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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201350

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201350

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantAARPI AD&M

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2022 sous le n° 2201350, complétée par un mémoire enregistré le 31 janvier 2024, Mme C B, représentée par Me Allegret-Dimanche, demande au tribunal :

- d'annuler les décisions du 3 mars 2022 et du 14 avril 2022 par lesquelles le président du Conseil départemental du Gard a décidé de procéder à la réduction de son agrément de trois à un enfant, et de mettre fin à son engagement le 30 juin 2022 ;

- de mettre à la charge du conseil départemental du Gard une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la légalité de la décision du 3 mars 2022 :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme en ce que son signataire n'avait pas délégation pour signer un tel acte ; elle est en outre insuffisamment motivée ;

- la présidence du conseil départemental n'a pas transmis sa décision de réduction d'agrément dans un délai raisonnable suite à l'avis de la commission consultative paritaire départementale ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où elle n'a pas été transmise au maire de sa commune ;

- la décision de réduction d'agrément est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle repose sur des faits non démontrés.

Sur la légalité de la décision du 14 avril 2022 :

- le courrier en date du 14 avril 2022 portant non renouvellement du contrat ne comporte pas le nom et la qualité du signataire de l'acte ;

- le non renouvellement de son contrat de travail est illégal dès lors que d'une part, la décision du 03 mars 2022 n'était pas définitive, étant contestée devant le tribunal administratif et d'autre part, elle était en situation d'accident de travail, reconnu comme tel par l'assurance maladie par décision du 8 juillet 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le conseil départemental du Gard, représenté par sa présidente, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D Parisien ;

- les conclusions de Mme Wendy Lellig, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Allegret-Dimanche pour Mme B.

Une note en délibéré a été produite dans les intérêts de Mme B le 31 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B bénéficie depuis le 13 décembre 1999 d'un agrément d'assistante familiale pour l'accueil permanent à son domicile à titre onéreux d'un enfant âgé de 0 à 21 ans délivré par le président du Conseil départemental de l'Isère. A compter d'octobre 2020, Mme B a emménagé dans le Gard et un maintien d'agrément lui a été accordé le 8 décembre 2020 pour 3 enfants âgés de 0 à 21 ans délivré par le président du Conseil départemental du Gard pour une durée déterminée du 1er janvier 2021 au 30 juin 2022. Les services du département du Gard ont été saisis le 31 mai 2021 d'une information, nécessitant le départ en urgence des enfants qui étaient confiés à Mme B. Par suite, la requérante a été informée de la suspension de son agrément pour une durée de 4 mois par un courrier du 2 juin 2021. Le 3 mars 2022, le Conseil départemental, suite à l'avis de la commission consultative paritaire départementale, a décidé de réduire l'agrément de Mme B. Le 14 avril 2022, la présidente du Conseil départemental a informé Mme B du non renouvellement de son contrat au-delà du 30 juin 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité de la décision du 3 mars 2022 réduisant l'agrément de Mme B :

2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. (). L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Les modalités d'octroi ainsi que la durée de l'agrément sont définies par décret. Cette durée peut être différente selon que l'agrément est délivré pour l'exercice de la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial. Les conditions de renouvellement de l'agrément sont fixées par ce décret. Sans préjudice des dispositions de l'article L. 421-9, le renouvellement de l'agrément des assistants familiaux est, sous réserve des vérifications effectuées au titre du sixième alinéa du présent article, automatique et sans limitation de durée lorsque la formation mentionnée à l'article L. 421-15 est sanctionnée par l'obtention d'une qualification. ". Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié (). ". Aux termes de l'article R 421-24 du même code : " Le président du conseil départemental informe sans délai la commission consultative paritaire départementale de toute décision de suspension d'agrément prise en application de l'article L. 421-6. La décision de suspension d'agrément fixe la durée pour laquelle elle est prise qui ne peut en aucun cas excéder une période de quatre mois. ".

En ce qui concerne la légalité externe :

3. En premier lieu, la décision contestée vise notamment les dispositions de l'article L. 421-6 et R 421-24 du code de l'action sociale et des familles, et mentionne avec précision les éléments de fait conduisant à considérer que les conditions d'accueil et de mise en sécurité des enfants n'étaient pas réunies, permettant à Mme B d'en comprendre le motif à sa seule lecture et de le contester utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté n° 01-DAJCP-2022 du 17 janvier 2022 donne délégation en son article 19 à la directrice adjointe de l'enfance et de la petite enfance pour signer notamment : " Tous les actes, conventions, décisions et correspondances relatifs aux agréments des assistants maternels et des assistants familiaux ". Cet arrêté a été affiché et rendu exécutoire le 18 janvier 2022. En l'espèce, la directrice adjointe de l'enfance et de la petite enfance a signé la décision de réduction de l'agrément d'assistante familiale de Mme B pour lequel elle avait été régulièrement habilitée. Dès lors, le moyen relatif à l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En troisième lieu, la requérante relève que la décision de réduction de son agrément a été notifiée plus de deux mois après la réunion de la commission consultative, la laissant dans l'attente. Toutefois, alors que l'article L 421-6 du code de l'action sociale et des familles ne fixe pas de délai de décision de l'autorité territoriale après avis de la commission consultative paritaire départementale, Mme B ne fait état d'aucune garantie dont elle aurait été privée du fait de cette circonstance. Le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-8 du code de l'action sociale et des familles : " Le président du conseil départemental informe le maire de la commune de résidence de l'assistant maternel ainsi que le président de la communauté de communes concernée de toute décision d'agrément, de suspension, de retrait ou de modification du contenu de l'agrément concernant l'intéressé // ". Mme B soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où elle n'a pas été transmise au maire de sa commune. Toutefois, une telle circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision prononçant le retrait de l'agrément, étant au surplus rappelé que Mme B n'est pas assistante maternelle mais familiale. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. Il résulte des dispositions précitées au point 2 qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil chez l'assistant maternel garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément de l'assistant maternel si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est exposé à de tels comportements ou risque de l'être. Par ailleurs, si la légalité d'une décision doit être appréciée à la date à laquelle elle a été prise, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de tenir compte, le cas échéant, d'éléments factuels antérieurs à cette date mais révélés postérieurement.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision réduisant l'agrément de Mme B est fondée sur plusieurs griefs, notamment sur le fait que l'intéressée est en difficulté dans sa pratique professionnelle, que des violences physiques et psychologiques ont été ponctuellement subies par les enfants accueillis et qu'elle n'a pas conscience des conséquences de son comportement sur les enfants accueillis. Le département relève que les réponses apportées par la requérante lors des entretiens mettent en doute ses capacités et ses compétences pour l'exercice de sa profession, dès lors qu'elle tire des conclusions hâtives des émotions traversées par les enfants, sans changer sa façon d'intervenir. Il ressort des entretiens réalisés avec l'intéressée que ses méthodes éducatives apparaissent rigides, et que l'un des enfants accueillis aurait été menacé d'être temporairement attaché dans son garage. Mme B reconnaît avoir été dépassée par les difficultés représentées par l'accueil de trois enfants difficiles, et admet qu'il arrive que les enfants soient temporairement mis dehors lorsqu'ils crient ou pleurent trop.

9. Si la requérante soutient que les griefs invoqués seraient de pures allégations, ce dont attesterait la production de témoignages certes favorables établis par des tiers et par le Conseil départemental de l'Isère, qui était son précédent employeur, il ressort des pièces du dossier que les différents griefs fondant la décision attaquée, pris dans leur ensemble, revêtaient un caractère de vraisemblance et de gravité suffisant quant à l'existence de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement des enfants accueillis de la part de la requérante et justifiaient de prononcer en urgence la réduction de son agrément, alors même que le travail de Mme B avait jusqu'alors et depuis 20 ans donné entière satisfaction, notamment dans le département de l'Isère, et qu'elle aurait eu à gérer les comportements d'une fratrie particulièrement difficile. Dès lors, la présidente du conseil départemental n'a pas commis une inexacte appréciation en retenant notamment que la connaissance insuffisante des besoins émotionnels des enfants, les comportements parfois brutaux à l'égard des enfants accueillis et le manque de remise en cause de ses pratiques, justifiaient la réduction du nombre d'enfants autorisé par l'agrément accordé à Mme B. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 3 mars 2022 doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision du 14 avril 2022 informant Mme B du non renouvellement de son contrat au-delà du 30 juin 20211. D'une part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". D'autre part, en application des dispositions combinées du premier alinéa de l'article L. 212-1 et du 1° de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice sont dispensées de la signature de leur auteur et doivent seulement comporter le prénom, le nom et la qualité de celui-ci ainsi que la mention du service auquel il appartient.

12. En l'espèce, si la décision du 14 avril 2022 portant non renouvellement du contrat comporte le nom du service auquel appartient l'auteur de cette même décision, cette dernière indique " La Présidente, pour la présidente et par délégation, signé électroniquement ". Le courrier ne mentionne ni le nom, ni le prénom du signataire, et se borne à préciser l'identité de l'employée chargée du suivi du dossier de Mme B. Par conséquent, alors même que le département produit en défense un bordereau de signature indiquant que le courrier litigieux aurait été signé par Mme E A, directrice des ressources humaines du Conseil départemental, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées. Cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, ne peut qu'être annulée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du président du conseil départemental du Gard du 14 avril 2022 par laquelle le président du Conseil départemental du Gard a décidé de mettre fin à l'engagement de Mme B le 30 juin 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner le conseil départemental du Gard à verser à Mme B la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental du Gard du 14 avril 2022 par laquelle le président du Conseil départemental du Gard a décidé de mettre fin à l'engagement de Mme B le 30 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la présidente du Conseil départemental du Gard.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Baccati, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2201350

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