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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201309

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201309

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL RETEX AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 avril 2022, M. B A, représenté par

Me Cunin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le maire de Mondragon a refusé de lui délivrer un permis de construire, ainsi que la décision du 12 avril 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Mondragon de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mondragon la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le motif de refus fondé sur l'article A 4 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'illégalité ;

- la décision rejetant son recours gracieux ne pouvait être fondée sur de nouveaux motifs ;

- le projet litigieux, qui peut être autorisé en vertu de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme, ne méconnaît pas l'article A 1 de ce règlement ;

- le projet litigieux ne méconnaît pas les dispositions du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Lez.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2022, la commune de Mondragon, représentée par Me Blanc, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A 4 du règlement du plan local d'urbanisme est inopérant ;

- elle sollicite une substitution de motifs dès lors que la construction implantée sur le terrain d'assiette n'a pas été régulièrement édifiée et que la demande ne prévoit pas sa régularisation, que le refus de permis de construire en litige peut être fondé sur les articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme, ainsi que sur les articles 1er et 2 du règlement de la zone rouge du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Lez.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Cunin, représentant M. A, et celles de Me Breysse, représentant la commune de Mondragon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé, le 22 février 2022, une demande de permis de construire en vue de l'installation d'un mobil-home et de l'édification d'une terrasse couverte sur un terrain situé chemin des Rosières sur le territoire de la commune de Mondragon. Par un arrêté du 10 mars 2022, le maire de Mondragon a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté et de la décision du 12 avril 2022 portant rejet de son recours gracieux.

2. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par M. A, le maire de Mondragon, après avoir précisé que le terrain d'assiette est classé en zone A du plan local d'urbanisme communal et inclus dans la zone rouge du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant du Lez, a estimé que le projet litigieux n'était pas raccordable au réseau d'adduction d'eau potable ainsi qu'au réseau d'eaux usées, en l'absence de ces réseaux à proximité du terrain d'assiette.

3. Aux termes du 1, intitulé " Alimentation en eau potable ", de l'article A 4 du règlement du plan local d'urbanisme de Mondragon : " Toute construction ou installation à usage d'habitation () doit être alimentée en eau potable par branchement sur un réseau collectif public de distribution de capacité suffisante, ou en cas d'impossibilité, par une ressource privée (captage, forage, puits), sous réserve de la conformité vis-à-vis de la réglementation en vigueur () ". Le 2, intitulé " Assainissement ", du même article A 4 dispose que : " () / Pour les constructions visées à l'article A 2, et en l'absence du réseau public d'assainissement, toutes les eaux et matières usées doivent être dirigées sur des dispositifs d'assainissement non collectifs conformes à la réglementation en vigueur () ".

4. M. A soutient, sans être contredit, que le bâtiment implanté sur le terrain d'assiette du projet est alimenté en eau potable par un forage existant et que ce bâtiment est relié à un dispositif d'assainissement non collectif. Le dossier de demande de permis de construire fait état de la présence, sur le terrain d'assiette du projet, d'un système d'alimentation en eau potable ainsi que d'un dispositif d'assainissement individuel " aux normes ". Dans ces conditions, en se fondant sur le motif énoncé au point 2, le maire de Mondragon a fait une inexacte application des dispositions citées ci-dessus de l'article A 4 du règlement du plan local d'urbanisme.

5. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ". Saisi d'une demande d'annulation d'un refus de permis de construire, le juge administratif doit examiner l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision ainsi, le cas échéant, que ceux qu'elle a pu invoquer en cours d'instance.

7. La commune de Mondragon fait notamment valoir, à l'appui de sa demande de substitution de motifs, que la demande de permis de construire déposée par M. A ne prévoit pas la régularisation de la construction illégalement implantée sur le terrain d'assiette du projet.

8. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

9. Il ressort du dossier de demande de permis de construire déposé par M. A que le projet litigieux consiste en l'installation d'un " mobil-home ", lequel doit être accolé à un bâtiment implanté sur le terrain d'assiette, ainsi qu'en la création d'une terrasse couverte dans le prolongement de ce bâtiment. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas même allégué par le pétitionnaire, que ce bâtiment qualifié d'" existant " dans cette demande aurait été régulièrement édifié. Dans ces conditions, et compte tenu des liens physiques et fonctionnels entre les travaux projetés et ce bâtiment, il appartenait au pétitionnaire, ainsi que le fait valoir la commune défenderesse, de présenter une demande de permis de construire portant sur l'ensemble des éléments de construction à régulariser et non sur les seuls travaux mentionnés dans son dossier de demande. Il suit de là qu'un refus de permis de construire devait être opposé à M. A.

10. Il résulte de l'instruction que le maire de Mondragon aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur le motif évoqué au point précédent. Dès lors, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs sollicitée par la commune défenderesse, laquelle ne prive

M. A d'aucune garantie procédurale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Mondragon du 10 mars 2022, ni celle de la décision du 12 avril 2022 portant rejet de son recours gracieux.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Mondragon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mondragon au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Mondragon.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLa présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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