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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201923

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201923

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2022 et 17 mai 2024, la SARL Sud Lubéron Immobilier, représentée par la SCP Lesage Berguet Gouard-Robert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le maire de La Bastidonne a refusé de lui délivrer un permis d'aménager, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de La Bastidonne de lui délivrer le permis d'aménager demandé ou de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Bastidonne la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le projet est conforme aux dispositions des articles 1AU8 et 1AU11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) et ne méconnaît pas les principes d'aménagement définis dans l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 5 de ce plan ;

- le motif tiré de la violation de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est infondé ; le permis d'aménager aurait pu être délivré en étant assorti de prescriptions sur ce point ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022 et un mémoire enregistré le 4 juin 2024 et non communiqué, la commune de La Bastidonne, représentée par Me Teissier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gouard-Robert pour la société Sud Lubéron Immobilier.

Une note en délibéré, présentée pour la société Sud Lubéron Immobilier, a été enregistrée le 2 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 août 2021, la société Sud Lubéron Immobilier a déposé auprès des services de la commune de La Bastidonne une demande de permis d'aménager un lotissement de dix lots sur un terrain situé chemin des Paroites, parcelles cadastrées section A nos 49 à 51 et 58, 59, 1099 et 1129, classées en zone 1AU, Ucp, A et N du PLU. Elle demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le maire de La Bastidonne a refusé d'y faire droit, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 25 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé pour le maire de La Bastidonne par Mme A B, adjointe déléguée à l'urbanisme. Par arrêté du 2 juin 2020 régulièrement transmis en préfecture le 22 juin suivant, le maire de La Bastidonne a notamment délégué à Mme B la signature des arrêtés relatifs à la création de lotissements. Il s'ensuit que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'incompétence.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité (). / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la société Enedis, gestionnaire du réseau public d'électricité, a estimé, dans l'avis qu'elle a émis concernant le projet le 19 octobre 2021, que sa réalisation nécessitait une extension du réseau de 350 mètres sur le domaine public, impliquant une contribution de 33 047, 60 euros à la charge de la commune de La Bastidonne. En se bornant à faire valoir qu'un avis contraire aurait préalablement été émis par Enedis pour le même projet, la société requérante ne démontre pas que la desserte du terrain par le réseau public d'électricité pourrait être assurée via un simple raccordement. Le maire de La Bastidonne ayant indiqué dans l'arrêté attaqué que la commune n'avait pas l'intention de prendre en charge le coût des travaux d'extension du réseau requis, qui ne constituent pas des équipements propres au titre de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, et qu'elle ne pouvait indiquer dans quel délai ils pourraient être réalisés, c'est à bon droit qu'il a refusé de délivrer le permis de construire en litige au motif qu'il méconnaissait l'article L. 111-11 du même code.

6. Il résulte de l'instruction que le maire de La Bastidonne aurait pris la même décision de refus en se fondant sur le seul motif tiré de la violation de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Les moyens dirigés contre les autres motifs de refus sont, par suite, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Bastidonne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Sud Lubéron Immobilier une somme de 1 200 euros à verser à la commune de La Bastidonne.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Sud Lubéron Immobilier est rejetée.

Article 2 : La SARL Sud Lubéron Immobilier versera à la commune de La Bastidonne une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Sud Lubéron Immobilier et à la commune de La Bastidonne.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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