vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2201665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2022, M. A B, demande au tribunal d'annuler la décision du 2 mai 2022 par laquelle la préfète du Gard refuse de l'admettre au séjour et l'oblige à quitter le territoire français.
Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire est contestable car il réside en France depuis 30 ans et que toute sa famille y vit ; il n'a aucune attache au Maroc ; il a des problèmes de santé, a trouvé un logement et regrette ses erreurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité marocaine, demande l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel la préfète du Gard lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B expose être entré en France en 1990. Il a épousé une ressortissante française dont il a eu deux enfants nés en 1992 et 1995. Il a bénéficié de deux cartes de résident valables de 1992 à 2002 puis de 2002 à 2012. Le 17 août 2012, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour qui expirait le 3 août 2012 et obtenu un récépissé de carte de séjour valable du 17 août au 16 décembre 2012, dont il n'a pas sollicité le renouvellement. Il a commis durant cette période plusieurs délits pour lesquels il a été condamné, à savoir le 19 septembre 1996, pour vol avec destruction ou dégradation à une peine de 6 mois d'emprisonnement avec sursis, le 06 décembre 2001 pour violence avec usage ou menace d'une arme et port prohibé d'arme à une peine de 3 mois d'emprisonnement, le 7 mars 2002, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme, dégradation ou détérioration grave d'un bien, outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, ce qui a justifié son maintien en rétention jusqu'au 28 février 2003. Le 19 mai 2003, le TGI de Nîmes a prononcé son divorce. Le 1er octobre 2012, M. B est condamné par le Tribunal Correctionnel de Nîmes pour destruction d'un bien appartenant à autrui par un moyen dangereux pour les personnes à une peine de 6 ans d'emprisonnement. M. B a été remis en liberté le 11 mai 2017. Le 27 juillet 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le 14 mars 2018, la Commission du titre de séjour a examiné sa demande et rendu un avis favorable à la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention "vie privée et familiale", considérant, nonobstant la répétition et la gradation des faits délictuels sanctionnés par le juge judiciaire, la vie privée et familiale du demandeur en France et sa situation personnelle, considérant que la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'un an permettrait " de mettre à l'épreuve M. B ". Le 18 juin 2018, l'intéressé s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire valable du 14 mai 2018 au 13 mai 2019. Le 8 février 2019, M. B est mis en cause pour violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Le 1er juillet 2019, M. B a sollicité auprès des services de la préfecture du Gard, le renouvellement de son titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Sa demande, ainsi qu'il a été dit plus haut, a été rejetée le 2 mai 2022.
4. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 30 ans et que toute sa famille y vit et qu'il n'a aucune attache au Maroc. Il fait état de ses problèmes de santé. Toutefois, alors qu'il a commis de multiples délits sur le territoire national, il n'apporte aucune preuve de l'intensité de la vie personnelle et familiale développée en France et en particuliers des liens qu'il conserverait avec ses enfants. Par conséquent, en l'état des pièces du dossier, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation doivent être écartés.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées ainsi que celles concernant la décision portant obligation de quitter le territoire :
6. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 2 mai 2022.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Gard.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bertrand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le rapporteur,
P. C Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2201665
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