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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201703

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201703

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOULIER CLAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 1er juin 2022, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, le vice-président du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal la requête présentée par M. C et Mme D.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Montpellier le 28 mai 2022 et un mémoire enregistré le 10 mai 2024, M. B C et Mme E D, agissant en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur A C et représentés par Me Soulier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a maintenu la sanction d'exclusion définitive prononcée par le conseil de discipline du collège Jean Rostand de Nîmes à l'encontre de leur fils ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Montpellier d'effacer la mention de cette sanction du dossier scolaire de leur fils dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article D. 511-52 du code de l'éducation ;

- la sanction litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation et présente un caractère disproportionné, en comparaison notamment des sanctions infligées aux autres élèves de l'établissement au cours de la même année scolaire ; elle procède à la révocation du sursis dont était assortie la première sanction prononcée à son encontre alors qu'elle est fondée sur des actes de gravité moindre.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024 et un mémoire enregistré le 10 juin 2024 et non communiqué, la rectrice de l'académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Soulier pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, fils de M. C et Mme D, était scolarisé au titre de l'année scolaire 2021-2022 en classe de cinquième au sein du collège Jean Rostand de Nîmes. Une première sanction, non contestée, d'exclusion définitive avec sursis a été prononcée par le conseil de discipline de cet établissement à l'encontre de M. C le 22 octobre 2021. Par décision du 18 février 2022, le conseil de discipline, de nouveau saisi, a décidé de lever le sursis qu'il avait prononcé et ainsi d'exclure définitivement du collège M. C. Les requérants demandent au tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 25 mars 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier, qu'ils ont saisie d'un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la sanction adoptée par le conseil de discipline le 18 février 2022, a confirmé cette sanction après en avoir requalifié le motif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En application de l'article R. 511-13 du code de l'éducation : " I. Dans les collèges et lycées relevant du ministre chargé de l'éducation, les sanctions qui peuvent être prononcées à l'encontre des élèves sont les suivantes : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° La mesure de responsabilisation ; 4° L'exclusion temporaire de la classe. Pendant l'accomplissement de la sanction, l'élève est accueilli dans l'établissement. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 5° L'exclusion temporaire de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. La durée de cette exclusion ne peut excéder huit jours ; 6° L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. Les sanctions prévues aux 3° à 6° peuvent être assorties du sursis à leur exécution dont les modalités sont définies à l'article R. 511-13-1. " Selon l'article R. 511-13-1 de ce code : " I.- L'autorité disciplinaire qui a prononcé une sanction assortie du sursis à son exécution détermine la durée pendant laquelle le sursis peut être révoqué. () II. - Lorsque des faits pouvant entraîner l'une des sanctions prévues à l'article R. 511-13 d'un niveau égal ou supérieur à celui d'une précédente sanction assortie d'un sursis sont commis au cours de la durée prévue au I, l'autorité disciplinaire prononce : 1° Soit la seule révocation de ce sursis ; 2° Soit la révocation de ce sursis et une nouvelle sanction qui peut être assortie du sursis. Seul le conseil de discipline peut prononcer la révocation du sursis s'appliquant à une exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes. III. - La révocation du sursis entraîne la mise en œuvre de la sanction à laquelle il s'applique. "

3. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi qu'évoqué au point 1, M. C a fait l'objet d'une première sanction d'exclusion définitive avec sursis, prononcée par le conseil de discipline du collège Jean Rostand le 22 octobre 2021, pour avoir " mis le feu à un bout de papier dans les toilettes de l'établissement ". La seconde sanction décidée par le conseil de discipline, qui a conduit à la révocation du sursis dont était assortie la première et ainsi à l'exclusion définitive de M. C, était initialement fondée, d'une part, sur des manquements répétés au règlement intérieur du collège ainsi que, d'autre part, sur le vol du téléphone portable d'un camarade. La rectrice de l'académie de Montpellier, saisie du recours formé contre cette seconde sanction, a décidé, au regard des troubles du comportement dont souffre M. C, d'abandonner le grief tiré des manquements répétés au règlement intérieur du collège mais a maintenu la sanction en ne retenant que le vol de téléphone, dont les requérants reconnaissent que leur fils s'est rendu coupable. Ce seul fait, d'une gravité moindre que ceux ayant conduit au prononcé de la première sanction, ne pouvait toutefois suffire à révoquer le sursis dont elle était assortie, ainsi que le font valoir les requérants, au regard des dispositions du II de l'article R.511-13-1 citées au point précédent. Eu égard à la moindre gravité du grief retenu et à son caractère isolé, les requérants sont, par suite, fondés à soutenir que la décision litigieuse de la rectrice de l'académie de Montpellier présente un caractère disproportionné et est entachée d'erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. C et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision de la rectrice de l'académie de Montpellier du 25 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation de la décision attaquée implique que toute mention de la sanction qu'elle confirme soit effacée du dossier administratif de M. C. Il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Montpellier d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique, en revanche, pas l'effacement de la mention relative à la première sanction avec sursis infligée à M. C.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 25 mars 2022 par laquelle la rectrice de l'académie de Montpellier a maintenu la sanction d'exclusion définitive prononcée à l'encontre de M. A C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Montpellier d'effacer du dossier administratif de M. C toute mention relative à la sanction d'exclusion définitive annulée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et Mme E D et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Mouret, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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