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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201204

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201204

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET AD & M

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. et Mme A, qui contestaient la délibération du conseil municipal de Jonquières-Saint-Vincent refusant leur demande de cession d’un fond d’impasse. Les requérants invoquaient notamment un défaut d’information des conseillers municipaux, une erreur de fait et une erreur de droit sur le classement de la voie dans le domaine public. Le tribunal a jugé que la procédure était régulière et que les moyens soulevés étaient infondés, sans préciser de solution différente sur le fond du classement. La décision s’appuie sur les articles L. 2121-12, L. 2121-13 et L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 avril 2022, le 29 novembre 2023 et le 15 janvier 2024, M. et Mme A, représentés par Me Frayssinet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 078-2021 du 21 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Jonquières-Saint-Vincent a rejeté leur demande de cession du fond d'impasse correspondant à l'adresse postale 5 rue des Picardes, ensemble la décision du 16 février 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Jonquières-Saint-Vincent une somme de

3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération du 21 octobre 2021 est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales à défaut pour les conseillers municipaux d'avoir disposé d'une information suffisante avant de délibérer ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle désigne successivement le fond d'impasse comme étant propriété de la commune et son usage privatif par les époux A ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en l'absence d'affectation de la voie à la circulation générale et à l'usage public, la seule présence de réseaux publics souterrains ne déterminant pas l'appartenance de la voirie au domaine public communal ;

- en procédant au classement de la voie dans le domaine public communal, elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation pour les mêmes motifs.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 novembre 2023, le 14 décembre 2023 et le 7 février 2024, la commune de Jonquières-Saint-Vincent, représentée par son maire, ayant pour avocat le cabinet AD et M en la personne de Me Mahistre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des époux A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cambrezy,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de Me Frayssinet, représentant M. et Mme A, et B représentant la commune de Jonquières-Saint-Vincent.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux A, propriétaires de trois parcelles inscrites au cadastre de la commune de Jonquières-Saint-Vincent sous les numéros AB 159, 160 et 161, ont demandé au maire, par un courrier du 8 octobre 2021, de soumettre au conseil municipal leur proposition tendant à acquérir auprès de la commune le fond d'impasse situé perpendiculairement à la rue des Picardes et desservant leur propriété, d'une superficie approximative de 30 mètres carrés. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la délibération du 21 octobre 2021 par laquelle le conseil municipal a rejeté cette proposition d'acquisitionet la décision du maire de la commune du 16 février 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". En application de l'article L. 2121-29 du même code : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. Il donne son avis toutes les fois que cet avis est requis par les lois et règlements, ou qu'il est demandé par le représentant de l'Etat dans le département ". Il résulte de ces dispositions que les membres du conseil municipal tiennent de leur qualité de membres de l'assemblée municipale appelés à délibérer sur les affaires de la commune, le droit d'être informés de tout ce qui touche à ces affaires dans des conditions leur permettant de remplir normalement leur mandat. Dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la convocation adressée aux membres du conseil municipal de Jonquières-Saint-Vincent à la séance du conseil municipal du 21 octobre 2021 comportait un point 7 relatif à la demande d'acquisition d'une parcelle de terrain communal, un rapport de présentation tenant lieu de note explicative de synthèse rappelant l'objet de la demande des requérants, les informations relatives au terrain convoité et deux annexes représentant le plan cadastral du secteur. Les dispositions du code général des collectivités territoriales précitées n'imposaient pas au maire la transmission d'autres pièces, notamment pas le recours gracieux présenté par les requérants contre sa décision du 21 décembre 2020, ni la délibération du conseil municipal du 24 juin 1959 portant classement des chemins vicinaux et ruraux ainsi que des voies urbaines, lesquels étaient, en tout état de cause, mentionnés dans la note explicative de synthèse. Dès lors, les conseillers municipaux n'ont pas été tenus sciemment dans l'ignorance d'éléments d'information connus du maire et ont été mis en mesure d'en prendre connaissance. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'acte notarial de vente du 20 mai 2019 par lequel les époux A ont acquis les parcelles AB 159, 160 et 161 d'une superficie respective de 92, 16 et 62 m² ni des données publiques de référence produites par l'Institut géographique national et librement accessibles au public sur le site internet geoportail.gouv.fr, que le fond d'impasse en litige fasse partie du terrain d'assiette desdites parcelles. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait entachant la délibération attaquée en ce qu'elle mentionne, au demeurant sans contradiction, le fond d'impasse comme étant propriété de la commune et son usage privatif par les époux A, doit être écarté.

5. En troisième lieu, saisi d'une délibération par laquelle un conseil municipal refuse de vendre à un particulier une parcelle dont la commune est propriétaire, le juge de l'excès de pouvoir exerce sur les motifs de ce refus un contrôle qui se limite à apprécier s'ils ne sont pas étrangers à des préoccupations d'intérêt communal.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la délibération en litige, que le conseil municipal de Jonquières-Saint-Vincent, pour refuser de vendre aux époux A une parcelle du domaine communal attenante à leur propriété, a fondé cette décision sur la présence de réseaux publics d'adduction d'eau potable, d'assainissement des eaux usées, de gaz et de téléphonie et l'absence d'intérêt tant pour la collectivité que les gestionnaires de ces réseaux de contracter des servitudes de passage avec un ou des propriétaires privés. Ainsi, et indépendamment du statut domanial de la voie, les motifs retenus par le conseil municipal de Jonquières Saint-Vincent pour justifier le refus de la céder aux époux A ne sont pas étrangers à des préoccupations d'intérêt communal. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la délibération qui n'a, au demeurant, pas eu pour objet ni pour effet de procéder au classement de la voie dans le domaine public communal, ne sont pas fondés.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la délibération n° 078-2021 du 21 octobre 2021doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de la commune de Jonquières-Saint-Vincent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et à la commune de Jonquières-Saint-Vincent.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. CAMBREZY

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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