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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201675

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201675

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDUCROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mai 2022, 5 mai 2023, 27 juin 2023 et 29 février 2024, la SAS Au Domaine de l'Opéra, représentée par Me Boillot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet de Vaucluse l'a mis en demeure d'interrompre les travaux sur la parcelle AK n° 231 située sur la commune de Velleron et de régulariser sa situation administrative soit en mettant en état la parcelle, soit en définissant des mesures supplémentaires d'atténuation des impacts permettant de garantir l'absence d'impacts résiduels sur les espèces protégées ou soit en déposant une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement pour les travaux prévus sur les parcelles cadastrées section AK n°235, 231, 230, 229, 549, 548 et 546 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intervention volontaire de la commune de Velleron est irrecevable dès lors que le maire ne justifie pas de sa qualité pour agir au nom de la commune et qu'elle est intervenue alors même que la préfecture de Vaucluse n'avait pas encore produit de mémoire en défense ;

- la demande de substitution de motifs de la commune de Velleron tirée de la présence et des risques suffisamment caractérisés pour les espèces protégées autre que le lézard ocellé est irrecevable de la part d'un intervenant volontaire ;

- la nécessité de déposer une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement n'est pas établie dès lors que :

- l'assiette de projet n'est classée ni en ZNIEFF, ni en zone Natura 2000 et ne bénéficie d'aucune protection réglementaire ;

- les trois bureaux d'études indépendants missionnés sur ce projet ont tous conclu à l'absence du lézard ocellé sur le site à des périodes favorables d'observations ;

- l'arrêté attaqué repose sur un recueil d'observations réalisé sans aucune méthodologie par une personne se présentant comme écologue, habitant à moins de 200 mètres du projet et dont on peut légitimement douter de l'impartialité ; la photographie du spécimen présente dans ce rapport laisse perplexe d'autant plus qu'il n'est pas précisé ni le lieu ni l'année d'observation et qu'est mentionnée la présence de nombreux prédateurs à proximité du tas de pierre analysé comme habitat potentiel du lézard ocellé ;

- aucune des observations de 2018 et 2020 mentionnées dans le rapport de M. B n'ont été répertoriées dans les bases de données dédiées ; ce rapport indique des points GPS d'observations et des gîtes du 20 juin 2020 qui ne correspondent pas ; ce document est erroné et matérialise une aire qui ne correspond pas ; l'administration s'est fondée sur un document réalisé de manière illégale dès lors qu'une partie des observations de M. B du lézard ocellé a été réalisée sur une propriété privée sans autorisation du propriétaire ; ce rapport communiqué seulement en janvier 2022 semble avoir établi pour les besoins de la cause, l'ensemble des courriers de décembre 2020 à janvier 2022 faisant état seulement de suppositions de présence sur le site ;

- tenant compte de l'arrêté attaqué, un nouveau bureau d'étude Eco-Med a été missionné afin de mettre en place le protocole lézard ocellé établi dans le cadre du plan inter-régional d'actions (PIRA) ; les observations effectuées par ce bureau d'étude au cours de la période du 20 mai au 28 juin 2022 à la suite de 11 passages sur site avec des conditions météorologiques favorables n'ont pas permis en 2022 d'attester de la présence du lézard ocellé sur la zone d'étude de la Grande Bastide ;

- au total quatre bureaux d'études indépendants ont conclu à l'absence du lézard ocellé sur l'assiette du projet, avec une dernière étude rendue selon un protocole standardisé fiable à 99 % ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit en tant qu'il se fonde sur l'article L. 171-7 du code de l'environnement alors que l'ensemble des autorisations nécessaires pour la réalisation de ce projet ont été obtenues par la société pétitionnaire ; le préfet utilise la mise en demeure pour imposer la réalisation d'une étude approfondie alors que l'étude d'impact validée par la MRAE PACA est définitive et qu'aucune disposition du code de l'environnement ne prévoit la possibilité de revenir sur cette dernière ;

- la procédure de mise en demeure intervenant a posteriori, après l'obtention de toutes les autorisations requises, portent une atteinte grave et manifestement illégale au principe de sécurité juridique ;

- l'intervenant n'étant pas considéré comme une partie, les conclusions de la commune de Velleron présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont irrecevables.

Par des mémoires en intervention enregistrés les 6 avril 2023 et 1er juin 2023, la commune de Velleron, représentée par Me Ducroux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la SAS Au Domaine de l'Opéra au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son intervention en faveur du maintien de l'arrêté attaqué est recevable ;

- l'arrêté attaqué en tant qu'il impose le dépôt d'une demande de dérogation au titre des dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement est bien fondé dès lors que :

- la présence du lézard ocellé sur le terrain d'assiette du projet de lotissement est parfaitement manifeste et établie à la fois par le rapport de M. B qui est parfaitement fiable, le rapport de manquement administratif établi par l'office français de la biodiversité et par les données et relevés du plan national d'action 2020-2029 en faveur du lézard ocellé ;

- les pièces dont se prévaut la société pétitionnaire sont dépourvues de méthodologie ; l'avis de la société Biotope a été rédigé pour les besoins de la cause sur la base d'une seule visite effectuée le 19 février 2021 ; ces pièces sont mensongères en ce qu'elles concluent à tort à l'absence de tout autre espèce protégée sur site en contradiction avec les données de l'étude d'impact réalisée par le cabinet Auddicé Environnement le 10 décembre 2018 dont le contenu et la portée sont également à relativiser ;

- le projet de lotissement représente un risque suffisamment caractérisé pour la conservation des spécimens et de l'habitat naturel du lézard ocellé ; ce projet ne prévoit ni ne comporte de mesures d'évitement, réduction et compensation des impacts susceptibles de permettre la conservation des spécimens et de l'habitat naturel du lézard ocellé en contradiction avec les préconisations du plan national d'action 2020-2029 s'agissant notamment des projets d'aménagements et d'urbanisation des opérateur privés ;

- à titre subsidiaire, la commune demande à ce qu'il soit procédé à une substitution de motifs compte tenu du risque suffisamment caractérisé pour les autres espèces protégées ;

- l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur de droit au regard de l'article L. 171-7 du code de l'environnement dès lors que l'autorité administrative peut en toute hypothèse et à tout moment édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure ; conformément au principe d'indépendance des législations, la délivrance de toute autorisation de droit des sols même définitive par le maire, au titre des dispositions du code de l'urbanisme, n'a ni pour objet ni effet de dispenser le pétitionnaire de son obligation éventuelle de dépôt et d'obtention de tout autre autorisation requise au titre du code de l'environnement telle que notamment une dérogation " espèces protégées " ni à faire obstacle à la mise en œuvre des pouvoirs de police du préfet au titre de ces dispositions ;

- pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation du principe de sécurité juridique est inopérant.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, la préfète de Vaucluse, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'étude d'impact de la société pétitionnaire est insuffisante ;

- l'obligation de dépôt d'une demande de dérogation s'impose même en cas d'impact résiduel modéré ou faible du projet sur les espèces protégées ; elle s'impose également même si la destruction d'espèces protégées est accidentelle de même qu'en cas de risque d'atteinte.

- en application de l'article L. 425-15 du code de l'urbanisme, le permis d'aménager pour un projet portant sur des travaux devant faire l'objet d'une dérogation " espèces protégées " ne peut être mis en œuvre avant la délivrance de cette dérogation ;

- la présence de spécimens de plusieurs espèces protégées (reptiles, passereaux nicheurs, chiroptères) susceptibles d'être impactés par le projet ayant été mise en évidence par l'étude d'impact du pétitionnaire et les premières opérations de travaux étant localisées dans une zone de présence probable du lézard ocellé c'est à bon droit que la suspension des travaux a été ordonnée ;

- l'absence d'observation de l'autorité environnementale dans les deux mois de sa saisine est sans incidence sur l'obligation pour le pétitionnaire de déposer une demande de dérogation à la protection des espèces.

Par un mémoire en intervention enregistré le 4 mai 2023, l'association France nature environnement de Vaucluse conclut à l'abandon du projet de création d'un lotissement de 143 lots.

Elle fait valoir que :

- elle justifie d'un intérêt à intervenir au regard de ses statuts et de ses misions ;

- le projet en litige entraînera la dégradation irréversible de la biodiversité et occasionnera un lourd préjudice à la nature.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 8 janvier 2021 fixant la liste des amphibiens et des reptiles représentés sur le territoire métropolitain protégés sur l'ensemble du territoire national et les modalités de leur protection ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de Me Boillot, représentant la société Au Domaine de l'opéra, de Me Sami, représentant l'association France Environnement Nature Vaucluse, Me Mouakil, représentant la commune de Velleron et celles de Mme D, représentant le préfet de Vaucluse.

Deux notes en délibéré, enregistrées les 19 et 20 décembre 2024, ont été produites pour la commune de Velleron.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 mai 2019 n° PA 84142 18 S0001, le maire de la commune de Velleron a délivré à la SAS Hectare un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de " La Grande Bastide " de 143 lots, avec une surface à aménager de 69 520 m² et une surface de plancher maximale de 26 000 m². Le permis d'aménager a fait l'objet d'un arrêté de transfert à la SAS Au Domaine de l'Opéra qui a déposé en mairie le 25 octobre 2021 une déclaration d'ouverture de chantier. A la suite d'un rapport en manquement administratif établi le 20 janvier 2022 par un inspecteur de l'environnement au service départemental de Vaucluse de l'Office Français pour la Biodiversité (OFB), le préfet de Vaucluse, par un arrêté du 15 avril 2022, pris sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement a mis en demeure la société Au Domaine de l'Opéra, d'interrompre les travaux sur la parcelle AK n° 231 et de régulariser sa situation administrative soit en mettant en état la parcelle, soit en définissant des mesures supplémentaires d'atténuation des impacts permettant de garantir l'absence d'impacts résiduels sur les espèces protégées ou soit en déposant une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement pour les travaux prévus sur les parcelles cadastrées section AK n° 235, 231, 230, 229, 549, 548 et 546. La société Au Domaine de l'Opéra demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la recevabilité des interventions :

2. En premier lieu, une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur. Il résulte de l'instruction que le préfet de Vaucluse a présenté un mémoire en défense tendant au rejet de la requête, enregistré le 12 avril 2023. Ainsi, les conclusions de la commune de Velleron à fin de rejet de la requête présentée par la société Au Domaine de l'Opéra doivent être regardées comme une intervention au soutien des écritures du préfet de Vaucluse. La mise en demeure contestée portant sur des travaux réalisés sur le territoire de la commune de Velleron, celle-ci justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Par ailleurs, il résulte des pièces du dossier que par délibération du 11 juin 2020, précisée par la délibération du 23 mai 2023, le conseil municipal de Velleron a donné délégation au maire pour notamment intervenir volontairement en défense et/ou en demande au nom de la commune dans toute action en justice pour la préservation des intérêts généraux dont elle a la charge. Par suite, l'intervention de la commune de Velleron est recevable.

3. En deuxième lieu, eu égard à son objet social tel qu'il ressort de l'article 2 de ses statuts approuvés le 25 juin 2020, visant notamment à prendre en compte les actions de défense de la nature, de l'environnement et du cadre de vie, à défendre un aménagement soutenable du territoire et un urbanisme économe, harmonieux et équilibré, l'association France Environnement Nature Vaucluse justifie d'un intérêt suffisant au maintien de l'arrêté attaqué. Ainsi, son intervention en défense doit être admise.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022 :

4. Le I de l'article L. 411-1 du code de l'environnement comporte un ensemble d'interdictions visant à assurer la conservation d'espèces animales ou végétales protégées et de leurs habitats. Sont ainsi interdits : " 1° la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle () d'animaux de ces espèces () ; / () / 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces () ". Toutefois, le 4° de l'article L. 411-2 du même code permet à l'autorité administrative de délivrer des dérogations à ces interdictions dès lors que sont remplies trois conditions distinctes et cumulatives tenant à l'absence de solution alternative satisfaisante, à la condition de ne pas nuire " au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle " et, enfin, à la justification de la dérogation par l'un des cinq motifs qu'il énumère limitativement et parmi lesquels figure le fait que le projet réponde, par sa nature et compte tenu des intérêts économiques et sociaux en jeu, à une raison impérative d'intérêt public majeur. Aux termes de l'article R. 411-6 du même code : " Les dérogations () sont accordées par le préfet (). / Toutefois, lorsque la dérogation est sollicitée pour un projet entrant dans le champ d'application de l'article L. 181 1, l'autorisation environnementale prévue par cet article tient lieu de la dérogation définie par le 4° de l'article L. 411-2. La demande est alors instruite et délivrée dans les conditions prévues par le chapitre unique du titre VIII du livre Ier pour l'autorisation environnementale () ".

5. Le système de protection des espèces résultant des dispositions citées ci-dessus impose d'examiner si l'obtention d'une dérogation est nécessaire dès lors que des spécimens de l'espèce concernée sont présents dans la zone du projet, sans que l'applicabilité du régime de protection dépende, à ce stade, ni du nombre de ces spécimens, ni de l'état de conservation des espèces protégées présentes. Le pétitionnaire doit obtenir une dérogation " espèces protégées " si le risque que le projet comporte pour les espèces protégées est suffisamment caractérisé. A ce titre, les mesures d'évitement et de réduction des atteintes portées aux espèces protégées proposées par le pétitionnaire doivent être prises en compte. Dans l'hypothèse où les mesures d'évitement et de réduction proposées présentent, sous le contrôle de l'administration, des garanties d'effectivité telles qu'elles permettent de diminuer le risque pour les espèces au point qu'il apparaisse comme n'étant pas suffisamment caractérisé, il n'est pas nécessaire de solliciter une dérogation " espèces protégées.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, d'enregistrement, d'agrément, d'homologation ou de certification, à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure () ".

7. Il résulte de ce qui précède que ni la circonstance que le projet de lotissement de la société requérante ait donné lieu à la délivrance d'un permis d'aménager devenu définitif, ni celle que l'étude d'impact de son dossier de demande de permis d'aménager aurait donné lieu à un avis tacite favorable de la DREAL n'ont pour objet ou pour effet de dispenser par principe le pétitionnaire de ses obligations de déposer une demande de dérogation " espèces protégées ", au titre des dispositions susvisées de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ou de faire obstacle à la mise en œuvre par le préfet du pouvoir de police dont il dispose en application de l'article L. 171-7 du code de l'environnement.

8. Il résulte de l'instruction et notamment du constat établi par l'inspecteur de l'environnement au service départemental de Vaucluse de l'Office français pour la biodiversité sur le fondement des observations des 29 octobre, 15 et 16 décembre 2021 et des 17 et 18 janvier 2022 que la société Au Domaine de l'Opéra, titulaire du permis d'aménager pour la création d'un lotissement de " La Grande Bastide " devenu définitif, a fait procéder sur la parcelle cadastrée AK n° 231 à des opérations de terrassement sur une superficie d'environ 1300 à 1 500 m², à proximité immédiate de pierriers considérés par M. B, écologue auteur d'un rapport du 29 octobre 2021, comme des sites de repos et de reproduction du lézard ocellé et susceptible d'héberger des spécimens de cette espèce. Ainsi qu'il a été dit au point 1, à la suite d'un rapport en manquement administratif établi le 20 janvier 2022, le préfet de Vaucluse, estimant que la société pétitionnaire n'apportait pas de preuves tangibles de l'absence d'habitats du lézard ocellé dès lors que les investigations naturalistes menées en février et octobre 2021 avaient été menées à une période très défavorable d'observation de cette espèce, a, par un arrêté du 15 avril 2022, pris sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, mis en demeure la société Au Domaine de l'Opéra, d'interrompre les travaux sur la parcelle cadastrée AK n° 231 et de régulariser sa situation administrative en déposant notamment une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement pour les travaux prévus sur les parcelles cadastrées n° AK n°235, 231, 230, 229, 549, 548 et 546.

9. Il résulte de l'instruction et notamment de l'étude d'impact réalisée par le bureau Auddicé en décembre 2018 que le projet d'aménagement concerne des parcelles situées aux abords du village de Velleron, constituées d'anciennes terres agricoles, non cultivées hormis un champ d'oliviers, et entretenues entièrement par des tontes et du pâturage ovin. Le secteur d'étude est entouré de zones humides mais n'en comporte aucune directement, l'étang dit A neuf ayant été comblé par des remblais en 2018. L'assiette du projet, qui est localisée en réserve biosphère " Mont Ventoux, forêts, pelouses et milieux rocheux " au sein du périmètre de protection du monument historique " Eglise paroissiale Saint Michel ", est selon le rapport du bureau d'étude Biotope située à 850 mètres de la zone spéciale de conservation " La Sorgue et l'Auzon " et à 900 mètres de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique de type 1 " Les Sorgues " et n'intersecte aucun réservoir de biodiversité et périmètre de protection ni même de corridor écologique inscrits dans le schéma de cohérence écologique. Au sein du plan local d'urbanisme communal, cet espace est inscrit depuis le 6 octobre 2016 en secteur d'urbanisation future.

10. S'agissant du diagnostic herpétologique, il résulte de l'étude d'impact du cabinet Auddicé que l'habitation de terrain, les multiples fissures et interstices que propose la bâtisse en pierre accolé et les zones rudérales sont autant d'habitats que les reptiles du secteur peuvent utiliser pour s'abriter, et que, par ailleurs, le dépôt de pierres au nord-est de l'habitation représente aussi une large zone favorable aux reptiles. Toutefois, les prospections de terrain effectuées à pied en début de journée entre 8h30-12h00 les 14 mai 2018, 31 mai 2018 et 13 juin 2018, soit en période favorable à l'observation des reptiles, et la fouille des habitats favorables comme les zones ensoleillées à fort pouvoir calorifique et les micro habitats potentiels et les indices indirects notés et identifiés (mues) n'ont permis d'observer aucun lézard ocellé sur le site, seule la présence du lézard des murailles, présentant un faible enjeu de conservation, ayant été confirmée. En l'absence d'observation d'individus de l'espèce et d'habitats favorables à sa reproduction, aucun passage supplémentaire n'a été proposé et le bureau d'étude a conclu à l'absence de nécessité d'une dérogation sur les espèces protégées et les habitats.

11. Il résulte de l'instruction qu'en réponse aux observations des services de la DREAL sur l'insuffisance de l'étude d'impact, la société pétitionnaire a fait intervenir le bureau d'étude Biotope pour un avis d'expert complémentaire. Le rapport remis en mars 2021 sur la base d'une prospection réalisée le 19 février 2021 a conclu s'agissant notamment des reptiles à la présence des seules espèces communes. L'absence de lézard ocellé sur le site a également été confirmée par Mme C, consultante en environnement missionnée par la société pétitionnaire et qui indique aux termes de son courrier du 3 novembre 2021 adressé à la DREAL PACA que la prospection du tas d'enrochement susceptible d'accueillir les reptiles réalisée le 21 octobre 2021 au cours d'une journée chaude et ensoleillée n'a pas permis de trouver d'indice de la présence du lézard ocellé et que son chien dressé à cette recherche n'a détecté aucun individu, ni aucune crotte.

12. Si ainsi que le soutient le préfet, la période de prospections retenue par le bureau d'étude Biotope et dans une moindre mesure celle retenue par la consultante environnementale ne correspondent pas aux périodes les plus favorables à l'observation du lézard ocellé, la période d'activité débutant, selon le plan national d'action ocellé 2020-2029 produit au dossier, pour cette espèce ectotherme, en mars pour se terminer en novembre, il résulte de l'instruction que la société Au Domaine de l'Opéra a également missionné le bureau d'étude Eco-Med qui a réalisé de la période du 20 mai au 28 juin 2022, période favorable à l'observation du lézard ocellé, 11 passages sur site avec des conditions météorologiques favorables. Il résulte du rapport d'étude remis par ce bureau d'étude en juillet 2022 que l'exploitation des données bibliographiques couplée au protocole standardisé de recherche spécifique au lézard ocellé prévu par le plan interrégional d'actions concernant cette espèce n'ont pas permis d'attester la présence du lézard ocellé sur le site et suivant les milieux étudiés avec un intervalle de confiance de 99 %.

13. La circonstance, invoquée en défense, selon laquelle le lézard ocellé présent dans le département et mentionné sur la commune de Velleron sur un point de contrôle en juin 1999, n'a pas été retrouvé dans la zone d'implantation du projet, ne suffit pas à établir l'insuffisance sur ce point de l'étude d'impact alors en outre que s'agissant des gîtes potentiels du lézard ocellé, le rapport du bureau d'étude Eco-Med, indique que : " Les différentes placettes positionnées ont permis de constater un manque de gîtes favorables à l'espèce avec une placette sur cinq (quadra 1) présentant des refuges et lieux d'insolations réellement propices à l'espèce. Les quatre autres quadras présentent des zones d'alimentation propices à l'espèce mais un manque de gîtes évident. Seuls quelques rares empilements rocheux peuvent constituer des refuges potentiels à l'espèce, du reste l'absence de cavités dans les oliviers, l'entretien récurrent de la végétation (tonte, débroussaillage) et des affleurements rocheux ne présentant aucun interstice ne peuvent faire office de gîtes. ".

14. Si le rapport de M. B daté du 29 octobre 2021 dont se prévaut le préfet de Vaucluse et la commune de Velleron, conclut, photographies à l'appui, à la présence du lézard ocellé sur le site, il résulte des termes de ce rapport que ce document décrit comme un recueil d'observations sur une longue période de 2011 à 2020 a été réalisé " sans démarche d'inventaire exhaustif, sans protocole précis et au grès des visites sur le site et sa périphérie et des passages sur les routes et chemins voisins ". Si ce rapport mentionne qu'un individu adulte femelle a été observé le 20 juin 2020 dans un gîte, sous une grosse pierre au pied d'un poteau électrique moyenne tension et qu'un autre lézard ocellé, mâle adulte a également été observé depuis un promontoire en bord de route, fin mai 2020, sur un gros tas de pierre dans lequel il a ses gîtes, les photographies contenues dans ce rapport illustrent uniquement des individus au milieu d'une parcelle enherbée sans gîte à proximité. Le rapport ne comporte en outre aucune photographie des gîtes observés excepté un bloc de pierre photographié à distance sans indication d'interstices susceptibles de faire office de gîte, ni ne mentionne la présence de mues ou de crottes à proximité de ces gîtes susceptibles de corroborer la présence du lézard ocellé. En outre, la société pétitionnaire soutient sans être utilement contredite qu'aucune des observations de 2018 et 2020 mentionnées dans le rapport de M. B n'ont été répertoriées dans les bases de données dédiées, seul un spécimen ayant été observé en 1999 à plus de 500 mètres de l'assiette du projet sur le site de l'INPN alors que M. B est un contributeur habituel sur ce site. Dans ces conditions, en l'absence de précision sur les titres et compétences de M. B et sur la méthodologie employée et en l'absence de tout élément sur l'authenticité des photographies contenues dans ce recueil, et alors au surplus que la société pétitionnaire soutient sans être utilement contredite que M. B qui habite à 200 mètres du site est un opposant au projet de lotissement, ce rapport ne saurait à lui seul remettre en cause les conclusions des quatre études mentionnées aux points 9 à 12 réalisées par des bureaux d'études indépendants et concluant de manière concordante à l'absence de présence ocellé sur le site.

15 L'absence du lézard ocellé sur l'assiette du projet n'est pas davantage remise en cause par le rapport en manquement établi par l'office français de la biodiversité qui se borne à constater la réalisation de travaux de terrassement " à proximité immédiate de pierriers considérés par Olivier B, écologue, dans son rapport du 29 octobre 2021, comme des sites de repos et de reproduction " du lézard ocellé sans que l'inspecteur de l'environnement ne constate lui-même la présence de cette espèce sur le site. Par ailleurs, si les données cartographiques disponibles sur les sites de l'INPN et de l'Etat de même que le plan national d'actions Lézard ocellé 2020-2029 confirment la présence de l'espèce dans le département de Vaucluse, aucun de de ces documents ne permet d'attester la présence du lézard ocellé sur la zone du projet ou à sa proximité. En outre, la cartographie extraite de l'application GeoIde, au demeurant non datée et imprécise, qui mentionne la " présence peu probable " de l'espèce sur la commune de Velleron ne permet pas à elle seule de remettre en cause les résultats des prospections effectuées par les différents bureaux d'étude, dont l'indépendance ne saurait être remise en cause par la seule circonstance qu'ils auraient été mandatés par l'opérateur alors que la réalisation des études d'impact sous la responsabilité du maître d'ouvrage est imposée par l'article L. 122-3-2 du code de l'environnement.

16. Dans ces circonstances, et dès lors que les pièces du dossier ne permettent pas de confirmer la présence des spécimens du lézard ocellé dans la zone de projet et d'identifier l'existence d'un risque suffisamment caractérisé, le préfet de Vaucluse a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en mettant en œuvre les pouvoirs de police qu'il tient des dispositions de l'article L. 171-1 du code de l'environnement pour mettre en demeure la société Au Domaine de l'Opéra d'interrompre les travaux et de déposer une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement pour les travaux prévus,. En l'absence de présence avérée du lézard ocellé, le préfet ne pouvait davantage, sans commettre d'erreur d'appréciation, faire usage de ce pouvoir pour exiger de la société requérante une régularisation de sa situation administrative soit en mettant en état la parcelle, soit en définissant des mesures supplémentaires d'atténuation des impacts permettant de garantir l'absence d'impacts résiduels sur les espèces protégées.

17. La faculté de demander une substitution de motifs étant réservée à l'administration, auteure de la décision attaquée, les intervenants ne peuvent utilement se prévaloir de l'atteinte aux autres espèces protégées pour soutenir que l'arrêté préfectoral serait fondé alors que le préfet n'a pas fondé sa décision sur ce motif et ne peut être regardé comme se prévalant d'un tel motif en se bornant à faire valoir de manière imprécise et non circonstanciée que la présence de spécimens de plusieurs espèces protégées (reptiles, passereaux nicheurs, chiroptères) susceptibles d'être impactés par le projet a été mise en évidence par l'étude d'impact du pétitionnaire.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 15 avril 2022 du préfet de Vaucluse doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la société Au Domaine de l'Opéra au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur ce fondement par la commune de Velleron qui n'a pas la qualité de partie à l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Les interventions de la commune de Velleron et de l'association France Environnement Nature Vaucluse sont admises.

Article 2 : L'arrêté du 15 avril 2022 du préfet de Vaucluse est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à la société Au Domaine de l'Opéra la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Velleron présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Au Domaine de l'Opéra, à la commune de Velleron et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La rapporteure

B. SARAC-DELEIGNE

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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