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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201658

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201658

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET AUTRIC DE LEPINAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, M. C B, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Le Pontet l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 17 décembre 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de cette commune de le rétablir dans ses droits et ses primes, sous astreinte de 2 000 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le maire de la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des critères fixés par la circulaire du 9 septembre 2021 en ce qu'il appartenait à la catégorie des personnes vulnérables au regard de sa pathologie, ne pouvait bénéficier du télétravail, ne pouvait continuer d'occuper son poste et devait donc bénéficier d'une autorisation spéciale d'absence.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2023, la commune de Le Pontet, représentée par Me de Lépinau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 ;

- le décret n° 2021-1162 du 8 septembre 2021 pris pour l'application de l'article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 ;

- la circulaire du 9 septembre 2021 relative à l'identification et aux modalités de protection des agents publics civils reconnus vulnérables à la Covid-19 ;

- la note d'information relative aux modalités de prise en charge des agents territoriaux vulnérables présentant un risque de développer une forme grave d'infection à la Covid-19 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béréhouc, rapporteure,

- les conclusions de M. Chaussard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. En qualité de personne vulnérable face au risque de forme grave d'infection à la Covid-19 et sur la base d'un certificat médical d'isolement, M. B, agent de maîtrise exerçant les fonctions de gardien de cimetière de la commune de Le Pontet, a été placé en autorisation spéciale d'absence à compter du 17 mars 2020. Par courrier du 20 septembre 2021, le maire de la commune l'a informé des nouvelles modalités de prise en charge des personnes vulnérables dans le cadre de l'épidémie de Covid-19 et lui a demandé de lui transmettre un nouveau certificat médical respectant les dispositions de la circulaire du 9 septembre 2021. M. B a transmis deux certificats médicaux établis les 29 septembre et 27 octobre 2021 mais, suivant les conclusions de l'expertise médicale réalisée le 16 décembre 2021, le maire de la commune a, par arrêté du 24 janvier 2022, placé M. B en congé de maladie ordinaire du 17 décembre 2021 au 31 janvier 2022. Par courrier du 4 février 2022, resté sans réponse, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Il demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté du 24 janvier 2022 et du rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 : " I. Sont placés en position d'activité partielle les salariés de droit privé se trouvant dans l'impossibilité de continuer à travailler pour l'un des motifs suivants : / - le salarié est une personne vulnérable présentant un risque de développer une forme grave d'infection au virus SARS-CoV-2, selon des critères définis par voie réglementaire (). ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 septembre 2021 : " I. - Les salariés vulnérables placés en position d'activité partielle en application des deux premiers alinéas du I de l'article 20 de la loi du 25 avril 2020 susvisée sont ceux répondant aux trois critères cumulatifs suivants, appréciés par un médecin dans les conditions prévues au II de l'article 2 : / 1° Etre dans l'une des situations suivantes : / () d) Présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale (broncho pneumopathie obstructive, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d'apnées du sommeil, mucoviscidose notamment) ; () / 2° Etre affecté à un poste de travail susceptible de les exposer à de fortes densités virales ; / 3° Ne pas pouvoir ni recourir totalement au télétravail, ni bénéficier des mesures de protection renforcées prévues à l'article 2 du présent décret ". Aux termes de la note d'information du directeur général des collectivités locales relative aux modalités de prise en charge des agents territoriaux vulnérables présentant un risque de développer une forme grave d'infection à la Covid-19 qui étend à la fonction publique territoriale les dispositions précitées et dont le requérant doit être regardé comme ayant entendu se prévaloir en citant la circulaire du 9 septembre 2021 qui les a rendues applicables aux agents de la fonction publique d'Etat : " 1.2. Les agents vulnérables non-sévèrement immunodéprimés [sont] () ceux qui se trouvent dans au moins l'une des situations suivantes : / () d) présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale () ". Aux termes de la même note d'information : " 2.2. () Le placement en autorisation spéciale d'absence d'un agent public vulnérable ne peut être engagé qu'à la demande de celui-ci et sur la base d'un certificat délivré par un médecin de son choix. () / S'agissant des agents vulnérables non-sévèrement immunodéprimés, ce certificat médical atteste que l'intéressé : / se trouver dans l'une des situations énumérées au 1.2 ; / est affecté à un poste susceptible d'exposition à de fortes densités virales. / Il appartient à l'employeur de l'agent présentant ce certificat de la placer en autorisation spéciale d'absence si le télétravail n'est pas possible ". Enfin, ladite circulaire dispose que " lorsque l'employeur estime que la demande de placement en autorisation spéciale d'absence n'est pas fondée au motif que le poste sur lequel l'agent est affecté n'est pas susceptible d'exposition à des fortes densités virales, il saisit le médecin du travail, qui se prononce sur l'exposition à de fortes densités virales du poste et vérifier la mise en œuvre des mesures de protection renforcées ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux établis par le docteur A en date des 29 septembre et 27 octobre 2021 et des attestations de suivi du médecin du travail des 13 et 26 octobre 2021, que M. B, qui présente une pathologie respiratoire chronique susceptible de décompenser lors d'une infection virale, doit être regardé comme un agent public vulnérable éligible au placement en autorisation spéciale d'absence si le télétravail n'est pas possible et que son poste est exposé à de fortes densités virales. A cet égard, d'une part, les fonctions de gardiennage de cimetière du requérant, qui nécessitent, par nature, sa présence sur place, ne pouvaient être exercées en télétravail ; d'autre part, les attestations de suivi précitées du médecin du travail qui indiquent, pour l'une, que le requérant, du fait de son état de santé, " ne doit pas être sollicité pour des travaux à contrainte physique importante de type manutentions répétées lors de déménagements même ponctuels " et qu'il " doit être protégé par des mesures de protection sanitaire renforcée liées au COVID19, énoncées dans la circulaire du 9 septembre 2021 " et, pour l'autre, qu'" il ne peut continuer actuellement à son poste de travail pour des raisons de santé. Doit revoir son médecin traitant pour être arrêté. Ne peut être sollicité pour des travaux à contraintes physique importante de type manutentions. " et se borne, " par ailleurs " à rapporter les propos de M. B suivant lesquels son poste ne lui permettrait pas de bénéficier " des mesures de protection sanitaire renforcées liées au COVID19 () (collègues et public non protégés par les masques, pas de distanciation respectée, mesures d'hygiène non plus et pas d'horaires dissociés) ", ne suffisent à établir que, tel que le prétend M. B, son poste serait susceptible d'exposition à de fortes densités virales au sens des dispositions précitées ni, par suite, qu'il remplissait les trois conditions auxquelles elles subordonnent le placement en autorisation spéciale d'absence. L'erreur manifeste d'appréciation invoquée sur ce point doit donc être écartée.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du maire de Le Pontet du 24 janvier 2022 serait illégal. Ses conclusions tendant à son annulation doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le maire de Le Pontet a refusé de placer M. B en autorisation spéciale d'absence et l'a placé en congé de maladie ordinaire n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Le Pontet, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande le requérant sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux demandes présentées par la commune de Le Pontet sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Le Pontet est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de Le Pontet.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

F. BEREHOUC

Le président,

G. ROUX

La greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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