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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201831

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201831

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET AUTRIC DE LEPINAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 juin 2022 et le 10 mars 2024 régularisé le 11 mars suivant, Mme C B et M. A B, représentés par Me Guin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 1er février 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Morières-lès-Avignon a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune, en tant qu'elle classe en zone agricole A1 les parcelles cadastrées section AO nos 54, 61, 65 à 68, 82 à 96, ensemble la décision du 13 avril 2022 par laquelle le maire a rejeté leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Morières-lès-Avignon de procéder au réexamen du classement des parcelles AO nos 54, 61, 65 à 68, 82 à 96, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au classement des parcelles en zone UC du plan local d'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Morières-lès-Avignon la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable : ils justifient d'un intérêt à agir et leur requête n'est pas tardive ;

- le classement de leurs parcelles en zone A1 est incohérent avec les objectifs définis par le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ainsi que les objectifs du rapport de présentation ;

- le classement de ces parcelles en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 9 septembre 2022, la commune de Morières-lès-Avignon, représentée par la SELARL Alegria Avocat conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la commune de Morières-lès-Avignon a été enregistré le 17 avril 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guin, représentant Mme et M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 1er février 2022, le conseil municipal de la commune de Morières-lès-Avignon a approuvé son plan local d'urbanisme. Par courrier reçu le 31 mars 2022, Mme C B et M. A B, propriétaires indivis des parcelles cadastrées section AO nos 54, 61, 65 à 68, 82 à 96 ont demandé au maire de Morières-lès-Avignon d'inscrire à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal l'abrogation de cette délibération en tant qu'elle approuve leur classement en zone agricole. Par la décision du 13 avril 2022, dont ils demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le maire de Monteux a refusé de faire droit à leur demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 153-19 du code de l'urbanisme : " L'abrogation d'un plan local d'urbanisme est prononcée par l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ou par le conseil municipal après enquête publique () ". L'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales, relatif à la convocation du conseil municipal, dispose que : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. () "

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le conseil municipal est seul compétent pour abroger tout ou partie du plan local d'urbanisme de la commune, c'est au maire qu'il revient d'inscrire cette question à l'ordre du jour d'une réunion du conseil municipal. Par suite, le maire a compétence pour rejeter une demande tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme ou de certaines de ses dispositions. Toutefois, il ne peut légalement prendre une telle décision que si les dispositions dont l'abrogation est sollicitée sont elles-mêmes légales. Dans l'hypothèse inverse, en effet, il est tenu d'inscrire la question à l'ordre du jour du conseil municipal, pour permettre à celui-ci, seul compétent pour ce faire, de prononcer l'abrogation des dispositions illégales.

4. L'autorité compétente, saisie d'une demande tendant à l'abrogation d'un règlement illégal, est tenue d'y déférer, soit que ce règlement ait été illégal dès la date de sa signature, soit que l'illégalité résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures à cette date.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient ou juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de présentation et du projet d'aménagement et de développement durable, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la commune de Morières-lès-Avignon, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont fixé pour objectifs la conciliation de la dynamique démographique avec la préservation du cadre de vie, le maintien d'une activité économique diversifiée et enfin la préservation et la valorisation de l'environnement naturel. S'il n'est pas contesté que les parcelles en litige s'inscrivent dans l'enveloppe urbaine, la volonté des auteurs du PLU est de limiter l'extension de l'urbanisation au centre historique et sa périphérie directe ainsi qu'au sein de la zone 1AUSh qui ne correspond pas à la zone où se situe les parcelles des requérants. En parallèle, le PADD souligne également la volonté de ses auteurs, de maintenir les espaces verts en protégeant les espaces agricoles et naturels. Le but est de maintenir au sein de la ville des " poumons verts " afin d'améliorer le cadre de vie de la population d'autant que le rapport de présentation souligne la faiblesse de ces espaces verts au sein de l'espace urbain. Le rapport de présentation précise que l'un des objectifs du PLU est de " limiter au maximum les espaces constructibles situés en dehors de l'enveloppe urbaine existante et de limiter la densification dans les quartiers déjà saturés " il ajoute que l'objectif de la commune est de pérenniser " la vocation des terres agricoles ". La commune, par le biais de son PLU a entendu créer au sein de la partie urbanisée de la commune des espaces de verdure. Les parcelles en cause se situent dans un secteur de transition entre les espaces urbanisés et les zones naturelles et agricoles, leur classement en zone agricole n'est pas incohérent avec les objectifs définis dans le PADD ainsi que le rapport de présentation du PLU.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites "zones A". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. "

8. Il appartient aux auteurs du plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que dans le cas où elle se révèle entachée d'une erreur manifeste ou s'appuie sur des faits matériellement inexacts.

9. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en cause forment un tènement foncier de plus de six hectares, pratiquement vierge de toute construction, dénommé le domaine de Chaspe comportant un mas, des hangars agricoles et les terres agricoles attenantes. Il est constant que la commune s'organise autour de deux zones dont la séparation est matérialisée par l'autoroute A7 avec à l'Ouest la zone urbanisée et à l'Est la zone agricole. Pour autant si ces deux pôles sont bien distincts, il existe des parcelles agricoles ou naturelles au sein de la partie urbanisée de la commune. Si le tènement en litige se trouve en continuité avec les parties urbanisées du nord de la commune, il s'ouvre vers une vaste zone agricole à l'Est ainsi qu'une zone naturelle au Sud-Est et en bordure d'une zone urbanisée au Nord. Ainsi, ces parcelles sont directement bordées à l'Est et à l'Ouest par des parcelles agricoles. Il est, en outre, constant que ces parcelles accueillaient des vignes dans le cadre de l'exploitation viticole des requérants avant que ces derniers ne les arrachent laissant place à une vaste zone de prairie et faisaient déjà l'objet d'un classement en zone agricole sous l'égide de l'ancien PLU. Ce classement en zone agricole est justifié par le parti pris d'urbanisme de conserver la vocation des terres agricoles ainsi que de maintenir au sein de la ville des " poumons verts ". Ainsi, au vu de l'ensemble de ces éléments, le classement des parcelles de l'indivision B en zone agricole n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le classement en zone naturelle des parcelles de l'indivision B n'est pas illégal et que le maire a donc pu, à bon droit, refuser d'inscrire son abrogation à l'ordre du jour d'une séance du conseil municipal. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de cette décision de refus et les conclusions qu'ils ont présentées à cette fin doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme et M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction qu'ils ont également présentées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Morières-lès-Avignon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Morières-lès-Avignon au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Morières-lès-Avignon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, première dénommée pour les requérants et à la commune de Morières-lès-Avignon.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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