jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2201236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GARREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, Mme D C, représentée par Me Garreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a refusé de prendre en charge ses arrêts du travail du 15 avril au 5 mai 2019 au titre des suites de l'accident survenu en 1998 et l'a placée en congé de maladie ordinaire sur cette période ;
2°) d'enjoindre au préfet de la zone de défense et de sécurité sud de prendre en compte les arrêts de travail du 15 avril au 5 mai 2019 au titre des suites de l'accident de service du 18 novembre 1998 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le rapport médical du 18 octobre 2019 réactualisé impute ses arrêts de travail à une nouvelle rechute de l'accident de service de 1998 ;
- le tribunal, dans son jugement du 19 avril 2022, a estimé que les arrêts de travail postérieurs à la période litigieuse du mois d'avril 2019, sont également imputables à la rechute d'accident de service du 18 novembre 1998 ; elle a subi à la suite de l'arrêt de travail en litige, deux nouvelles interventions chirurgicales le 1er juillet 2019 et le 19 septembre 2019 qui sont en lien avec l'accident de service initial ;
- contrairement aux affirmations de l'administration son affection n'est pas stabilisée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Garreau, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, gardien de la paix en fonction à l'école nationale de la police de Nîmes, a été victime le 18 novembre 1998 d'un accident reconnu imputable au service qui a donné lieu au versement d'une allocation d'invalidité temporaire. Par une décision du 10 mars 2005, le taux d'invalidité de l'intéressée a été ramené de 10% à 5 %, la privant du versement de cette allocation. En avril 2001, l'administration a reconnu une rechute de cet accident et a fixé la date de consolidation au 1er juin 2001. Par un arrêté du 4 décembre 2019, pris en exécution du jugement n°1703871 du 12 novembre 2019 du tribunal, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a reconnu l'imputabilité au service de la rechute du 5 novembre 2012 et a placé l'intéressée en arrêt de travail à ce titre du 5 novembre 2012 au 24 novembre 2013 inclus. Par un autre arrêté du 25 juillet 2022, pris en exécution du jugement n° 2001118 du 19 avril 2022, le préfet a reconnu l'imputabilité au service de la rechute subie par Mme C le 3 novembre 2017 et les congés de maladie correspondant prescrits pour la période du 3 novembre 2017 au 19 mars 2018, ainsi que l'imputabilité des arrêts de travail à compter de la nouvelle opération du rachis lombaire L4-L5 intervenue le 1er juillet 2019 et des congés de maladie correspondant prescrits à compter de cette date jusqu'au 30 avril 2020. Par un arrêté du 21 février 2022, le préfet a parallèlement rejeté la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail prescrits pour la période du 15 avril au 5 mai 2019 au titre des suites de l'accident de service initial, et a placé Mme C en position de congé de maladie ordinaire. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la zone de défense et de sécurité sud :
2. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé () ".
3. Il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration, en dehors toutefois des hypothèses, prévues par les articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, où les mesures sollicitées constituent des mesures d'exécution d'une décision rendue par lui.
4. En l'espèce, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme C constituent des conclusions accessoires à ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 février 2022 rejetant sa demande de reconnaissance de l'imputabilité des arrêts de travail du 15 avril 2019 au 5 mai 2019 au titre des suites de l'accident survenu en 1998. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le préfet, tirée de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction qui auraient été présentées à titre principal, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. /Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ". Le bénéfice de ces dispositions est subordonné, en cas d'accident de service, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de la pathologie du fonctionnaire, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.
6. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'accident de service du 18 novembre 1998 et aux nouvelles séquelles des 5 novembre 2012 et 3 novembre 2017, la requérante a continué à ressentir des douleurs qui ont amené son médecin traitant à lui prescrire, le 15 avril 2019, un arrêt de travail pour " canal lombaire étroit en regard de l'interligne L4-L5 gauche découlant des séquelles lombaires L4-S1 et des discopathies avec séances de kinésithérapie à réaliser ". Par ailleurs, postérieurement aux arrêts de travail en litige, Mme C a subi deux nouvelles interventions chirurgicales le 1er juillet 2019 et le 19 septembre 2019 consistant respectivement en une opération du rachis lombaire L4-L5 et une neurolyse du nerf sciatique le 19 septembre 2019, qui ont été reconnues comme imputables à l'accident de service initial.
7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser à la requérante le bénéfice des dispositions précitées pour la période du 15 avril 2019 au 5 mai 2019, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud, suivant l'avis défavorable de la commission de réforme interdépartementale du 16 décembre 2021, s'est fondé sur " l'absence de rechute à rattacher à l'accident du fait de l'état antérieur marqué sans fait nouveau et l'absence d'aggravation de l'état séquellaire ". Toutefois, ainsi qu'il a été dit, le bénéfice des dispositions citées au point 5 n'est pas subordonné à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de la pathologie du fonctionnaire, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service. En l'espèce, la circonstance que les douleurs persistantes présentent la même symptomatologie que celles ayant conduit aux arrêts de travail prescrits antérieurement suffit pour considérer qu'il existe un tel lien direct et certain entre ces symptômes et l'accident de service initial. Contrairement à ce que soutient le préfet, il ne ressort pas du rapport réactualisé du Dr A du 10 février 2020 que les douleurs de la requérante pourraient être la conséquence d'un état antérieur et notamment de la chute sur le coccyx survenue en 1993. Si le rapport du Dr B, médecin inspecteur zonal de la police, retient sans autre précision, l'absence de continuité évolutive depuis 1998 et l'existence d'un important état antérieur, eu égard à son caractère peu circonstancié, ce rapport qui se fonde pour l'essentiel sur les refus opposés aux différentes demandes de rechutes de Mme C, lesquels ont été au demeurant annulés par le tribunal, n'est pas de nature à remettre en cause les conclusions de l'expertise du Dr A qui conclut que " l'accident a provoqué une dégénérescence arthrosique précoce et accélérée du rachis cervical et lombaire sans discontinuité dans la prise en charge thérapeutique () " et que les nouveaux éléments de 2019 " prouvent de manière indubitable, que la dégénérescence arthrosique est bien en rapport avec cet accident et que le vieillissement précoce articulaire est directement en rapport avec cet accident de 1998 puisqu'il occasionne des séquelles arthrosiques considérables ".
8. Compte tenu de ces éléments, Mme C est fondée à soutenir qu'en refusant de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail prescrits pour la période du 15 avril 2019 au 5 mai 2019, le préfet a commis une erreur d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de défense de la zone de défense et de sécurité sud reconnaisse l'imputabilité au service des arrêts de travail prescrits du 15 avril 2019 au 5 mai 2019, en régularisant en conséquence la situation de l'intéressée. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la zone de défense et de sécurité sud du 21 février 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la zone de défense et de sécurité sud de reconnaître l'imputabilité au service des congés de maladie de Mme C pour la période du 15 avril 2019 au 5 mai 2019, en régularisant en conséquence la situation de l'intéressée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement
Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité sud.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,
Mme Mazars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
B. SARAC-DELEIGNE
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026