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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201629

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201629

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, M. A B, représenté par la SELARL Maillot avocats et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le maire de Ners a retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont il était titulaire, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ners la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le motif tiré de la violation de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme sur lesquels sont fondés l'avis défavorable de la préfète du Gard et la décision litigieuse est illégal ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est infondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2022, la commune de Ners, représentée par la SCP Territoires avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Maillot pour M. B et celles de Me Chatron pour la commune de Ners.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 septembre 2021, M. B a déposé auprès des services de la commune de Ners, dont le territoire n'est pas couvert par un document d'urbanisme, une déclaration préalable en vue de la division en deux lots à bâtir d'un terrain situé 110, chemin des Cades, parcelle cadastrée section B n° 329. Il est devenu titulaire, en l'absence de notification d'une décision d'opposition dans le délai d'instruction de cette demande, d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Par ailleurs, la préfète du Gard, saisie dans les conditions définies au a) de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, a émis un avis défavorable au projet le 18 octobre 2021. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2021 par lequel le maire de Ners a retiré la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable dont il était titulaire, ensemble la décision implicite par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux qu'il a formé le 31 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Selon l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () " Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Ces dispositions interdisent donc en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées " en dehors des parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé à la limite de la partie urbanisée du territoire communal que constitue le secteur dans lequel il s'intègre, localisé à l'est du centre-ville de la commune. Il relève ainsi du même compartiment de terrains que la parcelle située à quelques mètres à l'ouest, marquant la bordure de la frange d'urbanisation, quand bien même il en est séparé par un terrain de faible superficie. Il est, en outre, bordé à l'est et au nord par des tènements fonciers bâtis. Enfin, le projet, en tant qu'il vise à la création de deux lots d'une superficie respective de 1 300 et 1 500 mètres-carrés sur lesquels ont vocation à être édifiées deux habitations individuelles, n'entraîne pas une densité d'urbanisation supérieure à celle caractérisant les parcelles alentours. Compte tenu de cette configuration, et bien que le terrain s'ouvre au sud sur un vaste espace naturel, le projet n'a pas pour effet d'étendre les parties urbanisées de la commune. Dès lors, en se fondant sur ce motif pour retirer l'autorisation tacite dont était titulaire M. B, alors qu'il n'était pas tenu de procéder à ce retrait dès lors qu'il n'était pas saisi d'une demande en ce sens, le maire de Ners a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

5. En second lieu, l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dispose que : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux pourraient être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

6. Pour retirer la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable en cause, le maire de Ners s'est également fondé sur les dispositions susvisées et a relevé que le terrain n'était pas desservi par le réseau public d'eau potable, de sorte que le projet impliquait la réalisation de travaux sur ce réseau que la commune n'était pas en mesure de prendre en charge. La seule production de l'avis émis sur le projet le 16 septembre 2021 par la Régie des eaux de l'agglomération alésienne, gestionnaire du réseau public d'eau potable, se bornant à indiquer sans plus de précision que le réseau n'est pas aménagé au droit du terrain, est toutefois insuffisante à démontrer que sa desserte ne pourrait être assurée par de simples travaux de branchement et qu'elle nécessiterait ainsi la réalisation de travaux d'extension du réseau. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que le motif de retrait tiré de la violation des dispositions susvisées est illégal.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Ners du 2 décembre 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Ners la somme de 1 200 euros à verser au requérant.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Ners du 2 décembre 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. B sont annulés.

Article 2 : La commune de Ners versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Ners.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Mouret, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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