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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201162

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201162

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201162
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. A C, représenté par Me Hamza, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°REG/84/2022/1018 du 7 février 2022 par lequel le préfet de Vaucluse refuse de l'admettre au séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de 60 jours et fixe son pays de renvoi,

- d'enjoindre la délivrance d'un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir, subsidiairement le réexamen de son dossier, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; dans l'attente d'enjoindre la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte,

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, outre que sa requête a été introduite dans le délai de recours contentieux, que :

* S'agissant du refus de séjour :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'examen particulier de sa demande ;

- il a été pris en méconnaissance du 1° et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

* S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 15 mars 2022.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Hamza pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du 7 février 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet de Vaucluse par M. E B. Par arrêté du 18 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Préfecture de Vaucluse le même jour, M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de signer en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. D'une part, M. C qui soutient être entrée en France le 12 mai 2011, prétend remplir la condition de présence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans lui permettant de bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence d'un an. Toutefois, les pièces, essentiellement médicales, qu'il produit à l'appui de ses allégations, ne sont pas de nature à démontrer la continuité de son séjour sur le territoire national. Dans ces conditions, il n'établit pas sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans.

5. D'autre part, il a fait l'objet le 27 mars 2013 d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré, le 6 janvier 2014, d'une mesure de placement en rétention administrative qui n'a pu être mise à exécution et le 7 octobre 2019, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de territoire, dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans et la cour administrative d'appel de Marseille, qu'il n'a pas davantage exécuté. Si son père et un de ses frères sont de nationalité française, et si sa mère est titulaire d'une carte de résident de dix ans, lui-même est célibataire et sans enfant. Il est arrivé en France après avoir vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 35 ans. Il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident deux de ses frères et sa sœur. Il ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, que l'état de santé de ses parents nécessiterait une aide pour l'accomplissement des gestes de la vie quotidienne, que lui seul serait en mesure de leur apporter, alors qu'un de ses frères réside dans le même département. Dans ces conditions, le préfet de Vaucluse a pu légalement refuser de délivrer à M. C un certificat de résidence sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le préfet de Vaucluse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser la situation de M. C au regard de son droit au séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit plus haut, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le préfet de Vaucluse a pu légalement faire obligation à M. C de quitter le territoire français dans le délai de trente jours sans méconnaitre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Hamza et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

P. D Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220116

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