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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201921

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201921

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201921
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juin 2022, 23 mai 2023, 5 janvier et 12 février 2024, M. A B, représenté Me Blanc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le maire de Saint-Julien-de-Peyrolas a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle avec garage et terrasse, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Julien-de-Peyrolas de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en droit ;

- en estimant que la parcelle objet du projet en litige a été inondée en août 2018, le maire a commis une erreur de fait ;

- en estimant que la construction se situe dans une bande de 10 mètres des berges d'un " fossé " ou d'un " ruisseau ", le maire a méconnu l'article U 2 du règlement du plan local d'urbanisme, puisque le projet en litige, qui borde en réalité un canal bétonné répondant aux critères de définition d'un " caniveau " ou d'une " rigole ", ne fait donc l'objet d'aucune interdiction ; le canal bétonné a été recouvert d'un trottoir de sorte que le canal n'existe plus ;

- le maire a méconnu l'article U 4 du règlement du plan local d'urbanisme puisque la parcelle objet du projet en litige, d'une surface d'environ 100 m2, peut accueillir un bassin de rétention ; le permis sollicité aurait dû être accordé sous réserve du respect de prescriptions ;

- il a méconnu l'article U 7 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la construction en limite séparative est une annexe de type " garage " ; le projet est conforme aux règles relatives à l'implantation de la construction par rapport aux limites séparatives, au bénéfice d'adaptations mineures de ces règles ;

- la substitution de motifs sollicitée en défense ne peut être accueillie.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mars 2023, 23 janvier et 20 février 2024, la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- elle sollicite une substitution de motifs tirée du risque d'inondation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boyer,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouault, représentant M. B, et de Me Coque, représentant la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 7 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 janvier 2022, le maire de Saint-Julien-de-Peyrolas a refusé de délivrer à M. B un permis de construire une maison individuelle en R+1 avec garage et terrasse sur un terrain, cadastré section A n° 1768, situé 161 rue du 19 mars 1962. Le 25 février 2022, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel est resté sans réponse. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".

3. Si le requérant soutient que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé en droit, il ressort toutefois des termes mêmes de cet arrêté qu'il vise les dispositions du code de l'urbanisme et celles le règlement de la zone U du plan local d'urbanisme de la commune sur lesquelles il est fondé ainsi que l'étude " Extraction des Zones d'Ecoulement " (EXZECO) qui classe le terrain en zone inondable par ruissellement. En outre, Si l'article U1 est cité de manière erronée, l'arrêté énonce de manière littérale les termes de l'article U2 sur lequel il est en réalité fondé. Ainsi le requérant a été mis à même de comprendre la règle qui lui était appliquée et de pouvoir la contester. Par suite, le moyen tiré de défaut de motivation en droit de l'arrêté doit être écarté.

4. En second lieu, une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

5. Aux termes de l'article U 2 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Julien-de-Peyrolas, relatif aux " occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières " : " Dans les secteurs soumis à un risque d'inondation (tel que reporté sur les plans de zonage) : Nonobstant les occupations et utilisations du sol autorisées dans la zone, lorsque la hauteur d'eau est supérieure à 0,50 mètre par rapport au terrain naturel, toute construction nouvelle est interdite, à l'exception des ouvrages réalisés dans l'objectif de diminuer les risques. Lorsque la hauteur d'eau est inférieure ou égale à 0,50 mètre par rapport au terrain naturel, les planchers habitables devront se situer au minimum à 0,80 mètre au-dessus du terrain naturel. Par ailleurs, dans une bande de 10 m au moins des berges de ruisseaux ou bords des fossés, toute construction nouvelle, clôture en dur ou remblais sont interdits ".

6. Il est constant que la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas n'est couverte par aucun plan de prévention contre les risques d'inondation. Toutefois, la parcelle d'assiette du projet, cadastrée section A n° 1768 et classée en zone U du plan local d'urbanisme (PLU) communal, est située dans un secteur inondable figurant au plan de zonage de ce plan. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des documents photographiques versés au débat et de l'étude réalisée en 2021 par la société CEREG ingénierie, qu'à la date à laquelle la décision litigieuse a été prise, la parcelle d'assiette du projet était située à proximité immédiate d'un ouvrage de type " canal aérien " le long de la voirie publique. Cet ouvrage artificiel et bétonné est une excavation creusée le long de la rue du 19 mars 1962, laquelle doit être regardée comme un fossé au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article U 2 et qui a pour fonction de recevoir ou évacuer les eaux pluviales dont l'écoulement se poursuit en direction de la rue des Prés menant à un exutoire. Par ailleurs, les plans joints à la demande de permis de construire indiquent que la construction projetée se situe à 6 mètres de l'axe de la voirie routière. Or, il apparaît que le fossé en cause est creusé entre l'axe de la voirie et la construction projetée, de sorte que cette dernière se situe nécessairement à l'intérieur d'une bande de 10 m des berges de ce fossé. Enfin, si le requérant fait valoir que des travaux ont été réalisés sur ce fossé de telle sorte qu'il a été busé et recouvert d'un trottoir, il ressort des pièces produites et notamment des factures des travaux que ces derniers ont été réalisés postérieurement à la décision attaquée. S'il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment des relevés de sinistralités des 18 mai et 25 mai 2022 émis par les compagnies d'assurance Axa et Groupama mentionnant qu'ainsi que le soutient le requérant, aucun sinistre n'a été déclaré entre 2001 et 2022 concernant le bien en cause et que la commune n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que ce secteur aurait été inondé en 2018 à un niveau supérieur à 0,50 m, ni même qu'un ruisseau déborderait " régulièrement " ainsi qu'elle le prétend, ces considérations sont sans incidence sur l'application de la règle de recul prévue à l'article U 2 précité du règlement du PLU et dont la maire de la commune a fait application pour refuser le permis de construire. Dans ces conditions, l'erreur de fait invoquée par M. B est sans incidence et le maire de Saint-Julien-de-Peyrolas n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article U 2 précitées du règlement du PLU de la commune. Il pouvait pour ce seul motif refuser le permis sollicité.

7. Il résulte de de l'instruction que le maire de la commune aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le motif fondé sur l'article U 2 du règlement du PLU tenant à ce que la construction projetée est interdite dans une bande de 10 m des bords des fossés. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens dirigés contre les autres motifs de refus énoncés dans l'arrêté contesté ni la demande de substitution de motifs présentée par la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas, la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans sa rédaction applicable : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Ces dispositions font obstacle à ce que la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas, qui n'est pas la partie perdante, verse une quelconque somme au requérant en remboursement des frais non compris dans les dépens qu'il aurait engagés dans cette instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024

La présidente-rapporteure,

C. BOYER L'assesseur le plus ancien,

R. MOURET

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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