer seront d'une taille plus réduite que celles existantes et donc moins perceptibles depuis la voie publique. Le projet a, de ce fait, pour effet de rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions citées au point 7 et leur méconnaissance n'était donc pas susceptible de fonder l'opposition à déclaration préalable contestée.

10. En deuxième lieu, en application de l'article SA-SB-11-7 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune d'Avignon : " () f) Antennes et paraboles : () L'installation d'antennes de réception de radio et de télévision et d'antennes paraboliques apparentes depuis les espaces publics est interdite. De même ces installations sont interdites si elles se situent dans le champ de visibilité depuis les terrasses du Palais des Papes. Dans les autres cas, il y a lieu d'assurer la meilleure intégration possible dans les volumes de construction. Un seul dispositif de rétention apparent est autorisé par immeuble () ".

11. Ainsi que le font valoir les sociétés requérantes, les antennes-relais projetées, qui participent au fonctionnement du réseau de téléphonie mobile, ne constituent ni des antennes de réception de radio et de télévision, ni des antennes paraboliques. Elles ne sont, dès lors, pas soumises au respect des dispositions citées au point précédent et leur violation n'était pas susceptible de fonder la décision attaquée.

12. En dernier lieu, en application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

13. S'il est établi que le secteur dans lequel s'insère le projet, qui fait l'objet d'une protection au titre du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune, présente un intérêt et un caractère architectural particuliers, il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'exposé précédemment, le projet implique uniquement le remplacement d'antennes-relais existantes par des antennes-relais de taille plus réduite, limitant ainsi leur impact visuel depuis l'espace public. Il n'est, par suite, pas de nature à entraîner une atteinte à l'aspect des lieux, de sorte que le maire d'Avignon n'aurait pu légalement s'y opposer au titre des dispositions précitées. La commune d'Avignon n'est, dès lors, pas fondée à demander que les motifs qu'elle invoque soient substitués à ceux indiqués dans la décision attaquée.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 16 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, l'exécution du présent jugement implique que le maire d'Avignon délivre à la société Totem France SA une décision de non-opposition à déclaration préalable. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Avignon le versement aux sociétés Totem France et Orange d'une somme de 1 200 euros au titre des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire d'Avignon du 16 février 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Avignon de délivrer à la société Totem France SA une décision de non-opposition à la déclaration préalable sollicitée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune d'Avignon versera aux sociétés Totem France SA et Orange une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune d'Avignon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Totem France SA, à la société Orange et à la commune d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024 où siégeaient :

- M. Ciréfice, président,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

C. CIREFICELa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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