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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201878

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201878

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi par M. A d’un recours en excès de pouvoir visant à annuler un titre de perception de 1 874,64 euros émis pour le recouvrement d’un indu d’allocations familiales. La ministre des armées a admis que M. A avait droit aux allocations pour sa belle-fille, réduisant la créance à 1 009,37 euros. Le tribunal a pris acte de cette minoration et a annulé le titre de perception initial en tant qu’il excédait ce montant, appliquant les dispositions du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juin 2022 et le 1er juillet 2022, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler le titre de perception n° 057000 070 041 057 485571 2021 0019468 d'un montant de 1 874,64 émis à son encontre par la direction départementale des finances publiques de Moselle pour le recouvrement d'un indu d'allocations familiales, ensemble la décision implicite de sa réclamation préalable née le 28 mai 2022.

Il soutient qu'il était fondé à percevoir des allocations familiales pour sa belle-fille entre le 1er novembre 2016 et le 31 mai 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, la ministre des armées conclut à ce que la créance de M. A soit ramenée à la somme de 1 009,37 euros.

La ministre fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision implicite née le 28 mai 2022 à laquelle s'est substituée une décision expresse le 27 juin 2022 sont irrecevables ;

- M. A a droit aux allocations familiales pour sa belle-fille et qu'il y a lieu de minorer le trop versé de 865,27 euros ;

- les autres moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État ;

- loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cambrezy,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une première lettre du 9 octobre 2018, le centre expert des ressources humaines et de la solde (CEHRS) a informé M. A, sous-officier de la Légion étrangère, de l'existence d'un trop-versé de solde d'un montant total de 1 874,64 euros au titre des allocations familiales versées entre le 1er septembre 2015 et le 31 juillet 2017 lorsqu'il était en poste à Mayotte et dont il lui a demandé le remboursement. Par lettre du 5 mars 2021, la division " Qualiq Terre de Nancy " du CEHRS l'a informé de l'émission d'un titre de perception par la direction départementale des finances publiques de la Moselle. Un titre de perception a été émis à son encontre par cette direction le 4 octobre 2021 contre lequel M. A a présenté une réclamation préalable le 28 novembre 2021. M. A demande au tribunal l'annulation du titre de perception précité et de la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur sa réclamation préalable en tant que lui est réclamé le remboursement des allocations familiales ouvrant droit à indexation versées pour le compte de sa belle-fille. Par une décision expresse du 27 juin 2022, le directeur de l'établissement national de la solde a rejeté sa réclamation préalable.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 4125-1 du code de la défense : " I. - Tout recours contentieux formé par un militaire à l'encontre d'actes relatifs à sa situation personnelle est précédé d'un recours administratif préalable, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. / Ce recours administratif préalable est examiné par la commission des recours des militaires, placée auprès du ministre de la défense. () III. - Les dispositions de la présente section ne sont pas applicables aux recours contentieux formés à l'encontre d'actes ou de décisions : () / 2° Pris en application du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et du code des pensions civiles et militaires de retraite ainsi que ceux qui relèvent de la procédure organisée par les articles 112 à 124 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ".

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ;/ 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception./ Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ". En vertu de l'article 118 de ce décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer./ Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause./ Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les voies et délais de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent ". Il résulte de ces dispositions que la lettre par laquelle l'administration informe un militaire de son intention de procéder à une retenue sur sa solde n'est pas au nombre des exceptions énumérées au III de l'article R. 4125-1 du code de la défense et doit donc faire l'objet d'un recours administratif préalable devant la commission des recours des militaires. Dans l'hypothèse où l'administration procéderait directement à une retenue sur la solde d'un militaire sans information préalable, la décision révélée par cette opération de dépense régie par l'article 128 du décret du 7 novembre 2012 devrait également être précédée d'un recours devant cette commission. En revanche, en cas de notification au militaire d'un titre de perception, l'opposition à ce titre, émis en application des dispositions de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, doit être précédée, conformément aux dispositions du 2° du III de l'article R. 4125-1 du code de la défense, d'une réclamation au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer, et non d'un recours devant la commission des recours des militaires.

5. En troisième lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du recours de M. A dirigées contre la décision née du silence gardée par l'administration sur sa réclamation préalable doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du directeur de l'établissement national de la solde du 27 juin 2022 à laquelle cette dernière s'est substituée et qui lui fait grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense est sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de la sécurité sociale : " Chacun des enfants à charge, à l'exception du plus âgé, ouvre droit à partir d'un âge minimum à une majoration des allocations familiales. / Toutefois, les personnes ayant un nombre déterminé d'enfants à charge bénéficient de ladite majoration pour chaque enfant à charge à partir de l'âge mentionné au premier alinéa ". Aux termes de l'article R. 521-1 du même code : " L'âge mentionné au premier alinéa de l'article L. 521-3 à partir duquel les enfants ouvrent droit à la majoration des allocations familiales est fixé à 14 ans. / Le nombre minimum d'enfants à charge, mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 521-3 ouvrant droit à ladite majoration pour chaque enfant est fixé à trois ".

8. Il résulte de l'instruction que la somme réclamée à M. A par le titre de perception litigieux correspond à un trop-perçu de rémunération pour le mois de juillet 2021 tenant aux allocations familiales ouvrant droit à indexation versées entre le 1er septembre 2015 et le 31 juillet 2017. Le ministre des armées reconnaît en défense que le requérant avait droit, compte tenu de son affectation à Mayotte et à la composition de son foyer comprenant trois enfants à charge, avait droit aux allocations familiales ainsi qu'à la majoration de celles-ci pour le compte de sa belle-fille alors âgée de plus de quatorze ans entre le 1er novembre 2016 et le 31 mai 2017. Par suite, il y a lieu d'annuler le titre de perception émis le 4 octobre 2021 en tant que le montant inclut des allocations familiales majorées auxquelles M. A avait droit pour le compte sa belle-fille ainsi que la décision du 27 juin 2022 dans la même mesure.

Sur les conclusions à fins de décharge :

9. Il résulte des pièces du dossier, non contestées par M. A, que le montant du trop-perçu de rémunération se limite ainsi aux seules allocations perçues à son retour en métropole au mois de juillet 2021 et qui auraient dû être versées par la caisse d'allocation familiale du Gard. Il résulte de ce qui précède que le montant de la créance que M. A doit rembourser doit être ramené à la somme de 1 009,37 euros. Par suite, ce dernier doit être déchargé de l'obligation de payer la somme de 865,27 euros.

D E C I D E :

Article 1er :Le titre de perception du 4 octobre 2021 et la décision du 27 juin 2022 sont annulés en tant qu'ils ne tiennent pas compte des allocations familiales majorées auxquelles M. A avait droit pour un montant de 865,27 euros.

Article 2 :M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 865,27 euros.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre des armées et des anciens combattants.

Copie en sera adressée au directeur départementale des finances publiques de la Moselle.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

G. CAMBREZY

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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